‹ Le père Joseph DenisChapitre 24 sur 78 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Gtakdien à Québec

Cependant, le Père Denis avait rempli sa mission de fondateur et ses fonctions de premier supérieur du couvent de Montréal avec tant d’habileté, qu’il fut jugé digne, probablement en 1696, de prendre la direction de la communauté de Québec, la plus importante de la mission canadienne des Récollets.

En 1692, les Récollets, par l’intermédiaire de leur syndic, M. de Frontenac, avaient échangé avec Mgr de Saint- Vallier leur couvent de Notre-Dames-des-Anges, contre un emplacement sur le terrain de la sénéchaussée, à la Haute-Ville, aux fins de s’y transporter et d’y construire un autre couvent. Leur ancien couvent devenait l’Hôpital-Général, fondation chère à Mgr de Saint-Vallier, dont la Mère Gabrielle Denis de l’Annonciation, autre tante du Père Joseph, devint la première supérieure, lors de la séparation du nouvel établissement d’avec l’Hôtel-Dieu, en 1699.

Le nouveau monastère des Récollets, commencé en 1693, était à peu près terminé lorsque le Père Joseph en devint Gardien, de sorte qu’il n’eut pas à subir- le poids de cette fondation. La Providence lui ménageait d’autres épreuves. Elle l’avait conduit à Québec pour qu’il pût assister sa mère dans les derniers temps de sa vie, et lui fermer les yeux.

Nos lecteurs se rappellent peut-être que les parents du Père Joseph, qui avaient donné aux Récollets une partie du terrain sur lequel s’élevait leur couvent, s’étaient eux-mêmes établis près du site où dans la suite fut construit ce couvent. Or, un an après le retour de son fils, la mère du Père Joseph s’endormit pieusement dans le Seigneur, le 24 octobre 1697, à l’âge de 60 ans environ.

C’était alors l’usage chez les Récollets de donner la sépulture dans leurs églises à certains de leurs bienfaiteurs, et même aux tertiaires qui le désiraient. Quant à ces derniers, comme il y avait au couvent de Québec une chapelle spéciale à leur usage, nous présumons que c’est sous cette chapelle qu’ils avaient leur sépulture. C’est là que fut sans doute enterrée la mère du Père Denis, puisqu’elle eut sa sépulture chez les Réco'llets, comme le dit leur Mor-

GARDIEN À QUÉBEC

tuologe de St-Denis : «Octobre, 24 (1697). A Québec, dame Catherine Leneuf, femme de monsieur Pierre Denys et mère du rév. Père J osepb Denys supérieur actuel de toute la mission et Gardien du couvent de Québec. Ayant beaucoup contribué à notre établissement, pleine de vertus et de mérites, fut enterrée dans notre église avec l’habit du Tiers-Ordre de Saint-François avec toutes les solennités possibles et regrettée d’un chacun et particulièrement des pauvres. Requiescat in pace Amen »\ A ce beau témoignage donné aux vertus de Catherine Leneuf par le Mortuologe, nous ajouterons celui que décernent les archives des Ursulines de Québec à sa dévotion au Sacré Cœur et au Saint Sacrement. Depuis plusieurs années la dévotion au Sacré-Cœur était florissante à Québec, et le monastère des Ursulines était le siège d’une confrérie du Sacré-Cœur. Les associés devaient faire, à des jours déterminés, une heure d’adoration, et leurs noms

1. L’acte de sépulture de Catherine Leneuf est aux registres paroissiaux de Notre-Dame de Québec. Il est du 25 octobre, et signé du curé, M. François Dupré. Aucune signature de témoins ou de Récollets, sans doute parce que le service funèbre et la sépulture avaient lieu chez les Récollets, et que là devait être fait l’acte officiel de sépulture. Celui-ci n’a pas été conservé.

étaient inscrits dans nn registre. Pierre Denis et sa femme, comme la plupart des notables du pays, étaient de la confrérie. Or, nous apprend l’historien des Ursulines, d’après le registre de la pieuse association, Madame Denis, « ayant sans doute plus de loisir que son mari, elle voulut le surpasser dans son zèle pour honorer le Sacré-Cœur, en s’engageant à faire une heure d’adoration tous les premiers vendredis du mois. »

Deux jours avant la mort de sa mère, le Père Joseph avait reçu en son couvent une visite point ordinaire: le groupe des Ursulines destinées à la fondation d’une maison de cet ordre aux Trois-Kivières. Les fondatrices partaient le 23 octobre. Or, « Monseigneur, dit le vieux récit manuscrit d’une Ursuline de Québec, nous ayant averties qu’il était de convenance que nos jeunes sœurs fissent leurs adieux aux chefs civils et militaires, ainsi qu’aux institutions de la ville, on se rendit à ses désirs le 22 octobre, veille du départ. La toilette des épouses du Seigneur n’étant pas longue, l’on entra de bonne heure dans le carosse d’une amie du Monastère, et la Mère Marie des Anges supérieure, accompagnée de la sœur Marie-Madeleine Amiot de la Conception, de sœur Marie M. Drouard de

GAKDIEN À QUÉBEC

Saint Michel et de sœur Louise de Lauaudière de Sainte-Catherine, avec M. de Montigny, se rendit d’abord an Château Saint-Lonis. Ayant salué le Comte de Frontenac et répondu à ses compliments d’adieux, elles visitèrent la maison des RE. PP. Récollets » 2. De là les fondatrices se rendirent à l’Evêché, au Séminaire et dans les autres communautés de la ville.

La sœur Louise de Lanaudière était la nièce du Père Joseph, son père, Thomas de Lanaudière, lieutenant du roi à Montréal, ayant épousé Marguerite-Renée, sœur de notre Récollet. Cette dernière était elle-même entrée dans sa jeunesse chez les Ursulines, mais la Providence l’en retira bientôt, prédestinant sa fille à venir prendre sa place parmi les épouses de Jésus-Christ. Le vieux récit plus haut cité parle comme suit de l’entrée en religion de la jeune Louise : « Placée au pensionnat après le second incendie [du monastère des Ursulines] elle laissa bientôt apercevoir que le Seigneur avait toujours été le seul maître de son cœur. Lui parler de son retour à Montréal était chose inutile, et elle fit tant d’insistances pour obtenir l’entrée du noviciat, qu’on crut devoir l’y

Page 1