‹ Le père Joseph DenisChapitre 48 sur 78 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Supérieur et curé aux Trois-Rivières (suite)

Il nous faut maintenant dérouler devant nos lecteurs les péripéties d’une affaire d’ordre judiciaire montée contre le Père Joseph. Nos lecteurs vont être introduits dans un de ces maquis de procédures dont l’époque offre de nombreux exemples, mais peu d’aussi magnifiques ! Tâchons de nous y reconnaître et de traduire toutes ces vieilles pièces procédurières en français intelligible et même lisible1. Ce n’est pas tâche aisée. Notre récit sera basé principalement sur une requête que l’on peut voir au Greffe de Québec et qui fait partie de la liasse 11, no 498. Cette pièce est à l’adresse de M. Thibout, curé de Québec et official, et contient la

1. M. le juge A.-A. Bruueau, dans son ouvrage Question de droit. Du mariage, Montréal, 1921, pp. 244-247, expose brièvement, au point de vue “de la juridiction ecclésiastique de l’Eglise catholique au Canada, avant la promulgation du code civil”, les procédures dans l’affaire Le Boullanger. L’abbé Aug. Gosselin y touche sommairement dans l’Eglise du Canada, Mgr de S aint-V allier, pp. 340-342.

mention, le résumé avec dates, d’un bon nombre de pièces versées au procès. Ce sera notre fil d’Ariane. Nous mentionnons ce document une fois pour toutes afin de ne pas alourdir nos notes infrapaginales. Les autres documents utilisés seront indiqués en note.

Donc, en l’an de grâce 1710, M. de Gallifet, veuf depuis 1703 et âgé d’environ 45 ans, était nommé gouverneur des Trois-Rivières. De ses trois enfants survivants nous savons que sa fille Marie Josette, âgée, en 1710, de 8 ans, suivit son père aux Trois-Rivières. Au veuf, à l’enfant, il fallait mie gouvernante. En 1713, sinon avant, M. de Gallifet installait à son foyer solitaire une jeune fille du Cap-de-la-Madeleine, Anne Marguerite, fille de Pierre Le Boullanger, sieur de St-Pierre, marchand. C’était la gouvernante — fort jeune, trop jeune — et le scandale fut grand; si grand que l’écho en traversa les mers. Le 30 juin 1713, le ministre des colonies avertissait M. de Gallifet qu’il connaissait sa conduite et que ses moeurs étaient scandaleuses 2. Il ne le lui envoyait pas dire ! L’inculpé tenta de se justifier, accusant le Père Joseph

2. Areh. du Ministère des Colonies, Paris. Série B., vol. 35, fol. 58.

AUX TROIS-RIVIÈRES (suite)

Denis de le calomnier. Réponse trop facile, et qui ne donna pas le change au ministre. Celui-ci transmit néanmoins la disculpation du gouverneur à Mgr de Saint- Vallier 3, qui lui avait écrit à ce sujet. Mais le ministre, peu convaincu des "bonnes mœurs de M. de Gallifet, lui écrit de nouveau, le 21 mars 1714, pour le blâmer de garder chez lui la demoiselle Le Boullanger et de causer ainsi du scandale. Il ajoutait que sa conduite 1 'étonnait, « l 'ayant cru dévot 4 5. »

Et voici où l'affaire prend tournure. En avril 1714, la jeune gouvernante de M. de Gallifet voulant faire ses Pâques, s’adresse à son curé, le Père Joseph, et lui demande un billet l’autorisant à s’adresser à un confesseur étranger. Il faut savoir qu’à cette époque la discipline ecclésiastique prescrivait que la confession pascale fût faite à son propre pasteur. Elle autorisait toutefois celui-ci à donner par écrit, à ceux qui la demandaient, la permission de se confesser à d’autres prêtres®.

En prévision de cette démarche de la demoi-

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