‹ Le père Joseph DenisChapitre 49 sur 78 · Ibid., fol · texte numérisé non relu

Ibid., fol

5. Mandements des évêques de Québec, 1ère série, vol. I, pp. 271, 321, etc.

selle Le Boullanger, le Père J oseph avait obtenu de l’évêque des instructions positives. Il ne devait ni permettre à la jeune fille de s’approcher des sacrements ni l’autoriser à s’adresser à un autre confesseur, aussi longtemps, bien entendu, qu’elle resterait chez M. de Gfallifet. Le curé lui remit néanmoins un billet — peut-être pour sauvegarder certaines apparences — , mais billet qui lui interdisait de s’adresser ailleurs, parce que «Monseigneur l’évêque de ce pays ne la croyait pas en sûreté de conscience dans la maison où elle demeurait. »

Ce billet était d ’un caractère privé, cela saute aux yeux. Que fait la jeune folle? Elle affiche sa honte en exhibant ce billet en public, à tout le moins à son « protecteur » ainsi qu’à sa famille. Les parents consciencieux auraient ramené leur fille sous leur toit. Ceux de la jeune Le Boullanger se mirent en tête de faire un procès au curé. Il est vrai que de leur aveu ils « retiraient de grands secours » de la maison du gouverneur. . . Mais n’anticipons pas.

Quelques semaines après la remise du billet à la jeune fille par son curé, Mgr de Saint-Vallier vint aux Trois-Rivières pour la visite pastorale, probablement en mai 1714. L’affaire lui fut sans doute déférée, l’on sait qu’il vit la

AUX TROIS-RIVIERES ( Suite )

jeune Le Boullanger qu’il autorisa à se confesser à tout prêtre approuvé, pourvu qu’elle quittât la maison du gouverneur. La jeune fille s’adressa en conséquence au curé de Saint-Joseph de la Pointe-Lévis, Messire Boucher, qui refusa de l’entendre. Pourquoi ? Sans doute parce qu’elle n’avait pas encore quitté la maison prohibée. Dans les circonstances une simple promesse au confesseur de quitter la maison du gouverneur ne pouvait suffire. Le cas, du for interne était passé au for externe.

C’est alors que la famille Le Boullanger prend l’affaire en mains, ou plutôt en fait une affaire en entamant des procédures. La sœur de la jeune Le Boullanger, mariée à Martin Chéron, membre du conseil supérieur 6, adressa à M. Thibout, curé de Québec et official, la requête plus haut mentionnée, en date du 1er juin 1714, le priant de sommer l’évêque — rien que ça! — « de déclarer quels étaient ses avis. »

Silence digne de l’évêque.

Alors on ne craint pas de porter l’affaire devant le conseil supérieur. Le 11 juin, les parents d’Anne Marguerite en saisissent le conseil, qui

6. Ce qui explique peut-être sa requête ... ou du moins la belle rédaction de celle-ci.

ordonne au Père Denis de comparaître « de ce jour au 16 juillet. » Le curé ne comparaît point et le conseil le condamne « aux dépens du présent deffaut. »

Alors, et alors seulement, la jeune Le Boullanger quitta la demeure de M. de G-allifet. Il paraîtrait que celui-ci la congédia. En effet, le ministre des colonies, M. de Pontchartrain, écrira à M. de G-allifet, le 13 juillet 1715, qu’«il aurait dû le faire (la congédier) plus tôt et aurait dû empêcher le procès que le père et la mère de cette jeune fille font au père Joseph 7. »

Quoi qu’il en soit, son départ de la maison du gouverneur ne termina rien. Les parents, devant le refus du Père Denis de comparaître devant le conseil supérieur, demandent de nouveau à l’official, M. Thihout, d’assigner l’évêque devant son tribunal pour qu’il déclare «les noms des personnes et les avis qu’ils lui avaient donnés contre ladite Le Boullanger comme aussi ceux que sa Grandeur prétend lui avoir fait donner, pour l’exécution desquels mondit Seigneur l’Evêque a cru la devoir priver des sacrements au temps pascal et d’en donner commu-

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