Arch. des Colonies. Série B. Vol
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ment confié an Père Denis, Récollet de la Province de Paris, dont la juridiction s’étendait de la sorte sur toute l’Ile Royale.
C’est dommage que nous n’ayons pas les lettres de provisions du Père Joseph, ou encore le texte de la lettre du Père Dirop (le Provincial de Bretagne) expliquant la mission de notre Récollet à 1 ’lle Royale. C ’était une mission de confiance à n’en pas douter. Les circonstances de sa nomination — les Récollets de Bretagne venaient d’avoir de graves difficultés avec l’évêque — l’indiquent assez. Le fait de sa résidence à Louisbourg même l’indique également. Par ailleurs Mgr de Saint-Vallier connaissait le Père Denis depuis plus de quarante ans; celuici avait collaboré sous sa direction à bien des œuvres. L’évêque savait donc qu’il pouvait lui donner une mission de confiance.
Mais c’est à Louisbourg que le Père Joseph apprit la mort de son évêque — serait-il osé de dire : de son vieil ami ? — Vieillards tous les deux, comptant parmi les plus anciens prêtres du pays, ils avaient l’un et l’autre, durant près d’un demi siècle, contribué chacun dans sa sphère, mais unis dans le service commun du divin Maître, à l’édification de la jeune Eglise canadienne. Assurément la mort de Mgr de
Saint-Vallier fut un deuil pour le Père Joseph. Celui-ci lui survivra huit années.
Quand le Père Joseph quitta-t-il l’Ile Royale? Le 16 janvier 1729, le supérieur des Récollets de Louisbourg, le Père Zacharie Caradec, approuve le mariage de Charles Dailleboust et de Marie Josephte Bertrand, contracté le 15 mai 1728 en présence du Père Joseph Denis, « commissaire desdits religieux (de la Province de Saint-Denis) aux Port Toulouse et autres. » Quel est le sens de cette approbation? Il serait osé, pensons-nous, d’y voir l’approbation d’un acte fait, en 1728, par le vicaire général de l’évêque de Québec. Ne serait-ce pas plutôt l’indication que, son terme de vicaire général expiré en 1728 à la mort de Mgr de Saint-Vallier, le Père Denis était resté à l’Ile Royale jusqu’en 1729, en qualité de commissaire des Récollets de Saint-Denis en cette île? Cela paraît fort plausible. De toute façon, le Père Joseph retourna à Québec en 1729. Il avait alors 71 ans, c’était un vieillard, et désormais il ne quittera guère son couvent de Québec. C’est là qu’il finira ses jours, dans la tranquillité de la prière, après une vie bien remplie. Quelques incidents seulement fournissent quelques jalons pour le récit de ses dernières années.
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En 1729, débarquait à Québec le sieur C. Le Beau, fils de famille, que les Récollets hébergèrent durant un an, en 1729 et 1730. Le Beau les quitta en 1730 pour entreprendre un voyage parmi les sauvages de l’Ouest. Il nous a laissé le récit de ses Avantures en deux tomes, qui constituent un ouvrage aujourd’hui rare et précieux.
Curieux et avide de savoir, Le Beau, durant son séjour auprès des Récollets, interrogeait ceux-ci, et particulièrement les plus anciens, sur l’histoire de la Colonie et sur les mœurs des sauvages qu’il se proposait de visiter. Le Père Denis fut l’un de ceux dont il recherchait volontiers la conversation, ce qui nous vaut, dans les Avantures, quelques pages qui intéressent notre héros.
Ainsi, relativement aux mœurs des sauvages, Le Beau, après avoir loué l’esprit de religion d’un groupe par lui visité, ajoute:
«Il ne faut pas s’imaginer que les Sauvages soient tous, tels que ceux-ci ; car il y en a beaucoup qui se moquent des mystères sacrés de notre Religion. . .
« A ce-ci ils répliquent, qu’il n’avoit donc pas besoin de prier ni de rien demander et qu’étant Dieu (N.-S. J.-C.) il ne devoit pas plus craindre
la mort qu’eux, lorsqu’ils sont Esclaves et qu’on conduit au supplice ou qu’ils s’empoisonnent eux-mêmes, pour aller tenir compagnie à leurs amis ou à leurs Parens dans le Païs des Ames : Et que la perte de la vie temporelle n’étant rien lorsqu’on est assuré de revivre éternellement, Jésus-Christ auroit dû courir à la mort avec plus de plaisir qu’eux, puisqu’il étoit certain du lieu où il alloit. Ils disent encore cent autres impertinences, que je crois indignes d’être raportées ici.
«Le R. Père Joseph Récollet, Canadien de Nation et un des anciens Missionnaires de la Colonie, m’a raconté, lorsque j’étois à Québec, que confessant un jour un vieux Iroquois, qui étoit à l’article de la mort, ce Sauvage lui fit quantité d’objections semblables à celles que je viens de dire, et que malgré toutes les meilleures raisons qu’il pût alléguer pour le convertir, il ne put venir à bout que par une réflexion que ce Moribond fit lui-même sur nos haches, nos fusils, nos couteaux, etc. Qu’alors ce Barbare s’écria : « Ah! Otchitagon 5 je vois bien que
5. C’est-à-dire, Pieds-nus. . C’est ainsi que les Sauvages appellent les Récollets aussi bien que Bobes-grises. (Note de
Le Beau).
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tu as raison; car si nous n’eussions pas été si médians, le Grand Esprit nous auroit appris à faire des liaclies, des couteaux, etc. comme il a fait aux François et j’ai toujours bien cru, que vous autres Esprits, étiez sans doute de ses amis. Et puisque cela est ainsi, parle lui donc toi de ma faute : dis-lui qu’il la pardonne ; car je sens que je suis prêt à partir pour le Païs des âmes où je ne voudrois pas encore aller si-tôt. » Ce bon Père lui répondit, que c’étoit lui-même qui devoit l’en prier et croire fermement en lui: ajoutant qu’il devoit sur tout lui demander très humblement pardon de ses fautes, espérer dans sa miséricorde, etc. C’est ce que fit ce Sauvage, mais d’une manière des plus touchantes, en repassant tous les crimes qu’il avoit commis pendant sa vie ; et il mourut dans cet état, répétant souvent: «Grand Esprit! Grand Esprit! Pourquoi ne t’es-tu pas plutôt fait connoître à moi! Je t’ai si souvent demandé: Qui es-tu? Ou es-tu? Que veux-tu que je fasse? Et tu n’as pas voulu me répondre. Sans doute que j’en étois indigne, par ce que je t’avois trop offensé! Mais présentement que t’ai- je fait, pour m’envoyer cette Robe-grise à mes côtés, qui me console en me disant qui tu es. Ah! puisque tu es si bon et si miséricordieux, il faut donc que je
voye : Reçois mon âme ! » etc: Et il mourut dans des transports d’amour vers Dieu, d’autant plus surprenans, qu’ils partoient de la bouche d’un barbare, qui n’avoit qu’une légère teinture de la divinité de Jésus-Christ 6. »
Cependant le Père Joseph devait bientôt lui aussi quitter cette terre. Des infirmités prolongées, semble-t-il, le préparaient de longue main au grand passage. On voit inscrit au « Registre journalier» des malades de l’Hôtel-Dieiu de Québec, le 8 avril 1733, un jeune homme de 17 ans, Barthélemy Lanoux, qualifié de « domestique du R. P. Joseph Récollet. » Un domestique attaché à la personne d’un Récollet ne s’explique guère que par des raisons de maladie ou d’infirmités, bien plausibles chez un septuagénaire. En 1729 le Père Joseph avait dû passer
6. Avantures du S. C. Le Beau, 1ère partie, pp. 264 et suiv. Voici une autre citation de l’ouvrage de Le Beau, relative au régiment de Carignan, où le témoignage du Père Joseph est invoqué. “Il y eut plus de trois cens hommes de ce Régiment qui s’établirent dans le Pais non pas avec des Filles de joye, comme le prétend le Baron de La Hontan, mais avec des Filles et des Femmes qui étaient en France, à charge à de pauvres communautés, d’où on les a tirées, pour les conduire de leur plein gré en Canada. C’est une chose que j’ai appris sur les Lieux par des Personnes de probité et dignes de foi : comme du R. P. JOSEPH Recollet, Canadien & d’autres Vieillards qui ont presque touché à ces premiers teins. ” Ibid., p. 91.
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quelques mois à l’Hôtel-Dieu, de septembre à novembre \
Malgré sa santé délabrée et son âge avancé, le Père Denis avait à cœur l’observance rigoureuse de sa règle. Une lettre de lui à l’une de ses sœurs, en date du 24 décembre 1731, nous fournit là-dessus un précieux témoignage :
« Je me sers ma très cbère sœur de l’occasion de M. de la Richardière comme la plus proche du premier jour de mille sept cens trente deux pour vous la souhaiter remplie des bénédictions du ciel dans la jouissance d’une meilleure santé que celle que vous avez eu par le passé; la mienne s’est trouvée dérangée pour avoir voulu achever le grand carême. J’espère qu’elle se rétabliera bientôt. Je salue ma chère nièce et votre fille 7 8. »
Sa santé ne devait pas se rétablir, et le 25 janvier 1736 il rendit son âme à Dieu, au couvent de Québec, sans doute entouré de ses frères, après seulement trois jours de maladie. Nous ne savons rien de positif sur les derniers