Registre des malades. Arch. de l’Hôtel-Dieu de Québec
8. Bibliothèque Saint-Sulpice, Montréal. Fonds-Baby. Legrand carême dont parle ici le Père Joseph est celui que prescrit la règle de saint François; il commence le 1er novembre pour s’achever à Noël.
moments du Père Denis; nous pouvons croire toutefois que les rites alors en usage chez les Récollets de la province de Saint-Denis furent observés dans cette circonstance 9. Le rituel enjoignait au supérieur ou au religieux désigné par lui de se tenir nuit et jour auprès du moribond pour l’assister dans le passage de cette vie à l’autre vie. La nature du secours à donner est spécifiée et fait même l’objet de dix points particuliers. Quant au mourant il doit faire les protestations suivantes, que nous traduisons du latin en français :
« Au nom de la T. S. Trinité, le Père, le Fils et l’Esprit Saint, je (N.) proteste en votre présence, saint ange gardien, à la garde de qui la miséricorde divine m’a commis dans le sein de ma mère, et en votre présence, mon père, ainsi qu’en présence de vous tous qui êtes ici présents, que je désire et veux mourir dans la vraie foi catholique que professe la sainte Eglise apostolique et romaine, et dans laquelle sont morts tous les saints, et que je ne désire vivre un instant de plus qu’il plaira à la Bonté
9. Coeremoniale romano-seraphicum ad usum Fratrum Minorum recollectorum provinciœ Sancti Dionysii in Gallia, etc. Parisiis, apud D. Thierry, ML DC. LXXXVI. Un exemplaire de oet ouvrage se trouve à la Bibl. Saint-Sulpice, à Montréal.
À i/lLE ROYALE. - SA MORT
de Dieu, à qui je soumets en toutes choses ma volonté.
«Je proteste également que je veux mourir sous son angélique protection et muni du secours de la grâce divine, sans le moindre doute dans la foi, de sorte que ni la grandeur ni le nombre de mes péchés ne puissent me plonger dans le gouffre du désespoir, sachant et croyant en toute vérité qu’une seule goutte du sang du Christ répandu sur la croix aurait suffi à racheter le genre humain, si la divine miséricorde l’eût ainsi voulu.
« Je proteste que, dans le cas où, par suite de la pusillanimité de l’esprit en face du jugement redoutable de Dieu, au tribunal de qui je dois comparaître, ou dans le cas d’une attaque du démon ou à cause de la raison qui chancellerait en moi (ce dont Dieu me préserve!), je succomberais à quelque tentation de désespoir ou à un doute contre la foi, dès à présent, étant sain d’esprit, je répudie ces choses, les casse et veux les tenir pour non avenues, me confiant totalement à la miséricorde divine.
«Je proteste aussi, puisque la divine miséricorde ne refuse jamais la rémission des péchés à aucun pécheur qui l’implore et se confesse avec un cœur contrit, que cette même miséri-
corde et la rémission de mes péchés je prie Dieu de me l’accorder; je la désire de tout mon cœur et la demande en vertu des mérites de la très douloureuse mort du Christ et de son très Précieux Sang répandu pour moi sur les bras de la très sainte croix,;, et par les mérite^ et lqs prières de la très sainte Mère du Sauveur et de tous les saints anges et les élus.
«Je proteste aussi, après avoir répandu cette humble prière aux pieds de la divine miséricorde, de mon désir qu’elle daigne me recevoir au nombre de ceux que de toute éternité elle a prédestinés à être sauvés au jour du jugement.
« Après avoir émis ces diverses protestations, très saint ange de Dieu, je vous recommande la dernière heure de ma vie et la sortie de mon âme de ce corps, de telle sorte que, selon que je l’ai exprimé, vous veuilliez m’assister où et quantes fois il en sera besoin, dans tous les dangers qui menaceraient mon salut, et vous soyez mon témoin fidèle et mon protecteur 10. »
Le lendemain de la mort du Père Joseph, sa belle-sœur, Mde Chartier de Lotbinière, encore tout émue du coup, en mandait la triste nouvelle au Chevalier d’Argenteuil, à Montréal: