SUR LA RIVIÈRE ABBITIBBI
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les péchés. Je rends grâces au Grand Esprit de ce
qu’il a eu pitié de moi. Je sais bien qu'il me reste
peu de vie, mais jusquà mon dernier soupir je
veux aimer Dieu et détester ma mauvaise con-
duite. » DURE |
« Ses dispositions devenaient chaque jour plus parfaites. Je le voyais s’attendrir jusqu'aux larmes, toutes les fois que, saisissant mon crucifix, je lui expliquais les souffrances du Sauveur ; il: semblait alors oublier les siennes, quoiqu’elles fussent bien aiguës, et jamais, depuis son baptême, je ne Fai entendu se plaindre de ses maux. Je lui avais donné une croix et une médaille : il mit la première à côté de lui pour l'avoir toujours sous les yeux ; il baisait souvent la seconde en implorant Marie. Depuis, j'ai su qu'il était mort en prédestiné deux jours après mon départ de Témiskamingue.
« En quittant cette station, on rencontre une série de portages longs et pénibles que nous ne pûmes franchir qu’en plusieurs jours. Une erreur de notre guide et une pluie presque continuelle retardèrent de beaucoup mon arrivée au lac Abbitibbi. IL était à craindre qu’un plus long délai n’obligeätles sauvages à se disperser. En effet, à que.que distance du poste, j'en rencontrai un bon nombre qui, las de m'’atten-
dre, et manquant de vivres, allaient jeter leurs filets dans les lacs circonvoisins. Ils revinrent sur leurs pas à ma suite, et quand nous arrivâmes au fort, ils se hâtèrent les uns de relever leurs tentes déjà pliées pour le départ, les autres de tirer dans toutes les directions des coups de fusil pour annoncer ma présence à leurs compatriotes disséminés dans la forêt. C’est dans l’église nouvelle que s’ouvrit la mission. Ce petit temple, de vingt pieds de large sur trenteeng de long est le premier monument élevé à la croix sur cette terre idolâtre, grâce à la générosité de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Les hommes attachés au poste avaient eux-mêmes coupé les bois nécessaires, et les avaient fait traîner par des chiens jusque-là, à travers mille difficultés.
« Nos Indiens n'étaient pas moins joyeux que leur missionnaire de posséder enfin la sainte cabane de la prière. Rien n'est plus édifiant que de les y voir réunis, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, un chapelet ou un livre à la main, et si occupés de leurs pieux exercices qu'il semble impossible de les en distraire. Je voudrais vous montrer quelle fut leur joie quand je leur dis que les gardiens de la prière (les évêques) pensaient à eux et leur envoyaient des robes noires, que les habitants des grands villages (de Québec et de Montréal) les recommandaient à Dieu comme leurs frères, et que les priants d’audelà de la grande eau (la mer) contribuaient par
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leurs aumôûnes à équiper mon canot et à bâtir leur
sainte cabane.
« — Robe noire, me répondit à ce propos un
| vieillard encore infidèle, tu nous as dit que les priants
d’au-delà de la grande eau pensent à nous : saventils où nous sommes ?
« — Et pourquoi re le sauraient-ils pas? Je le
| savais bien, moi, puisque je suis venu vous trouver!
« — Tu as donc aussi traversé la grande eau?
« — Oui, mes enfants, je l’ai traversée pour vous. Je ie suis dit : J'aurai beaucoup à souffrir, mais je vais enseigner la prière du Grand-Esprit aux hommes
| qui ne la connaissent pas. C’est ainsi que je pensai
Len quittant mon pays, et en embrassant ma mère, et ma mère pleurait.
« — À ce mot de ma mère, plusieurs voix
|s'écrient :
« Quoi ! tu as une mère ! elle est en vie! elle
habite au-delà de la grande eau! elle pleurait, et tu
l'as quittée !.…. tu ne l’aimes pas.
« — Toutes mes paroles ne sauraient vous faire comprendre combien je la chéris, ma bonne mère ; je l'aime plus que moi-même; mais j'aime encore
plus vos âmes à cause du Grand-Esprit.
« Puis, prenant mon crucifix d’une main, je leur expliquai ce qu’une âme a coûté au fils de Dieu, et j'ajoutai : « Je ne verrai plus ma mère sur la terre, ais je la retrouverai dans le ciel, et c’est pour vous