‹ Le père Laverlochère [microforme]Chapitre 12 sur 45 · CHAPITRE V F · texte numérisé non relu

CHAPITRE V F

SOMMAIRE. — Séjour à Longueil et au lac des Deux-Montagnes.— Lettre au R. P. Vincent. — Un infidèle en danger de mort. — Serie de portages longs et pénibles. — La sainte cabane de la prière. — Quoil tu es ma mère ! — Sauvages régénérés par les eaux du baptème. — Va, mon fils, va tendre tes filets. — Touchantes paroles d'adieu.

Durant les longs mois d'hiver qu’il avait à passer soit à Longueil, soit au lac des Deux-Montagnes, le P. Laverlochère, comme un soldat entre deux batailles, fourbissait de nouveau ses armes et s’approvisionnait de munitions pour le prochain combat. C'est vous dire que, missionnaire consciencieux, il se livrait tout entier et joyeux à l'étude de la langue | indienne et à la pratique des exercices religieux. À cette fin 1l se trouvait excellemment bien dans ces deux résidences des Oblats et des Sulpiciens, La première, sise en face de Montréal, dans un gracieux village dont le Saint-Laurent baigne les pieds, lui offrait non-seulement le charme de la vie en commun avec des frères biens-aimés, mais encore l’inappréciable avantage de pouvoir raviver son zèle et son

courage aux récits pleins d'intérêt que lui faisait le bon P. Flavien Durocher au retour de ses campagnes du Saguenay. La seconde, où 1l trouvait une généreuse hospitalité, des attentions délicates, un fraternel dévouement, lui procurait, avec les agréments d’un séjour enchanteur sur les bords d’un beau lac, les précieux moyens d’unir en même temps la vie active à la vie contemplative. Ici, en effet, il mêlait la prédication à la prière, l’oraison à l’action. Car, les jours de dimanche et de fête, il évangélisait les quelques familles algonquines établies dans cette mission, ou allait visiter les malades à distance, dans leurs campements, malgré l’abondance de la neige et la rigueur du froid.

Un peu plus tard, nous le verrons sortir de ces retraites pouraller prêcher dans les églises du Canada, voire même de France, en faveur de l’'OŒuvre de la Propagation de la Foi.

En l’année 1846, il partit de bonne heure, grâce à la précocité du printemps. Le P. Clément, jeune prêtre canadien, lui fut adjoint comme compagnon.

Voici un extrait de la lettre qu’il écrivit au R. P. Vincent, supérieur à Notre-Dame de l’Osier, pour lui rendre compte de sa mission.

«.… C’est aux premiers jours de mai que la navi-

gation devient libre sur nos beaux fleuves de l’Amé-

rique septentrionale ; c’est donc aussi le temps où le

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APOTRE DE LA BAIE D'HUDSON 73 reprend sa course aventureuse à travers la solitude. Cette année, la saison plus hâtive que d'ordinaire nous ayant permis de devancer l’époque accoutumée du départ, j'ai trouvé réunis à Témiskamingue tous les Indiens qui fréquentent ce poste. Je ne puis vous dire la joie que fit éclater mon arrivée parmi ces bons néophytes. À peine débarqué, ils vinrent à ma rencontre : «Mon Père, me dirent-ils, nous crai- « gnions bien de ne pas te revoir avant de nous dis- « perser pour la pêche; mais puisque tu es venu et « que nous demeurons encore six jours ici, nous «aurons le temps de purifier nos âmes. » Dès ce moment, ils n’eurent d’autre occupation que leurs exercices religieux et la préparation aux divins mystères.

« Quelques heures après mon arrivée, on vient m’avertir qu'un infidèle est en danger de mort; j'accours à la hâte, et je le trouve gisant à terre dans une misérable hutte de roseaux, Je lui demande s’il a quelque idée de notre religion. Après un moment de silence, il se tourne vers un Canadien qui m'avait accompagné, et lui dit avec un sourire de mépris que ma religion n'est qu'une imposture et les robes noires des jongleurs. Désolé de voir approcher la fin de ce malheureux avec de si tristes dispositions, je redoublai mes visites et mes prières, et le Père des miséricordes se laissa fléchir par le précieux sang de son Fils, que je lui offris à cette intention. Le

lendemain je revins auprès de linfidèle jusque-là si obstiné ; j'eus l’heureuse pensée d'examiner la plaie qui le faisait tant souffrir. Il me la découvrit : quel hideux spectacle! un chancre avait dévoré toutes les chairs du pied et de la jambe ; la gangrène s’y était mise et il s’en exhalait une odeur si repoussante qu'il avait fallu séparer sa cabane de toute autre habitation. Une mousse rude et grisâtre était le seul appareil dont il pût faire usage. Je nettoyai la plaie et j'y appliquai un remède qui parut le soulager. Cette simple attention le toucha, il m'en témoigna sa reconnaissance. Dès ce moment, il se montra disposé à m'’écouter, et cet homme, si éloigné jusque-là de notre sainte foi, se plaignait amèrement de n'avoir pas été instruit plus tôt.

« Le jour suivant, j'étais à la chapelle quand on vint m'annoncer que le pauvre malade était à l’extrémité. Je vole auprès de lui; je l'appelle, il tourne vers moi des yeux éteints ; je lui présente mon crucifix, il le baisse avec affection, et d’une main défaillante s’efforce de faire le signe de la croix. Qu’avais-je encore à attendre? Je le baptisai. L'eau régénératrice avait à peine coulé sur son front que, poussant un grand soupir, il parut revenir à la vie. Dès ce jour, il éprouva un soulagement sensible qui ne lui fit pourtant pas illusion sur sa fin prochaine. « Mon Père, me disait-il, je ne sais comment t’expri- « mer ma joie d’avoir été lavé de l’eau qui efface

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