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» n’est qu’un charlatan et un trompeur ; toi, tu peux » bien être de même. Tant qu'il eut du tabac à nous » donner, nous allions à sa prière, quoique nous ne » le comprissions pas ; si tu veux nousen donneraussi, » nous écouterons ta parole. »
» Puis ils ajoutèrent d’un airmoqueur : « Tu nous » parles d’un paradis ! nous ne voulons pas du pa- » radis desblancs, carlesblancsnenousont jamais fait » que du mal. Nous voulons aller dans le paraes de » -NOS pères. »
Leur montrant alors un tableau de l’enfer : « Voyez, » leur dis-je, voilà le paradis où vont les méchants » qui ne veulent pas écouter la parole du Grand-Es- » prit, que la Robe noire vous annonce. Vous dites » que vous ne compreniez pas votre ministre, mais » Vous me comprenez, moi.
» — Tu crois donc, me dit l’un d’eux en m'inter- » rompant, que tous nos pères sont allés là ?
» — Oui, luidis-je, si vos pères ont eu occasion de » voir la Robe noire, et si, au lieu de faire ce qu'il » leur enseignait, ils ont continué à tuer leurs frères, » à s’enivrer, à suivre la mauvaise médecine, il n’y * a pas de doute qu'ils sont allés rejoindre le mauvais » manitou dans le feu de l’abime. Voulez-vous donc » y aller aussi ? répondez... »
» Celui qui m'avait fait cette question était de la tribu des Scioux, homme féroce et redouté de tous les autres ; ilseretira sans me répondre un seul mot.
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Plusieurs autres le suivirent ; il en resta cependant | quelques-uns qui manifestèrent le désir d'être insfruits, m’écoutèrent avec attention, et promirent de revenir. Mais quand ils furent de retour dans leurs
cabanes, les jongleurs leur firent tant de menaces, qu'ils en furent épouvantés et nereparurent plus à la
| chapelle. Je voyais néanmoins, au respect qu'ils | me témoignaient, qu’ils n’étaient retenus que par la | crainte des devins. Il y avait, en effet, dans les pro- | cédés de ces farouches jongleurs quelque chose de
E capable d’intimider des âmes pusillanimes et supers- | titieuses, cornme le sont généralement les sauvages | qui ne connaissent pas encore la religion.
» J'ai eu cependant le bonheur, dans le cours
| de cet été, d'arrêter un de ces malheureux sur le bord | de l’abîime. C'était un vieillard octogénaire. 1l avait
passé sa longue carrière dans les exercices de la magie. Mais depuisquatre ans une lèpre horrible lui couvrait tout le corps de tubercules noirâtres et ulcéreux, qui n'en faisaient plus qu’une masse putride et dégoùtante. Les ongles et même l'extrémité des doigts lui étaient tombés ; ses dents et ses gencives étaient à
découveri ; toute sa chair s’en allait en lambeaux ct répandait une puanteur insupportable.
» Il y avait deux jours que j'étais au fort Albanvy, lorsqu'il y fut apporté. J’allai le visiter, et je le trou. vai dans un état impossible à décrire. Jamais dans les pays civilisés la lèpre ne doit présenter un spectacle aussi hideux que dans ces tristes forêts, où le patient ne peut même se procurer le morceau de linge qui lui serait si nécessaire. Etcndu dans son misérable ré. duit, incapable de se remuer, le malade laissait échapper de temps en temps des gémissements prolongés. La vue de cet être si malheureux était bien propre à exciter la compassion du missionnaire. Je découvrais dans son âme une lèpre non moins hideuse que celle qui couvrait son corps : c'était celle-là que je voulais guérir.
« — Tu souffres beaucoup ! >» lui dis-je, en l’abordant.
« Au son de cette voix inconnue, il fit un mouve- | ment de tête vers mot.
» — Qui est-ce qui me parle? dit-il, je ne puis rien Voir...
» — C’est la Robe noire, mon fils, c’est l’envoyé du Grand-Esprit qui vient te visiter !…
» — 0h ! combien je souffre !.…
» — Oui, tu souffres, mon fils, je le vois. hélas! tu as longtemps outragé le Grand-Esprit.. Il te punit maintenant... mais tu souffrirais bien davan-
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