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CHAPITRE XII

SOMMAIRE. — Apostolat d'une sainte femme. — Indiens du lac Salé. — Conversion d'un magicien octogénaire et lépreux.

« Notre première pensée, en touchant cette terre, fut d'aller nous prosterner au pied de la croix que j'avais plantée l’année précédente. Tous les Indiens m'y suivirent dans un silence religieux, et je commençai immédiatement à évangéliser ce peuple, aussi affamé de la parole divine qu'il y avait paru jusque-là indifférent, Ne sachant pas leur langue, je parlais le sauteux que plusieurs comprennent, bien qu’ils ne le parlent pas. Une dame pieuse, épouse du commandant du fort, était mon interprète; car elle connaît à peu près tous les dialectes des peuplades de cette baïe.

Permettez-moi, Monseigneur, de vous dire quelques mots de ses vertus. Outre que je lui dois un tribut d’éloges et de reconnaissance, ce sera pour Votre Grandeur un nouveau sujet de bénir la divine Providence qui a ses élus dans tous les lieux comme dans tous les temps.

Cette dame, née d’un père écossais et d’une mère semi-indienne, avait passé ses premières années dans le protestantisme. Le Seigneur, qui voulait en faire un instrument de ses miséricordes, avait orné son esprit et son cœur des plus rares qualités. Elle était douée d’un sens droit, d’un jugement juste et solide, d’une constante égalité d'humeur, d’une admirable douceur de caractère et d’une tendresse compatissante. Tous les Indiens qui l'ont connue, l'ont regardée comme une mère; mais les plus malheureux étaient les premiers objets de sa sollicitude. A l’âge de quinze ans elle eut le bonheur d’unir son sort à un Irlandais catholique, d’une éminente piété, qui ne néghigea rien pour cultiver les bonnes dispositions qu’il voyait en elle. Combien il a eu à se

. féliciter de ses leçons! Que pourrais-je ajouter à cet éloge de son époux?— « Voilà trente ans que nous sommes ensemble, me dit-il, et je ne crois pas qu’elle ait commis une faute de propos délibéré! »

En entendant ces paroles, je me souvins de celles-ci qu'a prononcées notre divin Maitre : » Je vous le dis en vérité, plusieurs viendront de lorient et de l'occident et prendront place au festin dans le royaume du ciel, et les enfants du royaume seront jetés dehors. » Il y a deux ans, lorsque nous descendimes pour la première fois sur les bords de la baic d'Hudson, cette femme admirable ne craignit pas, quoiy 1e malade et pouvant à peine se soutenir, de se

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mettre en mer pour -venir nous trouver à plus de cinquante lieues de distance. Depuis qu’elle était mariée, elle n’avait jamais vu de prêtre. Le P. Garin, après s'être assuré que son instruction et sa conduite ne laissaient rien à désirer, l’admit au sein de l'Eglise catholique. Elle reçut le saint baptème ainsi que sa fille; elle avait quarante-huit ans, et sa fille vingtdeux. La céréinonie eut lieu en présence de son époux. Le lendemain toute la pieuse famille participa au banquet eucharistique.

Telle est celle que le Seigneur a établie la première dispensatrice de ses bienfaits parmi ces peuplades indiennes, surtout parmi celles du fort Albany. Si, pendant le cours de cet été, j'ai eu la consolation de baptiser un grand nombre de sauvages et de former une chrétienté fervente, dans des lieux qui jusqu'ici semblaient frappés d’une éternelle malédiction, ce n’est pas à nous qu’il faut l'attribuer, mais, après Dieu, c’est au zèle, aux vertus et aux efforts de cette admirable femme. »

Notre cher missionnaire, durant son séjour au fort Albany, consacra une bonne partie de son temps à

étudier le makégong. Au bout de trois semaines, grâce à son excellente mémoire, il commençait à le parler. Cette langue n’est pas, dit-on, des moins difficiles à apprendre : elle a des mots d’une longueur effrayante, voulez-vous, par exemple exprimer cette pensée : J’ai peur? Il faut dire : VNaspitchinikokwa. nissahknindamichhagogobon ; ou bien celle-ci : Dis cela? Nanatotamawatitamatagok. En dépit de cette difficulté, et malgré de fréquentes insomniesauc:’21les le condamnait sans doute un labeur opiniâtre, le Père Laverlochère parvint à maîtriser cette langue. Sans crainte de nous tromper, nous pouvons croire qu’à une mémoire heureuse l’Esprit-Saint avait ajouté comme don propre au missionnaire, uac intelligence prompte et une grande ardeur pour l’étude des langues. Trop modeste pour avouer le don de Dieu, il attribue son succès au génie du makégong, qui, paraît-il, est semblable à celui de l’algonquin, dont il possédait assez bien l’idiôme. Quoi qu'il en soit, tout heureux de pouvoir parler la langue de ses chers néophytes, il s’écrie avec transport : « Oh! quelles sont douces les fatigues de l’apôtre, quand elles ont un pareil résultat! » Toutefois comme s’il craignait d’en avoir trop dit à son éloge, 1l ajoute aussitôt :

« Si jamais le missionnaire venait à oublier qu'il n’est qu'un instrument bien faible entre les mains de la Providence, si quelques sentiments de vaine

1 semaines, mençait à le es moins dif.

ne longueur primer cette hinikokua.

celle-ci : Dis épit de cette les auc:'2]les piniâtre, le

| glore pouvaient se glisser dans son cœur à la suite de ses succès, l'exemple suivant serait bien propre à lui montrer sa folie.

« Il y avait, lors de notre arrivée au fort Alba-

langue. ny, une vingtaine d’Indiens venus du lac Salé, situé

. a # à 900 milles de ce poste et à peu près à égale distance intell; 20 de la rivière Rouge. Depuis bien des années un mide 2 Ée nistre méthodiste résidait dans leur tribu. La charité de Dieu J chrétienne et la décence ne me permettent pas de rée péter tout ce qu’ils débitaient à tort ou à travers sur

0ong, qui, Qquin, dont

sa conduite. S'ils manifestèrent d'abord quelque joie en nous voyant arriver, c'était uniquement dans l’es-

il en soit, pérance que nous leur donnerioas du tabac. Ils m’en ue de ses demandèrent plusieurs fois, et quand je leur eus dit al L: «Oh! que ce n’était pas pour distribuer du tabac, mais pour re, quand enseigner la religion du Grand-Esprit, que nous étions E.me venus dans leurs forêts, 1ls s’enfuirent, et s’abandonéloge, il nèrent à toutes sortes de jongleries. J'eus beau leur ; représenter le ridicule de leurs superstitions et la nécu 4 il cessité de se faire instruire et baptiser pour aller au ‘8 mains ciel ; pour toute réponse, ils me dirent : « L'homme

de vaine

» de la priere (le ministre) qui est venu chez nous,

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