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finiment en spectacle aux hommes et aux anges, la bonne Providence voulut enfin mettre un terme au long martyre de son fidèle serviteur, en le conviant à la palme des vainqueurs.
Voici comment le P. Mourier, son confident et son fils spirituel, nous raconte les derniers jours du bon Père.
« Qui m'aurait dit en 1850, lorsque j'étais jeune écolier sous le toit du petit Séminaire de Notre-Dame de Valence, que j'habiterais un jour les mêmes heux, que je vivrais au même foyer, serais son voisin de cellule, le témoin de ses douloureuses épreuves, le dépositaire de ses plus intimes secrets, que je lui administrerais les derniers sacrements, recueillerais son dernier soupir, lui fermerais les yeux et lui rendrais enfin les suprèmes devoirs ! |
« Ce fut vers la mi-septembre 1884 que nous le décidèmes à se laisser administrer. Jusque-là il n’avait jamais voulu y consentir, disant toujours qu’il n’en était point temps encore. Mais à partir de cemoment, il commenca à baisser considérablement. Sa robuste constitution avait si souvent trompé tout le monde, que nous n’avions su non plus à quoi nous décider. Nous attendimes jusqu'au 4 octobre. Ce jour-là nos craintes l’emportèrent sur nos espérances. Nous nous hatèmes donc de lui donner les dernières consolations de l'Eglise. qu’il reçut en vrai prêtre, c’est-àdire dans les sentiments de la plus ardente piété. Il
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était temps, car, bien qu'il eût sa parfaite connaïissance, tout son corps était paralysé.
« Le râle de la mort, signe avant-coureur de la dissolution prochaine, vint bientôt secouer fortement sa poitrine. La matinée cependant se passa sans danger immédiat. Après midi, il me fit demander. Sur son désir, je m'assis auprès de lui, et ne le quittai plus qu’au moment du souper. Je retournai bien vite à son chevet. La mort approchait visiblement. Toutefois j'étais sous l'impression qu’il pouvait encore passer la nuit. Nos deux communautés des Pères et des Sœurs vinrent aussi lui rendre une dernière visite et prier près de son grabat. Il semblait avoir attendu cette fraternelle réunion pour nous enseigner à tous comment on doit mourir. Nous tombâmes à genoux et récitâmes les prières des agonisants. À peine en étions-nous à la moitié, qu'il s’endormit doucement du sommeil du juste, le samedi 4 octobre, vers neuf
heures du soir. Comme fidèle serviteur de Notre-
Dame du Mont-Carmel, il bénéficia sans doute immédiatement du précieux privilège de l’indulgence sabbatine. Aussi aimons-nous à croire .que sa bonne Mère du ciel vint elle-même recueillir l'âme de son Oblat, pour l’introduire sans délai dans la demeure des élus.
« Après avoir répandu sur notre cher défunt nos prières et nos larmes, nous revêtimes sa dépouille mortelle des ornemeuts sacerdotaux et la descen-
dimes dans la bibliothèque, qui fut transformée en chapelle ardente jusqu’au lundi, jour de la sépulture.
« Comme vous pouvez bien le penser, je veillais la nuit presque entière, priant et pleurant, auprès de ce lit funèbre qui me rappelait tant d’édifiants souvenirs. Il était beau à voir sous sa parure sacerdotale. Il semblait encore prier, bénir, exhorter.
« Toute la journée du 5, catholiques et protestants s’empressèrent de venir contempler une dernière fois les restes du grand Missionnaire et recevoir d’eux les salutaires enseignements de la mort.
« Lorsque le 6, vers dix heures du matin, la cloche du lac Témiskamingue lança au loin son glas funèbre, notre triple population, française, anglaise, sauvage, accourut pieuse et empressée, pour rendre un suprême hommage d'amour et de reconnaissance au premier Missionnaire Oblat de la baie d'Hudson, au fondateur de la Mission centrale de Témiskamingue.
« Le service funèbre fut aussi beau que notre cœur et nos moyens nous permirent de le faire. L'église en deuil resplendissait comme en un jour de fête. Avant l’absoute, quelques paroles émues et fraternelles retracèrent l’origine, la morche, le dévouement de cette belle existence qui venait de s'étendre, au grand regret de ses nombreux amis.
« Les cérémonies religieuses achevées, le convoi monta lentement, entre des tableaux de la Passion
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fixés dans une double haie d’arbustes, le chemin du cimetière, -que tapissent de nombreux rosiers sauvages, et que couronne un massif de cyprès toujours verts ! Le corps fut mis en terre dans un petit enc:os fermé, entourant une grande croix plantée au milieu.
« C’est la tombe du P. Laverlochère. Elle est surmontée d’une simple planche de trois pouces d’épaisseur, portant l'inscription : 4 octobre 1884, 72 ans.
« Sur les bords d’un lac lointain, dans une vaste solitude longtemps ignorée, cette tombe où reposent les restes d’un homme qui à sacrifié sa vie à ses semblables, qui est mort martyr de sa charité, de
son amour pour les hommes, est bien plus belle, bien plus éloquente que les plus beaux monuments funéraires, élevés à ceux qui furent de grands contempteurs et de grands égorgeurs des autres hommes.
« À côté de la tombe du P. Laverlochère, on lit une inscription : Oma Nipo, ce qui signifie : Ici dort. Une autre : Gaganotamaouictk : Priez pour elle ; et plus bas, deux petites croix couvrant les tombes de deux enfants (1) ».
Pouvait-il être mieux à sa place, après sa mort, ce vaillant Missionnaire, que couché parmi ceux qu'il avait tant aimés, ses chers enfants des bois ?
(1) Arthur Buies.
M5 Duhamel, archevêque d'Ottawa, ressentit vivement la perte de l’un des bons ouvriers de sa vigne. Sa Grandeur témoigna aussitôt ses paternelles condoléances au R. P. Supérieur du lac Témiskamingue, dans une bonne et belle lettre datée de l’évêché d'Ottawa, 27 octobre 1884, et qui est comme une oraison funèbre en raccourci de celui que nous pieurons, Nous nous faisons un honneur et un plaisir de la citer. Elle couronnera à la fois et cette notice et cette tombe.
« Mon Révérend Père, j'avais appris depuis quel- « ques jours la nouvelle de la mort du R. P. Laver- « lochère, lorsque j'ai reçu votre lettre du 5 courant.
« Je n’oublie pas dans mes prières, surtout au saint « autel, ce Missionnaire dont la charité, le zèle, le « dévouement, seront bientôt, s'ils ne le sont déjà, « récompensés dans l’autre monde.
« Je ne doute pas que celui qui sera chargé de « faire la notice biographique du P. Laverlochère ne « parle des travaux extraordinaires accomplis par ce « saint Missionnaire ; des fatigues qu'il a endurées « dans des voyages longs et périlleux, entrepris dans « l'intérêt des âmes; des succès qu'il a obtenus en + prêchant l’OEuvre de la Propagation de la Foi. « Tout cela méritera une mention spéciale.
« Mais je vous l’avouerai, mon Révérend Père, ce « n’est pas ce que j'ai le plus admiré dans le P. La- « verlochère. Ce qui m'a constamment édifié, c’est
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cette soumission entière à la volonté de Dieu dans. ses infirmités et son ardente affection pour ses sauvages, au milieu desquels il s’est toujours trouvé heureux, et qu’il a voulu évangéliser, dans la mesure de ses forces, jusqu’à la fin de sa vie. « Je me persuade qu’il continuera au ciel à s’occuper de l’œuvre des Missions sauvages, et qu’il obtiendra du Sacré-Cœur de Jésus, avec l’aide de Marie Immaculée, toutes les grâces dont les missionnaires, ses successeurs, ont besoin pour évangéhiser les pauvres des vastes solitudes de la baie d'Hudson.
« J’ai l’honneur d’être, mon Révérend Père,
« Votre dévoué serviteur.
« + J. Thomas, 0. d'Ottawa. »