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les Quinse-Portages, ainsi appelés à cause des
quinze rapides assez rapprochés les uns des autres, où l'on est obligé de porter à travers les bois, bagage,
provisions et même le canot. Nous rencontrâmes
ensuite un grand lac dont les bords sont visités par | des légions d'ours. Enfin le 9 juillet, vers Ls neuf heures du matin, nous découvrimes devant nous le | fort Abbitibbi ; il semblait, comme une île naissante, émerger du sein des eaux, tant est basse la pointe de terre sur laquelle il est bâti (4). »
Il ne faut pas que cette appellation de « fort » | éveille en vous l’idée d’une forteresse véritable, avec | des remparts, des fossés et des meurtrières; non, | les forts de la Compagnie de la Baïie-d’Hudson n’ont | jamais eu cet aspect belliqueux ; c’était simplement | une habitation doublée d’un magasin, construite en murs très épais, et entourée d’une enceinte de pieux d'une quinzaine de pieds de hauteur, pour la préserver d’une attaque possible des sauvages qui auraient eu quelque sujet de mécontentement. |
Si vous jetez un regard sur la partie septentrionale de l'Amérique britannique, vous verrez qu’à certains endroits particulièrement favorables, le long des srandes rivières, mais surtout à leurembouchure, de même qu'à la décharge des lacs de quelque importance, depuis le Labrador jusqu'aux Montagnes-
(1) Ce fort date de 1811.
Rocheuses, la Compagnie de la Baie-d’Hudson avait établi des postes, où les Indiens de la région environnante venaient apporter leurs pelleteries et faire leurs achats de provisions ct de vêtements. Ces pelleteries étaient ensuite transportées dans des canots manœuvrés par des hommes au service de la Compagnie, jusqu'aux factoreries de York et de Moose, situées, la première à l’embouchure de la rivière Nelson, sur la baie d'Hudson, la seconde, à l'embouchure de la rivière Albany, au fond de la baie James (1). De là elles étaient expédiées en Angleterre sur les navires de la Compagnie, qui faisaient en moyenne deux voyages par an. Au retour, ils apportaient, dans des caisses doublées de fer blane, toutes les marchandises dont la Compagnie avait besoin pour faire ses échanges avec les Indiens (2).
« À notre arrivée, nous pûmes facilement remarquer une grande différence entre les sauvages de ce poste et ceux des forts William et Témiskamingue : car, bien qu'ils fussent près d’une centaine réunis dans ce moment, à peine y en eut-il quelques-uns, déjà chrétiens, qui vinrent nous saluer. Quant aux infidèles, ils semblaient nous fuir. Ce ne fut qu’au bout de trois jours, et après que nous leur eûmes fait nous-mêmes plusieurs visites dans leurs cabanes,
(1) Partie sud de la baie d'Hudson à laquelle le navigateur anglais James a laissé son nom.
(2) A. Bruies, L'Outaouais supérieur.
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causant familièrement avec eux et caressant leurs enfants, qu'ils commencèrent à s’apprivoiser et à se rendre aux exercices. Ces Indiens, généralement plus grossiers que ceux de l'Outaouais, sont d’une voracité incroyable ; ils mangent ou plutôt ils dévorent une quantité énorme de viandes et de poissons.
« L'accueil que nous avions reçu ne nous promettait pas de la part des Abbitibes un concours bien empressé. Heureusement l’arrivée d’une quinzaine de sauvages de Témiskamingue, qui venaient de Moose, fut pour la peuplade une vraie bénédiction du ciel. Comme ils devaient repartir le lendemain, ces braves et fervents néophytes voulurent tous se confesser ; nons dûmes passer une partie de la nuit à les entendre. Avant de s’embarquer, ils assistèrent à la sainte Messe avec un recueillement admirable. — « Voilà une troupe de saints, me dit un Canadien qui voyageait avec eux : nuit et jour ils prient ou ils chantent des louanges de Dieu. »
« Leur bon exemple produisit, Dieu merci, sur ceux d’Abbitibbi un changement sensible. Dès ce moment, nous eùmes la consolation de les voir plus assidus à tous les exercices de la mission, et correspondre à nos soins avec une fidélité parfaite.
« J'ai hâte de le dire, mon révérend père, s ii reste encore dans ce poste plus d’une âme infidèle, dont nous avons à déplorer le malheureux état, 1l y en a aussi un grand nombre qui déjà font la gloire de la
Religion et l'édification de leurs compatriotes. Là, comme dans les autres stations, on trouve chez les nouveaux chrétiens des vertus qu'on ne rencontre plus ailleurs. Ils sont surtout fortement pénétrés de la pensée des biens éternels. L’espérance d’une autre vie leur fait endurer avec beaucoup de patience, et quelquefois avec joie, la faim, le froid, et tous genres de maux auxquels ils sont exposés.
— «Pauvres enfants, leur disait un jour M.
Moreau, vous êtes bien malheureux ici-bas ; je suis bien vivement touché de vos misères.
— « Cela est vrai, mon Père, répondit une pauvre veuve, dont la fille est depuis longtemps malade : quelquefois je suis tentée de me décourager et de céder au murmure; mais aussitôt je me dis: Fh quoi! je perdrais confiance en Celui qui a tant sc fert pour me gagner le ciel, et qui me récompensera de tout ce que j'endure pour son amour! Cette pensée me console, et je prie ; et quand j'ai prié, je ne sens plus mes peines. »
« Ces bons néophytes se laissent-ils aller à quelque faute, ils tombent aussitôt à genoux, et ils disent : O toi, mon Maître, qui as été blessé pour moi, prends
pitié de moi et pardonne-moi ma faute. Le récit qu'on leur ferait de la pénitence des solitaires et de la pauvreté des religieux ne produirait sur eux aucune impression, car la vie qu’ils mènent est bien plus dure, et ilsne possèdent pas une obole sous le soleil.
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Leur parle-t-on de la beauté des grandes villes, des avantages que procurent les arts et l’industrie, ils ne témoignent que de lindifférence, Mais ils se montrent enchantés, si on leur décrit la magnificence de nos églises, la majesté de nos cérémonies religieuses. Poussant alors un soupir, ils s’écrient : «Oh! qu'ils sont heureux les priants du grand village (Montréal)! Que n’avons-nous de pareilles cabanes pour la prière ! Ah! si nous pouvions imiter les ee de là-bas, dont tu nous parles souvent!
Du de Abbitibbi le P. Laverlochère nuit en toute hâte sa direction vers l'Outaouais. IL suivit ensuite le cours de cette rivière jusqu’au Grand-Lac,
à travers beaucoup de difficultés et même quelques
accidents dont il se garde de parler ici, laissant aux anges, témoins de ses souffrances, le soin d’en enreuistrer les mérites. Néanmoins on les devine, quand on songe aux pénibles portages et aux rapides dansereux dont le voyage était semé. Ce qu'il avait craimt était arrivé : les sauvages auxquels il avait donné rendez-vous, ne pouvant, faute de provisions, attendre plus longtemps la Robe noire à ce poste, s'étaient déjà retirés sur leurs terres de chasse ; il ne restait plus que cinq ou six familles. M. Moreau baptisa une jeune fille qui se mourait, le Père entendit quelques confessions, après quoi ils da pour Æanikevanakak.
Nous y trouvâmes, continue le père, huit familles indiennes, De ce nombre était celle du grand chef Kitié o’Kima, qu, placé en observation sur un monticule, nous regardait venir. Ce Sachem était vêtu tout en rouge. Il portait à son cou trois médaillons à l’effigie du dernier roi d'Angleterre, de la reine Victoria et du gouverneur du Canada, et, de plus, un chapelet et la médaille miraculeuse. Les quatre. premiers objets ne décorent sa poitrine qu'aux jours de parade; quant au chapelet et à la médaille, il ne les quitte jamais.
« Kitié o Kima était accompagné d’un chef subalterne." Après qu'il nous eurent donné la main, le premier nous adressa ces paroles : « Vous êtes salués de nous, nos pères les Robes noires. Avec quelle impatience nous désirions votre arrivée ! Plusieurs familles de ma tribu sont retournées dans leurs terres, quoi que j'aie fait pour les retenir encore : c'est qu'elles jeûnaient depuis deux ou trois jours. Et moi, je jeünais aussi, mais j'ai voulu vous attendre. Nous ne serons pas seuls : 1! viendra bientôt d’autres Indiens, quand ils sauront l’arrivée des Robes noires. »
« En effet, les jours suivants il arriva une douzaine de familles ; nous avions en tout, y compris les enfants, environ soixante personnes. Nous arrangeèmes sans délai la cabane qu’on avait dressée l'an dernier pour les exercices de la Mission, et nous y pla-
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A âmes une table qui nous servit d’autel. Par malheur, dès le lendemain, M. Moreau tomba malade d’un excès
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ét De fatigue. Au cinquième jour cependant il put sqail- reparaître au milieu des sauvages et leur adresser deu ln quelques instructions ; ce qui les remplit de joie. Ces À: de néophytes sonuent que nous avions peu de forces 7 Les EP temps À leur donner ; et ils tâchaient d’y tee suppléer par l'empresement et le zèle. Nous devons à la dire qu'ils ont profité de nos soins au delà de toute
espérance. »
bal Ce que sa modestie nous cache, c’est qu'il dut se » ai ® LL?
constituer sœur de charité pour porter secours au
sn bon M. Moreau. Cette œuvre fraternelle jointe à celle quelle de la mission, nous donne la clef de ce peu de forces ONE dont il est ici question. |
bases | À son retour, il aurait volontiers passé quelques re: US à Bytown (aujourd hui Ottawa), où les RR. PP. rs El Oblats venaient de s'établir ; mais des affaires imra portantes l'appelant au lac des Deux-Montagnes, il te partit le lendemain pour ce poste, où il reçut de la 1.7 part des Messieurs de Saint-Sulpice un accueil bien propre à lui faire oublier les peines et les fatigues de
dou °° long voyage. NM pris Il termine ainsi : « Je ne veux point finir cette Lu, lettre, mon révérend Père, sans remplir un devoir lèn de reconnaissance envers les agents de l’honorable : pis Compagnie de la Baie d'Hudson. Dans tous les pos-
tes que nous avons visités, ces messieurs ont eu | 4
pour nous toute sorte d’égards, et nous ont traités avec ce:te distinction et cette noble libéralité qui les caractérisent. >
Ainsi son cœur est tout à la reconnaissance des services d'autrui, comme aussi à l'oubli de ses succès apostoliques et de ses propres souffrances.
SOMM épr con j'éts de t