‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme] (volume 2)Chapitre 12 sur 55 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Oubli dans lequel les Acadiens étaient tombés en 1864. — On les croyait anéantis. — Acharnement de la fatalité contre eux. -— Au ban de l’humanité, — Leur dispersion. Population en 1755 et en 1763.—Les Puritains. — Premiers évêques. — Les Acadiens sont ignorés dans la hiérarchie, — Qui les à créés et mis au monde ?

Il ne sera pas sans intérêt de nous arrêter ici un instant, et, après avoir fait connaître celui qui vient pour sauver la race acadienne, de montrer ce qu'était celle-ci, en 1864 Ce regard rétrospectif est nécessaire à la parfaite intelligence de l’œuvre de régénération commencée à Memramcook.

À son départ du Canada, ! le P. Lefebvre, sauf ce que lui en avait laconiquement appris l’évêque de Saint-Jean, était dans une complète ignorance du pays où il allait et de ses habitants. La nouvelle de l'existence d’un groupe d’Acadiens- Françaisau Nouveau-Brunswick avait été pour sa communauté toute une révélation, quelque chose comme la découverte d’une ville antique, retrouvée à cinquante pieds sous terre, et mise au jour par une fouille. On avait bien entendu parler des Acadiens d'autrefois, d'un petit peuple pacifique, arraché en pleine paix à ses foyers, dépouillé de tous ses biens, entassé dans des cales de navires et dispersé sur toutes les mers pour y périr; mais le monde se souvenait d'eux comme d’une grande traînée de sang aperçue un soir dans le ciel serein, et aussitôt cachée pour toujours par d’épais nuages noirs; comme d’un naufrage retentissant dont on retrouve, longtemps après, quelques épaves flottant sur l’abîme : comme il se souvient des enfants de Juda mis à mort sur l'ordre du “ cruel Hérode,” à

1—Le Canada, à cette date, ne comprenait que les deux provinces du Hautet du Bas-Canada, aujourd'hui l'Ontario et le Québec,

cause des cris que poussèrent dans Rama les mères éplorées. L'excès de leurs infortunes avait étonné le monde; puis le silence de l'oubli s'était fait sur leur tombe refermée, le grand silence de la mort.

On les croyait à jamais anéantis.

Longfellow, dans son beau poème l’£vangéline, paru en 1847, faisait ainsi leur histoire contemporaine :

Only along the shore of the mournful and mysty Atlantic, Linger a few Acadian peasants, whose fathers from exile Wondered back to their native land to die its bosom ?.

M. Rameau de Saint-Père, qui a peut-être plus contribué tout seul à faire connaître à la France oublieuse ses colonies perdues d'Amérique que tous les autres écrivains ensemble, disait, en 1859, dans la préface d’un livre qui fut toute une révélation, non seulement pour le lecteur de la vieille Europe, mais même ici pour nous : “Qui se souvient de l’Acadie ? ” *

Ce n’est pas seulement aux Etats-Unis et en France que l'on considérait la race acadienne comme une chose du passé, complètement anéantie, mais même dans la province sœur de Québec, les écrivains les plus sympathiques et les mieux renseignés ne disaient pas autre chose. Dans son introduction sur le 2° centenaire de l'érection du diocèse de Québec (1874), M. Chauveau, parlant des Acadiens, écrivait en toutes lettres que même à cette époque “on ignorait presque leur existence,” duns la province de Québec; et M. Bourassa, dans le prologue de son roman acudien Jacques et Marie, paru en 1866, avertit ses lecteurs que “la Providence a laissé les Acadiens disparaître.”

Selon toutes les apparences il en était, il devait en être ainsi.

1—"* Seulement sur le rivage de l’Atlantique, triste et brumeux, languissent

encore quelques paysans acadiens dont les pères revinrent misérablement de l’exil dans leur pays natal pour y mourir.’

2— La France aux Cotonies.

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Depuis la cession de leur pays à l'Angleterre par le traité d'Utrecht, en 1713, les Acadiens semblent une race fatalement vouée à la haine des hommes et à la malédiction de Dieu. Tout ce que les Anglais tentent contre eux, même dans les conditions les plus invraisemblables, comme, par exemple, le siège de Louisbourg, en 1745, réussit au delà de toute espérance; tout ce que la France, le Canada, les sauvages, les missionnaires entreprennent pour le salut de l'Acadie tourne à sa perte. Les propres vertus des Acadiens, leur esprit de paix, leur amour du travail, leurs habitudes d'économie, le sentiment de l'honneur, leur très scrupuleuse observance de la parole donnée, la religion de leurs serments, deviennent pour eux des embâûches, servent de prétexte à leurs ennemis pour les opprimer, précipitent le cataclysme qui doit les engloutir. La guerre et la paix leur sont également funestes, Jusqu'en 1864, leur histoire Justifierait mille fois, aux yeux des Mahométans, la loi de ja fatalité : c'était écrit !

Une clause du traité d'Utrecht leur accorde une année pour disposer de leurs biens et se retirer sur le territoire français. Les gouverneurs d'Annapolis, puis d'Halifax, entortillent cette clause de manière à en faire un réseau inextricable dans lequel les pauvres Acadiens sont pris. Quand, en 1755, ils s’en échappent enfin, vidés comme la mouche tombée dans la toile d’une araignée, c'est pour être jetés à la mort.

Louis XV équippe, en 1746, une flotte formidable, qu'il envoie avec une armée de débarquement, sous les ordres du duc d'Anville, reconquérir la province perdue. Des tempêtes terribles la dispersent et la brisent, Avec les débris, réunis à Uhibouctou (aujourd'hui Halifax), il reste assez de vàisseaux et d'hommes pour prendre Port-Royal. Rendez-vous est donné à ce dernier endroit, où les sauvages et quelques Acadiens doivent concourir à l'assaut. Une nouvelle tempête assaille la flotte au détour du Cap-Sable et la dissipe. Les vaisseaux anglais font le reste.

La fleur de la chevalerie canadienne, trois cents officiers at soldats, sous le commandement de de Villiers, se met en marche

au cœur de l'hiver, et, après avoir franchi en raquettes une distance qui serait incroyable, si elle n’était positivement avérée, tombe sur un détachement de cinq cent vingt-einq Anglais, cantonné à Grand-Pré, en tue cent trente et contraint le reste à se rendre à discrétion. Les Acadiens, en dépit de sollicitations pressantes, suivies de menaces de mort, gardent une neutralité scrupuleuse et refusent, à cause de leur serment, de se joindre aux Canadiens pour chasser les Anglais de leur pays. Le gouverneur d’Annapolis, Mascarene, leur en donne crédit dans une lettre aux Lords of Trade, où il dit : “ Sans la neutralité des Acadiens, cette province était perdue.” Cela n'empêche pas ses successeurs, Lawrence entre autres, de leur imputer à crime de n'avoir pas averti les Anglais de l'arrivée des Canadiens, et d’invoquer ce prétexte pour leur confisquer leurs biens.

L'abbé le Loutre, tout au contraire du facétieux et triste messire Paquin, curé de Saint-Eustache, représente à ses ouuilles, avec beaucoup de raison, il faut en convenir, qu'il leur est légitime de se soustraire, par tous les moyens, à l’autorité anglaise, illégitimement constituée, quant à eux, eb en entraîne quelques-uns par la persuasion, un plus grand nombre par la violence, dans le fort Beauséjour, sur le territoire français, espérant, avec leur concours, repousser victorieusement les envahisseurs. Les Acadiens, se croyant toujours liés par leur serment de neutralité, répudié cependant par les eouverneurs d'Halifax, refusent de faire le coup de feu sur les soldats anglais.

Loin de leur tenir compte de ce raffinement du sentiment de l'honneur, Lawrence en fait un des principaux griefs contre eux ; et, comme l'Homme de douleur contre lequel les Juifs ne pouvaient relever aucun acte de sédition, ils n'en sont pas moins de ce chef d’aceusation décrétés de mort,

Un certain nombre d’Acadiens, six mille environ, réussissent à échapper à la déportation de 1755, et vont fonder de nouveaux établissements à l’île Saint-Jean, sur le territoire français. Le général Amherst et l'amiral Boscawen tombent précipitamment sur eux, trois ans plus tard, quand les blés

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croissent aux champs et promettent une riche moisson, détruisent moissns et demeures, et, contre le droit des gens, enlèvent les pauvres habitants qu'ils dispersent à nouveau.

Le traité de Paris (1763), qui cède le Canada et toute la Nouvelle-France à l'Angleterre, interrompt par toute la terre les hostilités entre les deux grandes puissances et leurs sujets. Par toute la terre, oui, excepté en Acadie où la persécution privée succède à la persécution officielle.

L'article 39 de la capitulation de Montréal (1760), proposé par Vaudreuil, stipule qu'aucun Français restant au Canada ne sera transporté dans les colonies anglaises ni en Angleterre. Ambherst écrit en marge: “ Acec dé, excepté à l'égard des Acadiens.”

Même restriction à l’article 54 qui propose que “ les officiers de milice, les miliciens et les Acadiens qui sont prisonniers à la Nouvelle-Angleterre soient renvoyés sur leurs terres.” ‘“ Accordé, à la réserve des Acadiens.”

Pauvres Acadiens! L'affreuse persécution les poursuit

Jusque dans l'exil. Les traités ies plus solennels, celui d'Utrecht, en 1713, celui de Paris, en 1763, ne leur assurent aucune protection, ne leur donne aucun répit, Si quelques clauses y sont stipulées en leur faveur, ces clauses sont ensuite ignorées, et la grande persécution suit son cours.

[ n'est pas jusqu’à la guerre d'indépendance des Etats-Unis, à laquelle les Canadiens doivent l’Acte de 1774 ! abolissant le serment du {est et rétablissant, avec la liberté du culte, les lois françaises en matière civile, qui ne tourne contre eux, et ne serve de prétexte à les dépouiller — une dernière fois, espérons-le — de leurs terres, à Minoudie, à Gédaïque, À la rivière Saint-Jean, afin d'en faire hommage aux loyalistes de Boston. Toujours les Bostonnais, et toujours la fatalité !

Oui, ce fut contre les Acadiens, du côté des hommes, une guerre d'externination d'autant plus implacablement acharnée

1" Peut-être, dit Sulte dans son Histoire des Canadiens, la dispersion des Acadiens a-t-elle contribué à nous mettre sur nos gardes contre les excès du patriotisme après la conquête,”

qu’elle ne reposait sur aucun grief positif, et qu'elle marquait d'infamie ses auteurs. “ Conçue par un voleur (Craggs), dit M. Richard, dans son Missing links of «à lost chapter in American History, la déportation des Acadiens par Lawrence, en 1755, eut le vol pour objet.” Et, comme il arrive toujours en pareil cas, les voleurs n’eurent de repos que lorsqu'ils eurent fait disparaître leurs victimes, ou les eurent mises hors d'état de jamais réclamer leurs biens.

Puis vint Aikins, peut-être plus odieux encore que Lawrence. Celui-ci commit l'iniquité ; celui-la la justifia. Des martyrs qu'avait faits le gouverneur, l'archiviste s’efforça de faire des coupables. C’est pour les grands calomniés de l'histoire que le

poète a dit:

Le crime fait la honte et non pas l’échafaud.

Lawrence leur avait dressé des échafuuds; Aïkins voulut leur laisser la honte.

A la date du traité de Paris (1763), il ne restait plus d’Acadie, ni, hélas! d’Acadiens. Le Cap-Breton, le Nouveau- Brunswick et l’île du Prince-Edouard avaient été, à leur tour, cédés à l'Angleterre ; et les Acadiens tombés dans le lâche, l'odieux guet-apens de 1725, le grand dérangement comme ils l’appellent encore, — ces défenseurs de la foi ne surent jamais trouver un mot de haine pour désigner leurs persécuteurs — avaient été emprisonnés d’abord, volés ensuite, puis dispersés aux quatre vents du ciel pour ÿ être anéantis.

Scattered like dust and leaves when the mighty blasts of October Seize them, and uhirl them aloft, and sprinkle them far o’er the ocean. È

Ils étaient morts, aux yeux des nationalités qui avaient pris leurs places et leurs biens; et eux-mêmes ignoraient si le soleil devait jamais luire de nouveau pour eux. Ceux qui étaient revenus de la déportation, et ceux qui, longtemps

1— Dispersés comme la poussière et les feuilles mortes, quand les puissantes rafales d'automne les saisissent, les font tourbillonner dans les airs et les répandent au loin sur l'océan.” — Longfellow, Évangéline.

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réfugiés dans les bois, avaient pu survivre aux privations et échapper à leurs bourreaux, cherchaient, maintenant que le traité de Paris avait tout cédé à l'Angleterre, et qu'ils étaient trop misérables pour être craints et trop pauvres pour être dépouillés, des endroits isolés, non loin des lieux où ils avaient faguère goûté le bonheur et la Paix, pour y vivre et surtout pour y mourir. Tels les premiers chrétiens, cuchés dans les souterrains de Rome, en sortaient avec défiance en apprenant la mort d'un Néron ou d'un Caligula,

Un calcul minutieux établit qu'entre 1755 et 1763 pas moins de 8,000 d’entre eux périrent dans les cales de navires, dans les prisons, au fond des bois, de faim, de privations, de froid, de mauvais traitements, de désespoir, Trois des navires au fond desquels ils avaient été paquetés coulèrent à fond, si l’on en croit la tradition,

Ceux d’entre eux qui survivaient en 1763, date du traité de Paris, avaient été dispersés dans toutes les colonies de la Nouvelle-Angleterre, à Boston, à New-York, à Philadelphie, à la Virginie, à la Géorgie, à la Caroline du Sud, à Haïti, à la Guyane, à Saint-Domingue, en Corse, dans les prisons d'Angleterre, et quelques-uns en France, à Granville, à Saint-Malo, à Boulogne, à la Rochelle, à Brest, à Belle-Isleen-Mer.

Un certain nombre réussirent, à la suite de privations et de misères inouïes, à gagner, au travers des bois, la Louisiane, et d’autres le Canada.

Afin de les tuer plus sûrement, de rendre plus impossible leur retour en Acadie, on avait eu soin, en les embarquant à

: bord des transports anglais, de séparer les familles, malgré les

supplications des mères et le désespoir des enfants. De cette manière leur premier soin, une fois rendus à ln liberté dans des pays étrangers, serait de chercher par les quatre coins du monde, qui une épouse, qui un frère, qui un enfant ; ils auraient mille fois l'occasion de périr de privations et de découragement dans ces poursuites sans fin, et nul d’entre eux ne reviendrait au pays réclamer son champ ni ses bestiaux. Tel était le cruel calcul de leurs spoliateurs,

Ils étaient, au rapport de M. Rameau ', environ 18,000, en 1755, dans toute l'Acadie. Le gouverneur Wilmot, neuf ans plus turd, comme le témoigne un MÉMOIRE aux Lords of Trade, portant la date du 22 mars 1764, n’en trouve plus que 1762 !

Ce sont, pour la plupart, des femmes et des enfants, réduits à la dernière misère.

Quelques familles, ivnées dans les forêts de l'île Saint-Jean et d’autres, sur les bords du détroit de Northumberland, dans le Nouveau-Brunswick, ne sont pas mentionnées dans le Mémoire de Wilmot. Illes croyait ou déportées ou péries. Le chiffre exact de la population, en 1764, est plutôt celui du recensement dressé à la requête de la Société historique du Massachusetts, soit 2,600 âmes *

Un recensement officiel, dressé en 1767, ne donne plus que 1265 Acadiens pour toutes les provinces maritimes, soit 1068 à la Nouvelle. Écosse et au Nouveau-Brunswick, et 197 à l’île Saint-Jean *. Cette diminution de plus de la moitié de la population totale, survenue après Île traité de Paris (1763) et l'établissement de la paix universelle, nonobstant le retour d'un certain nombre de proscrits, jette un jour hideux sur cette persécution sans fin ni trève.

Ainsi, en 1767, toute la race, sauf 1265 personnes, avait disparu ; le paisible petit peuple acadien, victime de la guerre et victime de la paix, avait été mis au tombeau : et, de cette manière, avaient été définitivement supprimés ceux que Lawrence, dans son rapport aux Lords of Trade, appelle the most inveterate enemies of our religion. Les spoliateurs pouvaient désormais dormir en paix; leur œuvre était terminée : l'Acadie française dont tout, jusqu'aux archives nationales, avait été détruit, ou allait l'être, était bien morte :

finis Acadie.

1—Une Colonie féodale en Amérique, Chap. XIV et XVI.

2—M. Rameau dit qu’il était resté de 2,700 à 2,800 Acadiens, au Nouveau-Brunswick et à la Nouvelle-Ecosse, et que 1500 vinrent de l'exil ies rejoindre.

3—Aujourd’hui, île du Prince-Édouard.

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= Mais tirons le rideau sur ce tableau de “ grande pitié.” F Mon dessein, en rappelant les événements de 1755, n’est . … nullement d'évoquer les souvenirs révoltants qui marquent où notre disparition d'au milieu des peuples, et encore moins de = réveiller à l’endroit de nos persécuteurs d'alors des sentiments ss de malveillance. M. Édouard Richard a entrepris de prouver,

— cest malheureusement la partie la moins documentée de sa son magistral travail, — que la déportation et le dépouillement ee des Acadiens se sont faits sans l'assentiment du cabinet fe | britannique, que c’est l'œuvre personnel des gouverneurs ia d'Halifax et de leurs cupides créatures, Il vaut mieux qu'il en | soit ainsi, et que nous puissions sans amertume tourner nos me É regards vers l’auguste couronne qui nous régit.

É Les temps étaient autres : la fraternité des peuples, apportée 4 : par Jésus sur la terre, ne s'était pas, à cette époque, répandue n sur le monde ; et l'intolérance religieuse était partout la loi . des gouvernants. Les meilleurs n'y échappaient pas.

: De tous nos ennemis, ceux qui nous voulurent et nous firent ! + | le plus de mal sont les puritains de la Nouvelle-Angleterre, —. ‘ les Bostonnais. Ils nous haïssaient de haine, par amour de si / Dieu, parce que nous étions catholiques, et par amour de

l'Angleterre, parce que nous étions français. suis La haine n’engendre généralement pas l'amour, excepté sur es d. les hauteurs du Calvaire et dans le cœur des saints. Les nôtres se É n'aimaient pas, non plus, les Bostonnais “d'amour tendre.”

Len É Pourtant ces puritains, presque aussi calomniés chez nous que 3 nous le fûmes chez eux, étaient une grande et forte race. . Persécutés en Angleterre à cause de leurs pratiques religieuses, : spé 4 ils se firent à leur tour, en Amérique, les persécuteurs de ge 4 ceux qui ne priaient pas à leur manière, Leur religion était os : farouche, mais ils étaient profondément religieux. Selon la +) lettre de l'Évangile, ils se croyaient obligés d'emporter le ciel d'assaut. Leurs lois sont assurément draconiennes ; mais, seules, des âmes fortement trempées étaient capables d'en promulguer uns-

de pareilles et surtout de les mettre rigoureusement en ; pratique. La Bible, dont aucune autorité compétente ne est Ê A À . ‘ . ….n , . .

dégageait “ l'esprit qui vivifie” devenait entre leurs mains un

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instrument féroce, Certes, ils ne sont pas aimnbles ces Pèlerins puritanisés, ni sympathiques ; ils sont même profondément ridicules avec leurs absurdes observances du “sabbat bleu ” et leurs croyances aux sorciers ; mais la sincérité de leur foi était profonde; et il convient de s'ineliner devant l'austérité de leur vie. Ils avaient, en outre, cette passion de la Eberté à laquelle, depuis le commencement du monde, Dieu semble réserver de si magnifiques récompenses,

Quand je vois ces colons, ayant à leur tête William Pepperell, marchand de Kittery, partir pour Louisbourg avec autant d'enthousiasme religieux et aussi peu de discipline militaire que les croisés pour la Palestine ; et que je considère avec quelle facilité, contre toute vraisemblance, la grande forteresse française est tombée entre leurs muins, je reste pensif en songeant de quel côté, entre eux et Louis XV, dit le Bien- Aimé, s'était rangé le Dieu des armées.

L'existence de l’Acadie française, de 1755 à 1864, n'est, ainsi que nous l'avons vu, qu’une agonie prolongée. Dans notre sainte et belle religion catholique, le prêtre est le dernier et le plus grand consolateur du mourant. Nos prêtres, presque tous, s’en étaient ailés. Les derniers à partir furent les Sulpiciens, emportés ‘lans le cataclysme de 1755 ; les Sulpiciens qui, après avoir sauvé le Canada des incursions sanguinaires des [roquois, nous auraient à notre tour sauvés des Angluis, si le dévouement, la douceur, la sainteté, la prudence, avaient pu nous sauver. Leurs missionnaires sont restés à notre chevet tant qu'il leur à été humainement possible de le faire; quand presque tous les autres prêtres catholiques ont, sur les ordres des gouverneurs d'Halifax, quitté le pays, ils demeurent eux

jusqu'à la fin, à Port-Royal, donnant une suprême absolution

à ceux qui partent pour ne plus revenir, recueillant le dernier râle et le dernier soupir de tout un peuple qui se débat dans les affres de la mort.

En 1818, c'est l'évêque de Québec qui se retire de nous, retraite volontaire celle-là. L’'Acadie est loin du Canada ; pas de chemins, l'été ; pas de communication, l'hiver. Les groupes français qui se reforment, on ne sait comment, en divers

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