‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme] (volume 2)Chapitre 26 sur 55 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Congrégations enseignantes. — Leurs droits et obligations, — Coup d’œil sur

l’enseignement donné à Saint-Joseph. — Le P. Geoffrion déclaré juste, — Concours interprovincial. — Le F. Grégoire, professeur de philosophie, — Sa méthode,

Les congrégations enseignantes sont demeurées, au dix-neuvième siècle, des monastères antiques, quant à leur constitution et à leur règlement intime; ce sont à toutes fins des sociétés d’affaires en participation, quant à leurs relations avec le public extérieur.

Les membres en sont des moines retirés du monde et engagés dans les serments de la perfection évangélique, la chasteté, l’obéissance et la pauvreté inividuelle ; le “siècle ” n'existe plus pour eux, et eux-mêmes sont devenus quelque chose de volontairement sacrifié, qui n’a plus de volonté propre, ni d'existence civile personnelle, des “cadavres”, comme les appelle saint ignace de Loyola. Dans cette capacité, ils n’ont de compte à rendre qu’à leurs supérieurs hiérarchiques et à Dieu.

En tant qu'entrepreneurs d'éducation, moyennant rétribution pécuniaire, ils ne diffèrent pas essentiellement des autres hommes engagés dans la même profession, excepté par la plus grande sainteté de leur vie. Ils bénéficient de tous les privilèges et de toute la protection civile dont jouissent les corporations laïques ; rien ne semble, d’un autre côté, les soustraire, de droit divin ou autrement, aux obligations correspondantes. C’est, parmi les hommes d’Eglise, une phalange d'élite, mais ce n’est pas l'Eglise. Le décret du dernier concile œcuménique de Rome : “ Dans les causes de la compétence ecclésiastique, il n’est permis à personne de juger le jugement du souverain Pontife,” est exclusif, et ne s'étend pas aux écoles

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congréganistes, qui sont, comme tout ce qui est humain, soumises à l'opinion et aux lois humaines, sans préjudice des droits hiérarchiques.

En faisant ou en croyant faire pour le mieux, les communautés enseignantes sont susceptibles de se tromper, soit dans la disposition de leur cours d’études, soit en n’adoptant pas les meilleures méthodes connues d'enseignement, soit encore en se faisant illusion sur la compétence de quelques-uns de leurs maitres de classe, surtout lorsqu'il y à dispense de concours et d'examen et absence de brevets de capacité.

Une communauté religieuse qui s'engage par contrat, avec les parents et par charte, vis-à-vis du public, à fournir un “cours d'éducation,” est tenue de le donner d'excellente qualité, de même que les parents sont tenus d’en payer le tarif en excellente monnaie.

Les congrégations, là-dessus, sont soumises aux mêmes obligations et jouissent des mêmes droits que les corporations laïques, Laval que McGill, Saint-Joseph que Mount-Allison.

La partie la plus importante de l'éducation, le professorat, préoccupa toujours vivement le P. Lefebvre. Il se croyait strictement tenu d’avoir des maîtres compétents, de la même obligation de justice que l’homme de profession est tenu de bien connaître l'art qu'il pratique, l'industriel de donner un bon article pour le prix d'achat convenu.

Sa communauté, neuve encore sur ce continent, était souvent dans l'impossibilité, malgré la meilleure des volontés, de lui en fournir en nombre suffisant. C’est que Saint-Laurent, à cette époque, était surtout un collège commercial, supérieurement outillé pour former des hommes d’affaires, mais peu pourvu de professeurs classiques.

À l'impossible nul n'est tenu, dans la plupart des cas, au moins, Le P. Lefebvre n'était pas responsable d’un état de choses imposé à son obéissance par ses supérieurs, et à sa raison et à sa charité par les besoins urgents des Acadiens, qu'il était venu sauver. Au reste, avouons-le, son personnel enseignant n'était pas, en somme, inférieur à celui des collèges

classiques du Bas-Canada.

L'année 1869 lui fut propice sous le rapport des professeurs. Les vacances lui en amenèrent deux, le R. P. Geotfrion ! et le F. Grégoire”. Au premier éciut la rhétorique, où la classe la plus avancée allait entrer.

Nous avons, dans un chapitre précédent, étudié la situation générale des Acadiens à l’arrivée du P. Lefebvre: nous connaissons le personnel du corps enseignant du collège; nous venons de faire une incursion parmi le peuple, examinant ses coutumes et notant quelques particularités de son langage. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de connaître un pen plus intimement les écoliers du collège Saint-Joseph, leurs habitudes, leur esprit, ou, pour parler la langue des romnnciers contemporains, leur ‘“ état d'âme.”

L’écolier est un censeur né. Il est bien malaisé, même aux plus éminents d’entre les professeurs, de sortir indemnes du redoutable jugement d’une classe d’humanistes ou de rhétoriciens. S'ils ont la vertu qui impose le respect, ils seront trouvés courts du côté de la science; s'ils ont la science en mêine temps que la vertu, ils devront redoucer encore le ridicule qui tue, et qui consiste souvent en peu de chose, un certain geste habituel, une attitude particulière, un tic amusant, démesurément grossis dans la lanterne magique de la classe.

Un très estimable ecclésiastique, employé comine pion aux études et à la recréation, en échange de leçons de théologie que Jui donnait le P. Lefebvre, dut, vers ce temps-là, quitter le collège, tout simplement parce qu'il avait une manière réjouissante de marcher. Quand il entrait à l'étude, ou qu'il se promenait en récréation, les élèves se tordaient. ‘“ Cet âge est sans pitié.” ïl ne sut jamais pourquoi son congé lui fut prématurément donné.

1—Né à Varennes en 1838.—Entra au collage Saint-Laurent en 1859.—A Memramcook, de 1869 à 1873.—Supérieur du “oliège Saint-Laurent de 1873 à 188y.— Délégué au chapitre général de Paris, en 1889 —-Affilia le collège Saint-Laurent à l’université Laval. Aujourd’hui,#apérieur au noviciat de la Côte-des-Neiges.

2—Mort en octobre 1875. Un autre religieux non moins estimable, le F. Ladislas, les accompagnait,

Le P. Geoffrion, lui, après plusieurs ballottages mouvants: sortit entin de l’urne avec le titre de juste, décerné à l’unanimité de sa classe. Si ce titre n’est pus en soi concluant en tant que diplôme pédagogique, c’est peut-être le plus beau qu'un homme, même un professeur de rhétorique, puisse ambitionner. L'Évangéliste n'en donne pas d'autre à saint Joseph, et celui-là suffit à sa gloire. Voici à quelle occasion le P. Geoffrion devint officiellement juste.

A l'ouverture de l'exercice de 1869, il arriva d’un collège bascanadien un écolier qui monta avec la première classe en rhétorique. C'était le premier confrère qui nous venait de la province sœur. Ce fut tout un événement. Pour une classe moins déterminée, c'eût été, dans les circonstances, le signal d'un sauve-qui-peut. C’est que nous avions les oreilles rabattues d'entendre dire que le dernier des Canadiens était un phénomène, à nous comparé. (C'était un certain Frère qui s'était bénévolement chargé de nous chanter cette cantilène.

Quand nous obtenions quelque succès, et que le P. Lefebvre nous en faisait compliment, le cher Frère ne manquait pas de venir, le lendemain, à la recréation, nous dire: “C’est par pitié pour vous que le P. Lefebvre à dit cela. Au Canada on ne prend pas le trouble de relever ces petits succès de rien du tout. Ah! s'il pouvait donc venir iei un élève de l’un de nos collèges, pour vous apprendre à vivre; pour vous faire voir comme vous êtes des ignorants! Le plus capable d’entre vous tiendrait la queue dans le dernier de nos collèges de Québec.”

Si cela était vrai,—et comment en douter, celui qui nous l’affirmait portait soutane,—c’est que nous étions, comme race, intellectuellement inférieurs aux autres races, même aux autres membres de la famille française, surtout aux Canadiens. Or voici qu'un de ces derniers, réputés des plus forts, ! venait apparemment tout exprès pour nous montrer notre chétiveté.

Chacun fit bonne contenance. Mais le nouveau confrère tomba en plein camp ennemi. Il eût été positivement

1—I1 porte aujourd’hui la décoration de la Légion d’honneur à sa boutonnière.

LE P, LEFERVRE ET L'ACADIE 173 dangereux pour lui de faire aucune remarque blessante, ou simplement hautaine, à l'adresse des Acadiens.

Ni le P. Geoffrion, ni le nouvel arrivé, ne soupçonnaient rien des orages qui grondaient dans nos cœurs aigris et humiliés.

Dès le premier jour de l'ouverture de la classe, quelqu'un d’entre nous demanda qu’il fût fait une composition générale sur un sujet déjà étudié l’année précédente. Nous avions hâte d’élucider tout d’abord un doute qui nous étouffait. Le sujet choisi fut une composition en vers latins sur l’Zmmaculée Conception. Deux heures sur le trépied d’Apollon! Il en exsuda des plus fortes têtes de vingt-quatre à trente-six alexandrins. Nous demandâmes que la correction en fût faite sur le tableau, les vers de chacun étant corrigés par tous. Toutes fautes de facture relevées, notre confrère canadien se trouva le troisième sur la liste. L’honneur national était sauf !

Quel ne fut pas notre ébalissement lorsque le professeur, revisant les notes, assigna à son compatriote la quatrième place !

La semaine suivante, nouvelle composition. Notre ami du Canada (il était devenu presque notre ami) proposa une version grecque. Déroute complète de l’Acadie ; les plus forts mordirent la poussière; ce fut un véritable Waterloo. Le Canada planait, victorieux, au haut de la liste.

—Bah ! fit observer le plus philosophe d’entre les derniers vaincus, les honneurs sont partagés. Nous avons auiant de chances de faire notre vie en ce monde-ci et notre salut dans l’autre avec des vers latins, que les Canadiens avec des versions grecques. De la fraternité sur toute la ligne, mes amis.

D'autres compositions révélèrent des connaissances générales à peu près pareilles, de part et d'autre ; mais, sauf en grec, nullement supérieures du côté canadien.

Le nouvel arrivé, jeune homme tout à fait aimable et bien né, devint le favori de la classe en sa qualité d’étranger ; le P. Geotfrion fut décoré du nom de juste, à cause de son impartialité constante en toutes occasions. Mais le frère, à partir

de ce moment, eut une vie semée de ronces, d'épines et d'accidents variés. Il ne put jamais découvrir d’où lui venaient tous ses déboires.

La leçon à tirer de cet incident, qui faillit fausser notre jugement et nous faire prendre en aigreur nos meilleurs anis, c'est que, si, pour enseigner dans les collèges, il est nécessaire d'avoir des maîtres, frères ou profès, ayant de l'instruction, il est encore plus nécessaire de les avoir ayart de l'éducation. La réunion des deux qualités fait la perfection du professeur.

Le P, Lefebvre voulut que la première classe latine de son collège fit deux années de philosophie. Il redoutait pour ses enfants le monde et ses luttes fratricides, et ne voulait les envoyer parmi les loups que revêtus de la meilleure armure. Or, les maîtres compétents à faire une seconde année de philosophie n'abonduient pas au collège de Memramcook. Les intéressés lui demandèrent le F. Grégoire pour professeur.

Ce F. Grégoire, M. Travers de son vrai nom, a une histoire qui pourrait figurer avec luxe dans la Bohème de Mürger, Au sortir de ses classes, dans un collège quelconque de France, la nostalgie du monde l'avait pris. Il avait parcouru sa planète en tous sens, enseignant, pour vivre, les langues en Espagne et en Italie, les mathématiques en Australie, les sciences naturelles aux Etats-Unis ; et, quand la faim impérieuse parlait, cassant volontiers des pierres pour son dîner et son gîte. Mais il avouait préférer les beaux-arts au macadam. C'était un Hercule. Une fois, dans un campement de mineurs, en Californie, il fut choisi pour arbitre (referee) d’un tournoi de boxe entre deux professionnels. Le vainqueur se permit, séance tenante, quelques remarques désobligeantes à son adresse. Sans autrement s’émouvoir, le bachelier ès sciences entra dans la lice et administra au champion, selon les règles les plus classiques de “l’art viril,” une leçon de choses appliquées dont les journaux parlèrent longtemps.

Frère Grégoire était avant tout un Irlandais pétillant d’esprit, ayant toutes les qualités de sa race, avec quelyues-uns de ses défauts. D'étape en étape il était venu atterrir, comme l'avons vu, en 1869, à Memramcook, où il fit sa profession

religieuse, la première qui ait été prononcée au collège Saint- Joseph. Il avait alors environ soixante ans,

La terreur des autres professeurs, à cause de ses reparties caustiques, et peut-être aussi à cause de la supériorité de ses connaissances générales, il était, au demeurant, doux et rempli de charité, Jusqu'à sa mort il fut un modèle de soumission et de régularité monastiques.

Le Père supérieur le donna pour professeur aux finissants de la philosophie, à leur demande expresse.

Pour la première fois de sa vie, peut-être, le F. Grégoire se trouva dépaysé en entrant en fonctions.

— J'ai été envoyé ici, dit-il à ses élèves, pour vous enseigner la philosophie que je n'ai jamais sue et encore moins pratiquée. Vous ferez de moi ce que vous pourrez Voyons d'abord ce que vous savez vous-mêmes de philosophie.

Hélas ! nous n'en savions rien que ce que nous avions appris par cœur, mot à mot, l'année précédente, sans y comprendre grand'chose.

Nous réglâmes tous ensemble, d’un commun accord, le prograinme de l’année, qui consista surtout duns la revision des sciences que nous avions apprises de mémoire,

Souvent nous scrtions pour voir et comprendre le grand livre de là nature, que nous avions étudié dans les traités. Nous allions dans les champs prendre les fleurs en flagrant délit, voir respirer les arbres dans les bois d’alentour, et sur-prendre la circulation de leur sang végétal au travers du rude tissu de leur écorce. En ramassant des cailloux, nous découvrimes la différence qui existe entre un grès et un calcaire, entre un schiste et un granit ; notre professeur nous fit lire, en examinant les couches terrestres, le livre des époques de la création, et, grâce à la découverte de quelques fossiles, nous fit voir l’âge géologique du sol où repose le collège aussi clairement que le siècle et l’année chronologique où nous vivions. Ce sol appartient, paraît-il, à l’âge du carbonifère inférieur.

La biologie se montra à nous face à face, dans les êtres organisés qui nous tombaient sous les yeux, et nous parla d’un

Dieu créateur. Le soir nous sortions, quelquefois, pour contempler les étoiles, et nous assurer si les constellations étaient bien réellement distribuées dans le ciei comme dans notre traité d'astronomie, Nous prenions aussi l'élévation de la lune et des planètes. L'étude ninsi faite des œuvres du Crénteur nous paraissait belle et attirante. Nous n’apprenions peut-être pas ces sciences au sens scolastique du mot, mais nous apprenions à les aimer,

La philosophie purement spéculative n'était pas non plus négligée : mais, loin de tenir lieu de corvée, elle devenait chose aimable, susceptible, très souvent, d'être appliquée. C'était, entre le maître et les élèves, des causeries pleines d’entrain, d'où la leçon se dégageait sans effort sous des formes toujours aimables.

La philosophie, nous répétait-il souvent, ne consiste pas dans l'art de jongler avec les subtilités de l'esprit, pas plus, an reste, que la vertu ne réside dans certaines formules religieuses onctueusement présentées. Subtilités et formules sont des moyens. Ce qu'il faut essentiellement, ce sont les œuvres. Aussi définissait-il cette grande science “ la sagesse en action.”

Il recommandait particulièrement deux choses : ne jamais s'en rapporter aveuglément à l'affirmation des hommes, quelles que soien& leur dignité, leur position sociale, ou la renominée de leur science; mais vérifier, chaque fois que la chose est possible, l'exactitude de leurs prémices et la rigueur de leurs conclusions, attendu qu'ici-bas “tout homme est menteur” et susceptible d'être trompé, et que le pape seul, et seulement quand il “définit ex cathedrd une doctrine de foi ou de mœurs,” est infaillible: sa seconde recommandation c'était d'honorer, en toutes occasions, ce qui est égal à soi-même, sa parole, son verbe. “ L'homme qui pratique la vérité,’ nous disait-il souvent, “vaut mieux que l’homme qui en connaît la définition.”

A notre demande il nous ouvrit tout grands les arcanes de la vie réelle, et nous dévoiia les mystères du monde où nous allions entrer. Cela fit quelque bruit, et il fut accusé devant le supérieur de nous enseigner l'iniquité, À peu près comme

Socrate fut accusé, devant l'Aréopage, de corrompre la jeunesse d'Athènes.

Alarmé, le P. Lefebvre informa, comme on dit au palais. Le cas était grave. Frère Grégoire fat requis de se justifier. Il le fit en philosophe chrétien éclairé,

Un cours de philosophie eomplet doit être, selon lui, une armure complète, propre à la défense aussi bien qu'à l'attaque C'est pour cela qu'il s'appliquait à faire connaître à ses élèves tous les systèmes de l’erre 1 philosophique, depuis Pythagore Jusqu'à Auguste Comte, afin que, ces auteurs leur tombant plus tard sous la main, ils ne fussent pas séduits par eux. Même logique eb même nécessité pour ce qui est des séductions de la chair. Nécessité plus grande encore. — C’est exposer, dit-on, le jeune homme à succomber, — Soit, mais vaut-il mieux qu'il s'expose seul ? Et dût-il, comme les Fils de la Liberté, à Bunker-Hill, fléchir sous le premier baptême du feu ; eût-il toutes les faiblesses du jeune Télémaque de Fénelon devant Eucharis, il se retirera en bon ordre, ayant à ses côtés Mentor pour le guider et le soutenir. Quand, ensuite, il entrera dans le monde, il sera fort.

“Sans doute, ajouta-il, l'éducation morale d'une vierge cloitrée est en soi plus parfaite; c’est celle qui convient aux futurs contemplatifs, aux anachorètes du désert, aux personnes appelées à pratiquer dans la solitude les conseils évangéliques, à saint François d'Assise, à saint Jean de Pathmos. Muis que seront, dans six mois, dans six ans, les dix philosophes de ma classe ? Des professeurs congréganistes, destinés eux-mêmes à former la jeunesse, c’est-à-dire d’autres hommes: des ecclésiastiques ayant charge d'âmes et de paroisses ; des enfants du siècle obligés à lutter pour la vie et le salut éternel. Cultive-t-on en serre chaude les fleurs destinées à décorer, sur la grande route, le reposoir où Dieu daignera s'arrêter ? Mais le premier souffle du nord, mais une tiède brise même les flétrira.

“ Mon Père, je viens dn monde dont la voix arrive rarement, ou arrive mal aux communautés enseignantes. Nos obligations vis-à-vis des parents et des enfants sont plus grandes que celles des universités laïques. Au point de vue

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contractuel elles sont les mêmes; mais nous jouissons, dans l'enseignement, d’une réputation d'infaillibilité égale à celle de l'Église, réputation qu'il nous est d'obligation stricte de justifier selon tous nos moyens. Les universités laïques visent peut-être trop bas. Si nous visons trop haut, en dehors de la vie réelle et possible, en plein éther, faisons-nous véritablement mieux ? En tontes choses ne faut-il pas considérer la fin et les moyens ?

“ Pour ma part, continua-t-il, je ne connais pas de spectacle plus cruel que celui que nous offre notre jeunesse, sortant des serres chaudes du collège pour s’en aller à la ville étudier les professions libérales. L'extrême liberté succédant, sans transition ni préparation, à l'extrême réclusion! La bride sur les épaules, après avoir été tenu rigidement à la lisière! Regardez-les, après un an, après deux ans de cette vie vertigineuse, et dites-moi en quoi leur conduite diffère de celle des étudiants qui ont fait leurs classes dans les institutions dites sans Dieu ?”

Puis il fit l'application du passage de la République, où Platon raconte les effets aveuglants de la lumière sur les yeux du citoyen qui, après plusieurs années de cachot obscur, est jeté subitement en plein soleil.

Il cita aussi plusieurs moralistes chrétiens, entre autres Moigno, Les Splendeurs de la Foi, etc.

Le P. Lefebvre ne disait rien, se contentant de secouer quelquefois la tête. Il donna congé au Frère Grégoire, sans se prononcer. Le plaidoyer lui sesnblait probablement raisonnable, mais qu'il différait des méthodes reçues! Il se mit à surveiller sa classe de finissants avec un surcroît de sollicitude, les interrogeant séparément, les exhortant à s'approcher plus souvent du sacrement de la pénitence ; mais il laissa Frère Grégoire continuer comme il l’entendait son cours final de philosophie.

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