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Quoique considérablement élastique, le plan de cet ouvrage ne me Justifierait pas de trop abuser des digressions. C’est pourquoi je laisse à d'autres la narration du très intéressant voyage de l'Ile-aux-Meules.
Il ne fandrait pas croire que toutes ces distractions du dehors se tissent au détriment des études. Elles en étaient, au contraire, le complément. Les classes se poursuivaient, à l’intérieur, avec toute la régularité des vieux programmes d’études classiques du Bus-Canada, et toute l’efficucité qu'y pouvait mettre le P. Lefebvre, avec le personnel enseignant qu’on lui fournissait. Le dévouement absolu chez les maîtres, la bonne volonté et l’entrain chez les élèves, faisaient le reste.
Ceux-ci, en outre des exercices du sport, le ballon ( foot ball) le buse-ball et le cricket, jeux nationaux des Américains et des Anglais, avaient une autre passion bien plus en harmonie avec leur atavisme romain et grec, et partagée avec enthousiasme par leurs parents et pur tout le public : les représentations dramatiques. Dès la deuxième année, on termina les exercices scolaires par une séance publique où, après les discours, les dialogues, les déclamations et les chœurs, une pièce de théâtre fut représentée.
Cela constitua tout un événement pour le public. Semblable chose ne s'était probablement jamais vue en Acadie, depuis l'Escarbot ; et, comme l’aimable pharmacien était passé de vie à trépas depuis deux cent cinquante ans, personne ne se souvenait plus guère de l’ordre du “ Bon-Temps.” Aux séunces publiques et dramatiques de fin d'année on ajouta bientôt, lorsque la société Saint-Jean-Baptiste eut été organisée parmi les élèves, une séance à la Saint-Joseph ou à la Sainte- Cécile. Les Irlandais en firent une autre annuellement à la Saint-Patrice ; de sorte que les planches et les tréteaux du collège ne chaumaient guère. Mais le théâtre que l’on faisait n'était pas celui de Thespis, où les acteurs se barbouillaient de lie, ni celui des mascarades italiennes. C'était du vrai théâtre, avec des vraies pièces. Molière lui-même y entrait avec l’Avare, le Bourgeois gentilhomme, le Mulade imaginaire, écourtés, il est vrai, de leurs personnages féminins, ce
qui faisait dire à un loustic en herbe que c'était des comédies mises en pièces.
Le P, Lefebvre présidait aux répétitions, et se constituait metteur en scène, Quel imprésario il faisait ! Il y avait foule à toutes ces séances.
Quand les pièces manquaient au répertoire, les professeurs et, au besoin, les écoliers, y suppléaient en en confectionnant eux-mêmes. Ces, productions du cru étaient toutes de grandes tragédies sanglantes, genre Crébillon père.
J'ai remarqué chez tous les auteurs dramatiques sortis du collège Saint-Joseph un penchant prononcé pour la tragédie homicide. Dès la fin de l’année 1870, un jeune ecclésiastique irlandais !, d’ailleurs parfaitement estimable, en fit une sur un épisode de l'expatriation des Acadiens. Rien de plus doulou-
‘reux à voir et surtout à entendre! Le sang coulait à flots, dès le premier acte.
Au quatrième, tous les personnages français avaient péri sous le poignard ou par l'épée; et, quand le rideau tomba sur la scène finale, il ne restait plus assez de vivants pour enterrer les morts.
Il a passé peu de rhétoriciens par les classes du collège Saint-Jo-<eph, qui, à un moment donné, n’aient eu une tragédie, ou tout au moins un drame, inédit, “rampant,” comme disent les Anglais, au fond de leur pupitre.
Pendant ce temps-là, le collège, sans faire aucun bruit au dehors, sans chercher la réclame, poursuivuit toujours dans le travail ardu et dans l'effacement, sa mission de régénération des Acadiens.
En 1870, M. Pierre Landry, sorti de ses classes depuis quatre ans seulement, se faisait élire député de Westmoreland, comté où est situé le collège, à la Législature provinciale; et, en 1871, un an plus tard, un M. Peck, dans une discussion sur le budget de l'éducation, déclarait, en pleine Chambre d’Assemblée, qu'il n'était nullement nécessaire d'ouvrir des crédits pour une nouvelle université dans la province, attendu que celle de
1—Aujourd’hui décédé.
Memramcook répondait parfaitement aux besoins intellectuels des deux races, et “était de beaucoup supérieure à toutes les autres,”
D'un autre côté, le P. Rézé, ancien supérieur provincial et, cette année-là, visiteur général de la communauté, terminait ainsi, le 16 octobre 1870, le rapport de sa visite à Memramcook : “Je pars, heureux de tout ce que j'ai vu, et je prie Dieu de maintenir duns cette maison le bon esprit que j'y ai trouvé.”