‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 55 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De Montréal à Saint-Philippe de Laprairie, — Extrait de baptême, —- Saint. Philippe, — Etymologie du nom et origines de la famille du P, Lefebvre, — Son père coureur-des-bois, — Les trappeurs canadier Anglais et d'un seau d’eau.

Le voyageur qui se rend de Montréal à Boston, par le chemin de fer du Pacifique, arrive, après avoir

les Highlands, Caughnawaga et Suint-C lages pleins de vie et d'activité industri tion isolée et d'apparence assez chétive.

— Saint-Philippe ! vocifère en un langage l'employé du train.

salué sur sa route Onstant, grunds vil.

elle, à une petite sta-

inintelligible

, Un enfant qui, lui, devait être le Sauveur de tous les hommes.

ge nn) P. LEFEBVRE ET L'ACADIE

Plein de es pensées, et tout bouleversé par les souvenirs qui m'assanaient en foule, j'aborde un paysan que le passage ‘n convoi semblait plonger ans une profonde stupeur :

— Avez-vous connu le père Camille Lefebvre ? lui deinan- JE dai-je, en m'excusant de la liberté que je prenais.

— Le P, Camille Lefebvre ? Vous voulez peut âtre dire }, Hubert ? Ah ! c'était un grand précheux, allez ! | | — Pouvez-vous m'indiquer quelque personne capable de me I renseigner à son sujet? Y a-t.il quelqu'un de sa famille qui | demeure encore dans cette paroisse ?

— Ah! bien oui, il y à Médard Demers, son Lea t-frère, qui l'a élevé; et puis il y a monsieur le curé que vous pourriez 2 bien aller voir. Pauvre Hubert, c’est donc vrai qu'il est mort ! On dit qu’il à fait beaucoup de bien, là-bas, dans la vieille Cadie des Cayens!. Tenez, je l'ai connu quand il n’était pas plus grand que ça. On l’appelait aussi Mimi. Il venait faire la lecture chez nous. C'était un brave enfant, allez ! — Vous aussi, vous me püraissez un brave homme, lui disje : puis-je vous demander quel est votre nom ? {il — Moi, je m'appelle. ... Dupuis, et mon graud-grand-père nl venait de la Cadie.

fl | 4 Un quart d’heure ne s'était pas passé, que nous étions deve- |! nus de vieux anis, nous accablant l’un l’autre de questions, | lui sur la vieille Cadie et les Cayens, moi sur celui qui faisait l’objet de mon voyage à Saint-Philippe de Laprairie. Je sus par quels chemins son aïeul à lui, né à Port-Royal, était venu, à travers les bois, de Boston à Saint-Jacques-le-Mineur : combien d’Acadiens étaient morts en route de faim et de misère : le nom des premiers habitants de la paroisse ; mais je ne pus guère tirer de renseignements sur Camille Lefebvre, Hubert, comme il l'appelait toujours. Il semblait tout bouleversé d'avoir rencontré quelqu'un qui arrivait cout droit de la vieille Acadie ; et il n’était pas bien sûr que les Anglais ne préparaient pas quelque autre mauvais coup contre ses frères des provinces d’en bas,

1—L’'Acadie est formée de deux mots, le Cadie, d'où Acadie.

souvenirs € passage ur :

li deinan-

âtre dire

le de me mille qui

rère, qui pourriez st mort !

a vieille était pas ait faire

lui disnd-père

ns deve- 1estions, 1 faisait

Je sus it venu, r'; COmMmisère :

ne pus Hubert, 1leversé é de la ylais ne s frères

Vous pourriez bien aller voir mon compatriote Dupuis. Le con l’église n’est distante que d'un p Bâtie d'un calcaire gris, sans

datant d'assez loin, elle domine gravement le modeste village dont elle occupe l’une des rares élévations de terrain, Tout auprès, je découvris la maison Curiale, qui me sembla n'avoir aucune ambition d'éclipser l'église ; ce qui me parut d’excellent augure, le bon Dieu étant ici mieux logé que son vicaire. Celui-ci, M. Laporte, me fournit, avec une amabilité parfaite, mêlée à beaucoup d'esprit, les renseignements qu’il pos- Sédait ; mais comme il n'avait la cure de la paroisse que depuis 1878, il me ENVOYa aux archives. J'y trouvai l'acte de baptême que j'étais venu chercher, et le transcrivis avec l’émo-

tion d'un antiquaire découvrant une médaille du plus grand prix.

monsieur le curé, m'avait dit seil me parut bon, Au reste, etit quart de mille de la gare, prétention d'architecture, et

“ Le quinze février inil huit cent tr Soussigné, a été baptisé sous condit soir, du légitime mariage de Louis Lefebvre, laboureur, et de Véronique Bouthillier de celte paroisse. Le Parrain a été

Louis Paillant, la marraine Louise Bouthillier, qui, avec le père, présent, n'ont su signer.

ente-un, par nous prêtre ion Camille, né hier au

CR, F. Lagus, Ptre.”

Ce M. Lajus était vicaire de Saint-Phili M. Fransois-Xavier Pigeon en était le curé.

La maison de M. Médard Demers, où le P. Lefebvre à passé une partie de son enfance, et que, sur les indications de mon ami Dupuis, il s'agissait maintenant de trouver, est à quatre milles de l'église de Saint-Philippe, sur le chemin de Saint-Jean. Les habitations sont clairsemées sur la route le sol, gris, lourd, à toute la fécondité de d'alluvion qui entourent l'île de Montréal,

À votre droite et à votre gauche l'horizon, des lisières de forêts vers lesq

ppe, en 1831:

; mais S autres terrains

s'étendent, tranchant sur qui offrent des trouées à trades habitations. Ce sont les

uelles vous apercevez

“rangs.” Les rangs de Saint-Philippe sont non moins riches et non moins bien bâtis que la paroisse elle-même.

D'espace en espace, l'œil se repose sur de beaux grands arbres isolés, et parfois sur de véritables bosquets, dont les cultivateurs des environs de Montréal émaillent avec tant de goût leurs terres et ombragent leurs champêtres habitations.

Saint-Philippe est une des anciennes paroisses du comté. Il confine, au nord, à la paroisse de Laprairie dont il faisait autrefois partie ; à l’est, à la paroisse de l'Acadie ; au sud-est, à Saint-Jacques-le-Mineur, et à Saint-Constant par l'ouest, De la maison où est né le P. Lefebvre à l'église de l’Acadie, il y à quatre milles environ, à vol d'oiseau, et six milles pur le “chemin du roy.”

Les premiers actes consignés aux archives paroissiales remontent à 1752. Aujourd’hui la population de la paroisse s'élève à 1600 âmes.

Il faisait nuit noire quand j'arrivai chez M. Médard Demers. Connaissance fut bientôt faite de part et d'autre, et je pus recueillir de la bouche de cet excellent homme et de sa digne épouse l’histoire des premières années du P. Lefebvre.

Mais il ne sera peut-être pas sans intérêt de connaître d'abord les origines de son nom et de sa famille.

A défaut d’un croisé, de la cuisse de J upiter, ou des trentedeux quartiers de noblesse que les généalogistes d'antan, soucieux de leurs intérêts, offraient à ceux dont ils voulaient célébrer la gloire, le héros de ce livre se contentera d'une racine grecque ou latine pour premier aïeul connu. Faure, glorieusement régnant sur la République française, n’en eut pas d'autre, faber, c'est-à-dire ouvrier!

Son premier ancêtre canadien fut Pierre Lefebvre, né à Boy-Guillaume, dans le diocèse de Rouen, en Normandie, en 1652, et qui vint s'établir, tout Jeune homme, à Laprairie, où

1-Plutarque dit dans une de ses Vies: “I proposa le bouclier à tous les fèves qui pour lors estoyent à Rome; ” et, en note, son traducteur français, Jacques Amyot,ajoute: Fèvre (Jaber), ouvrier en métal, d’où Lefebvre.

ns riches

grands dont les c tant de bitations.

u comté.

il faisait | sud-est, r l’ouest. l'Acadie, es par le

oissiales paroisse

Demers.

b je pus sa digne

nnaître

trented'antan, >ulaient a d'une

Faure, r'en eut

‘e, né à ndie, en irie, où

les fèves , Jacques

il épousa, en 1673, Marguerite Gagné, veuve de Martial Sauton !,

Il engendra, — pour suivre la méthode de généalogie biblique, — François, qui engendra Louis, qui à son tour engendra Louis, de qui est né un autre Louis qui fut le père de Camille Febvre,

Louis se maria trois fois. Il:eut de ses deux premières femmes une nombreuse postérité. De sa troisième, née Marie- Véronique Bouthillier *, et veuve de Jeau-Baptiste Moquin, il n'eut qu’un seul enfant, Camille, C’est celui dont nous essayons d'esquisser la vie.

Avant de s'établir à Saint-Philippe, Louis Lefebvre fit

l'école buissonnière, chère encore aux Canadien

s du commencement de

ce siècle, et qui consistait à parcourir en trappeurs les immenses étendues qui constituent aujourd’hui le nord et l'ouest canadien,

Elle est étonnante, cette race des trappeurs canadiens. Fenimore Cooper, le capitaine Mayne Reid et les plus extravagants romanciers de cape et d'épée n'ont pas d'aventures plus invraisemblables que les vraies aventures vécues par les coureurs-des-bois canadiens, C’est une famille à part, dont les demi-dieux des temps fabuleux de la Grèce, dont les chevaliers errants du moyen âge sont les aïeux. Ils en descendent en ligne droite. N emrod, de biblique mémoire, était leur ancêtre à tous, mais non pas leur maître. Le trappeur canadien n’a pas connu de maîtres ; personne ne l’a

Jamais Surpassé en folle témérité, en Courage froid et calculé,

en finesse, en extravagances, en générosité, en dissipations, en héroïsme, en endurance.

Les Anglais, dix fois plus nombr Vaient pas perdu de vue les riv

imaginé

eux que les Canadiens, n’aages de l'Atlantique, par la

1— Dictionnaire généalogique de Mer Tanguay.

2—En France, les de Bouthiliers, famille de grands Chrétiens, dont Denys Bouthiliers, seigneur de Feuillecourte et du Petit-Thouars, commença Pillustration, au 16e siècle, se divise en deux branches, les Chavigny et les Rancé. Peut-être se aux Bouthiliers du Canada, mais il m'a été im-

rattachent-i]s originairement possible d’en établir la preuve.

crainte des sauvages et du grand inconnu, que déjà nos coureurs-des-bois avaient exploré, fureté tout le continent. Les régions polaires de ln baie d'Hudson, les grands lacs, les montagnes Rocheuses, tout le parcours du Mississi Louisiane, étaient le champ de course croyables. Un canot d’écorce, l'été : des raquettes, l'hiver ; un fusil sur l'épaule, et, à la ceinture, avec le sac - à - feu, le couteau-croche propre également à accommoder une truite saumonée eb à éventrer un ours gris ;

pi, la

de ces hommes in-

quelques provisions pour partir: une larme en voyant pleurer la mère, ou en regardant la croix du clocher disparaître derrière la colline : puis ces héros, ces fous, partaient

gaiment pour la conquête de l'Amérique du Nord.

Le voyez-vous là-bas, debout comme un prophète,

Le regard rayonnant d’audace satisfaite,

La main tendue au loin vers l'Occident bronzé,

Prendre possession de ce domaine immense,

Au nom du Dieu vivant, au nom du roi de France Et du monde civilisé ?!

C'est de Jolliet prenant possession du Mi ici le poète,

Joseph Tassé à fait deux gros volumes avec Les Cunadiens de l'Ouest. Il reste à écrire cinquante romans et autant de poèmes épiques. Mais, depuis {a Henriade, on n'écrit plus de poèmes épiques.

Quelques-uns s’en revenaient au village natal ; mais, la plupart du temps, pour retourner bientôt, pris par la nostalgie des grandes forêts et des prairies immenses,

Un certain nombre, trouvant qu'il n’est pas bon d'être seul, surtout quand de nombreuses et faciles sauvagesses s'offrent

pour remplir le précepte de la Genèse, prenaient femme plus ou moins régulièrement,

De ces unions dans le goût de Jean-Jacques nés, entre autres, les métis du Manitoba.

ssissipi que parle

Rousseau sont

1—La Découverte du Mississipi, par Louis Fréchette — 1886,

\ nos cousent. Les lacs, les sissipi, la mmes iniiver ; un à- feu, le ne truite )r'ovisions re, ou en a Colline ; conquête

ue parle

nadiens itant de plus de

, la plu-

ostalrie tre seul, s'offrent

me plus

‘Au sont

Quelques-uns, plus esthétiques, revenaient au Canada chercher une payse, puis s'en retournaient faire souche de blancs à Windsor et dans maints autres postes de la compagnie du Nord-Ouest ; d’autres, comme Faribault, Vital] Guérin, Jean- Baptiste Beaubien, Joseph Robidou, Salomon Juneau, Julien Dubuque, s'attardaient à fonder de grandes villes futures daus l'Ouest américain : Saint. Paul au Minnésota, Chicago dans l'Illinois, Saint-Joseph au Missouri, Milwaukee ! au Wisconsin, Dubuque à l'Iowa, Les citoyens de ces Villes leur dressent aujourd’hui des monuments. “ -

La descente des rapides, une fièvre maligne, des bagarres homériques, la flèche d’un Sauvage, en emportaient un certain nombre : et, sur la tombe de ceux-ci, nul prêtre en surplis blanc ne vint prier, aucune femme vêtue de noir ne vint pleurer.

“A bien des endroits ”, écrit Mgr T'aché dans la relation de son premier voyage à Saint-Boniface, “ pendant tout le long de la route nous avons vu des croix plantées sur les tombes des personnes noyées ou mortes.en voyage.”

Ce sont les fosses des Voyageurs canadiens tombés sur x grande route de l’ouest.

Louis Lefebvre arrivait directement de “ Michel-Maki. nah”? me dit mon hôte, quand il vint s'établir définitivement, en 1794, à Saint-Philippe de Laprairie ; dans tous les Cas, “c'était dans les langues.”

Il avait amassé quelque argent, et il COMMiença par s'acheter une belle grande terre sur laquelle il se construisit luimême une maison, C’est dans cette maison, dont l'esquisse est ici reproduite, qu'est né le P. Lefebvre,

Sans style aucun, tenant le milieu entre les anciennes mai- Sons normandes, à toiture se projetant en corniche relevée

4 ses rebords, et les maisons acadiennes d’un cachet plus

se à Nr

1—Milwaukee s'gnifie Terrebonne, Juneau, qui venait de ce dernier endroit,

donna à son c ‘nement le nom de son Village natal, traduit en algonquin. Dulces reminiscisr Argos,

2—-Michilimakinae, dans l'Etat de Michigan.

anglais; ayant un corps de logis en pierres mal assorties, recouvertes d'un crépi blanc: construite en bois depuis lu sablière jusqu’au faîte ; avec deux grosses cheminées écrasées et qui s'ouvraient en foyers à leur base, avant l'introduction des poêles en fonte, cette maison me parut plus auguste que le palais du Louvre, J y pénétrai plein du respect qui saisit

Hire, 0 Va rt 22

ini è

f fl

Page 1