La Fameuse est une pomme renommée des coteaux de Montréal
2— Voiture d'hiver fine, en Acadie.
3—Une oies L'oison de la piroune est un piron.
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Cu
—C'est pour vous que je l'ai fait engraisser, lui dit-elle. Je veux :, r'elle soit servie sur votre table,
À quelque distance de Ià, il s'arrêta à la maison d’un paroissien assez pauvre, qu'une longue maladie tenait cloué sur son lit. Les enfants à son arrivée s’éclipsèrent de tous côtés, comme une nichée d'oiseaux affolés.
—Mais pourquoi ont-ils peur de moi vos enfants ?
— Is n'ont pas peur de vous, mon Père, mais ils sont mal gréés, ! lui répartit la mère, qui avait eu le temps elle-même de mettre un fichu et de faire un brin de toilette.
—Ont-ils au moins de quoi manger ?
— Ah ! oui, mon Père.
—Je gage que vous ne leur avez pas fait de Fricot, ni à la Noël, ni au jour de l’an ?
—Pour ça, non; je n’en ai inême pas à donner à mon houme, * qui pourtant en aurait bien besoin.
— Prenez ceci, lui dit-il, en revenant de sa voiture. Mais ne le dites à personne.
C'était la piroune de tout à l'heure, qu'il laissait à ces pauvres gens, avec autant de joie qu'en eut saint Martin, en une occasion pareille, à diviser en deux son manteau.
Ce trait dépeint le bon P. Lefebvre.
Aussi était-il profondément aimé de toute la paroisse, Sa parole faisait foi et loi. Le P. Lefebvre l’a dit, cela suffisait. Il n'est jamais arrivé qu'aucun de ses paroissiens soit revenu sur une décision rendue par lui.
À un reporter qui lui demandait si le P. Lefebvre était nimé à Memramcook, un paroissien, indigné, répondit un jour. “ Vous n'entendrez point parler mal de notre prêtre * par ici. Si c'est cela que vous cherchez, vous ferez mieux d'aller ailleurs, ” et, dessinant un geste signiticatif : ‘Je vous conseille, aJouta-t-il, d'y aller tout de suite. ”
1—Mis, vêtus, Terme maritime qui se prononce grayé.
2—Homme,
3—Prôtre est synonyme de curé, en Acadie. Recteur a la même signification, en Bretagne,
Jusqu'à ses serviteurs et engagés qui, une fois entrés à son service, n’en voulaient plus sortir. D'aucuns poussèrent leur attachement jusqu’à l’héroïsme, témoin Bob.
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Bob était un beau nègre de Saint-Domingue, intelligent et | | bien musclé, qui était venu s’échouer, avec un voilier, dans les eaux de Memramcook. Le P. Lefebvre le recueillit. Ce L' € trait parut au fils de Cham, peu habitué à des procédés pareils, le fait d’une belle âme, et il se mit à aimer éperdument son | ] bienfaiteur. Un jour, un Père le trouva à la station du chemin ; de fer Intercolonial, en frais d’assommer un paysan. D 1
— Pourquoi fais-tu cela, Bob ? lui dit-il, en lui arrachant des mains sa victime.
— C'est lui moquer P. Lefeuve ; moi le punir. À à Le paroissien, grand ami de la vigne, s'était, en effet, permis | € certaines réflexions peu séantes à l'adresse de son curé qui, le 1 dimanche précédent, avait tonné contre l’ivrognerie : et le sang q de l'inflammable moricaud n'avait fait qu’un tour en entendant les remarques de l'ivrogne. À I On ne badine pas avec l'amour. E st Le P. Lefebvre était en toute occasion très aumônier. [l | P ne calculait pas, mais donnait de la part de son cœur. Comme p Pasteur, il croyait qu’en fait de bien à répandre, le devoir ne « cesse que là où le pouvoir manque. Mais c'était surtout quand " il s'agissait de ses écoliers que sa charité ne connaissait plus ai de bornes. L'économe du collège w'affirme qu’il n’a jamais bi exigé d'un seul Acadien le tarif complet de la pension et de de l'enseignement, qui pourtant n'était guère élevé. Pour les pl étrangers, même pour les riches, il trouvait moyen de placer des réductions de prix. C’étuit un besoin de son cœur de rendre te service. Il a laissé monter des arrérages jusqu’à cinq et six ! €x cents dollars, sans congédier les élèves. Il était incapable d’en tr renvoyer un seul pour des causes d'argent. “ Cela, ajoutait le f ét digne économe, est plus admirable qu’imitable. ” d” Les traits de sa charité abondent. Profitant de son absence, Je
le conseil de sa maison avait décidé de ne plus admettre un jeune Anglais, né d’un père protestant et d’une mère catholique, qui négligeait tout à fait de se mettre en règle avec la
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caisse, Le P. Lefebvre arriva sur la fin de ln séance, et vit cet arrêté dans le cuhier des minutes.
— Vous n'allez pas renvoyer ce brave enfant ? dit-il à ses Pères.
— Mais il n’a pas payé un seul dollar depuis cinq ans qu’il est ici.
— Soit, mais nous devons quelque chose à saint Joseph, notre protecteur.
— Saint Joseph, repartit l'économe, en a bien assez de solder les arrérages de vos douze apôtres, !
— Tenez, dit le P. Lefebvre de sa voix la plus enveloppante, quelque chose m'assure que ce jeune homme fera un prêtre. S'il devient jamais curé, vous savez que nous avons quelque chance qu’il nous rembourse,
Et l'arrêté fut rescindé au milieu des sourires malicieux qu'avait provoqués ce dernier trait,
Chez lui la charité prenait toutes les formes de la courtoisie. Il y en à qui donnent un morceau de pain comme d'autres un soufflet. Les nécessiteux l’avalent en s'essuyant le front. Le P. Lefebvre donnait avec les grâces de la charité. Par exemple, il n'y a pas d'hôtel public dans un rayon de trois milles du collège. Les parents et les étrangers en visite se trouvent dans l'obligation de s'asseoir à la table des Pères. L'hospitalité ainsi pratiquée leur paraît une affaire de nécessité. On voit bien la main qui donne, mais le cœur qui a tout préparé se dérobe, Ce procédé, tout comme l'autre, est certainement plus admirable que protitable aux tinances du collège,
Un jour, il arrive chez lui une pauvre femme, mal vêtue et tenant par la main un petit garçon couvert de haillons. Elle expose sa misère au P. Lefebvre, et lui dit qu'elle ne peut trouver nulle part à s'engager ayant cet enfant avec elle. Il était déjà surchargé de protégés. Tout à Coup, comme frappé d’une inspiration, il s'écrie : “C’est aujourd'hui la Saint-Joseph ! Je ne puis refuser l'hospitalité à cet exilé en Egypte.” Alors,
1—Une année, le P. Lefebvre avait pris douze enfants à sa charge, On les appela les douze apôtres, Jamais choix apostolique ne fut plus malheureux.
prenant l'enfant par la main, il le mène au couvent et dit aux Sœurs: “Voici un enfant que saint Joseph vous envoie, Habillez-le convenablement. Je me charge de son éducation.”
Une autre fois il se rend au couvent tout désoié. Cela se voyait qu'il avait pleuré.
—Sœur Léonie, dit-il avec embarras, j'ai un grand service à vous demander, bien difficile et tout à fait en dehors de vos fonctions.
Il lui expliqua que dans une famille de sa paroisse, dont tous les enfants avaient été atteints des fièvres, le père et la mère venaient d'en être frappés à leur tour, et qu'il était absolument nécessaire de leur porter du linge, ev de nettoyer et désinfecter la maison, Une heure après, il partait en voiture, le visage rayonnant, en compagnie de trois religieuses,
— Où allez-vous donc, Père supérieur ? lui demanda un de ses professeurs, frappé du changement subit de sa physionoinie,.
— Au sucre, cria-t-il.
Le professeur le crut ainsi qu'il le disait. On était alors au printemps.
Ce qui légitimait ce quiproquo du sucre, devenu synonyine d'une visite aux malades, c'est cet incident qui avait fait rire aux larmes le bon curé de Memramcook, quand on le lui raconta.
Un petit malade qu'il avait plusieurs fois visité, et auquel il avait fait faire sa première communion, disait dans la candeur de sn reconnaissance : “IL n’y a pas de sucre aussi bon que celui du P. Lefebvre.”
L'avant-veille de sa mort, il rencontre monsieur X. qui lui trouve l'air tout joyeux.
— Que vous est-il done arrivé d’heureux, Père supérieur ? lui demanda-t-il,
— Deux familles pauvres sont venues me voir, Les temps sont durs. J'avais justement une couple de barils de farine,
Et il s'éloigna le visage radieux.
La force chez lui sortait de ia douceur. C’est par le cœur qu'il régnait. Il avait l'âme d’un chevalier antique et la sensibilité d’une femine.
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Il avait aussi ce qui vaut mieux que l'es rit, les races de , Î Le») l'esprit :
‘la grâce plus belle encore que la beauté.” !
La grâce est une culture dont le germe est dans l’âme.. Né avec un esprit moqueur et, au besoin, caustique, toutes les pointes de cet esprit s'étaient adoucies au frottement de son âme. Au lieu de briller, comme cela lui eût été facile, il se contentait d’être aimable, répandant, en conversation surtout, juste assez de chaleur et de rayons pour plaire, sans jamais brûler ni éblouir.
On a dit de sir John Macdonald qu'il savait se faire des amis, même en refusant des requêtes. Le P. Lefebvre ne Savait pas refuser; mais quand il le fallait absolument, il trouvait des réponses comme celle qu'il fit un jour à un Père qui lui demandait une soutane neuve, alléguant des motifs de charité :
— Prenons garde, mon cher Père, lui dit-il, charité désor.donnée commence par soi-même.
La caisse de la communauté était vide, ce jour-là, sans aucun moyen visible de la reconstituer.
Ce qu'il imposait quelquefois aux autres, il le pratiquait volontiers lui-même. Il recoit un Jour — l'année qui suivit son arrivée à Memramcook — une dépêche de Mgr Sweeney l'appelant à Saint-Jean. Comme il allait prendre le train, à Shédiac, un ami lui fit observer que les prêtres du diocèse n'allaient pas à Saint-Jean en soutane.
— Comment ferai-je alors ? dit-il à son ami : je n'ai pas de pantalon convenable ; celui que je porte est à deux étages *, et il n'y à pas dans cette partie du pays de magasin de confections ?
Il accepta avec une gaieté bruyante “ l'indispensable ” que lui prêta son ami. Celui-ci en me racontant la chose me pria de n'en point parler “dans mon livre ”, pour ne pas jeter de
1—La Fontaine.
2--Fait de drap fin per le bas et d’étofte ‘du pays” par le haut.
ridicule sur le P. Lefebvre. Le sublime touche, en effet, au ridicule, et quelquefois à la folie. Mais de grossiers détails peuvent aussi ouvrir un jour sur les âmes. Platon voyait l'orgueil de Diogène à travers les trous de son manteau, Dieu voit, sans doute, la charité de ses saints dans leur dénûment volontaire. “ Ma soutane rapiécée, disait le curé breton de Louis Veuillot, paraîtra au grand jour du Jugement dernier comme une pourpre brillante ; ma pauvre étole usée lancera d'éternels rayons.”
J'ai parlé de l'esprit du P. Lefebvre. Ce passage d’une lettre qu'il écrivait à Saint-Laurent, durant les grands froids de 1872, pourrait en faire saisir la teinte: “Cent sept élèves grouillent dans notre salle de récréation. C’est une grande économie de bois.”
Il aimait venir à la récréation voir ses enfants s'amuser et quelquefois prendre lui-même part à leurs jeux, surtout dans les commencements du collège. Ces rapports n'engendraient pas la familiarité chez les enfants, parce qu'il savait toujours rester digne. Un regard, un sourire, une parole de lui les électrisait. En me rappelant ces choses, je comprends la fascination exercée par Napoléon sur ses soldats.
Une fois qu’il jouait aux dames avec un polisson d'écolier, celui-ci lui dit sans réflexion : “ Mais je crois que vous trichez, mon Père ?”
Le P. Lefebvre sourit.
— Non, mon ami, je ne triche pas. Il ne faut jamais tricher, même pour s'amuser, Je connais mieux que toi la partie, voilà tout.
L'enfant, voyant qu'il avait manqué de respect, en eut une douleur extrême. Le supérieur le consola doucement,
C'est ce même enfant qui répondit, un jour qu'on demandait ce qu'étaient les Récollets :
“ Des missionnaires, dit-il, auxquels les sauvages du Canada coupaient le cou, et que l’on envoyait ensuite en Acadie, après les avoir recollés.”
Que si cet amour du jeu chez le P. Lefebvre scandalise le lecteur, qu'il se rappelle que saint Ignace de Loyola, l’austère
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fondateur de la Société de Jésus, Joua contre un évêque une partie de billard dont l'enjeu était, pour le saint la privation de sa liberté durant un mois, s’il perdait, et pour le dignitaire ecclésiastique, le retour à une vie meilleure. L'évêque perdit... et se convertit,
À une partie de buse-ball (“soule ”)}, jeu national des Américains, entre les écoliers de l’université de Mount-Allison et les siens, la divinité qui préside à ces sortes de joutes semblait décidément favoriser les étrangers. Ils avaient déjà gagné la première et la deuxième partie, Le tournoi se faisait sur le terrain du collège. Il était là lui-même, et, voyant les siens plier, il marchait fiévreusement de long en large à côté des joueurs, l'œil enflammé, les lèvres exsangues, À la troisième partie perdue, n’y pouvant plus tenir, on le vit s'éloigner du côté d’un bois avoisinant, Quelqu'un des Pères, allant dans cette direction, le trouva récitant son chapelet.
—Comment va la partie? lui demanda-t-il avee un grand calme.
— Nos élèves reprennent courage.
Il s’enfonça un peu plus avant dans le bois.
À quelque temps de là, un domestique se trouvant à passer de son côté, il l’appela.
—Comment va la partie ?
— Nos élèves sont devant,
—C'est bien.
Et il s’en revint, sans rien dire, pour être témoin de la fin du tournoi, où ses enfants eurent le dessus. !
À la suite des fortes pluies d'automne et quelquefois des doucins du printemps, la grande prairie naturelle qui s'étend en face du collège, sur un parcours de huit milles, en suivant le cours de la rivière, se couvre d’eau, dont une gelée oppor-tune fait une immense nappe de glace. Cest, au propre, le
1--A quatre-vingts ans, le cardinal Manning accepta l’invitation d’être présent à un tournoi de cricket entre les élèves d’Eton et ceux d'Harrow, son vieux collège. son Alma mater, comme disent les Anglais, Se trouvaient là, du côté des Harroviens, sir Robert Peel, lord Spencer, George Russell, Ashley, etc.
débordement des grandes eaux de la joie, le triomphe des patineurs, c'est-à-dire de tous les écoliers de Saint-Joseph, depuis le plus grand jusqu'au plus petit.
Le P, Lefebvre, dans ces occasions-là, ne manquait pas de venir évolutionner au milieu de ses élèves, monté sur une fantastique paire de patins, dont la tête relevée s’enroulait sur elle-même en demi-spirale, cadeau de quelque admirateur de Saint-Eustache. Il patinait merveilleusement, se balançant avec une grâce parfaite sur l’un et l’autre “écart” de ses patins.
— Voyez comme il louvoie bien! s’écria, en le voyant pour la première fois, un vieux marin de Memramcook.
Cette grâce du P. Lefebvre, dans le maintien, dans le geste, dans toute sn personne, lui était naturelle. Il avait sans s’en douter le marcher d’un grand acteur sur la scène. Quand il passait, ses écoliers, les étrangers même, s’arrêtaient pour admirer son port. Virgile reconnaissait à sa démarche — incessu patuit Dea—l'anguste épouse de J upiter s’avançant au milieu de toutes les divinités de l’'Olympe.
C'était surtout à l'autel que le grand air sacerdotal du P. Lefebvre impressionnait. Le voir célébrer les saints mystères inspirait le recueillement, et portait les assistants à l'adoration de la Victime qu'il adorait lui-même. -
Une année qu'il se rendait à Montréal en bateau à vapeur, accompagné de l’un de ses élèves, un touriste américain, qui l'avait longuement observé, ! demanda à l'enfant si c'était un évêque.
—C'en est un, répondit l’espiègle et menteur écolier.
—J’en étais sûr, repartit le Vankee, c’est un "oble looking nan, qui m'a l'air pieux, car il lit souvent sa Bible.
1—Les Acadiens disent aussi dans le même sens, rouillé.
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