‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme]Chapitre 30 sur 77 · Charrd lication a à · texte numérisé non relu

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ment et les autres tirant au moyen de cordes, une voie de bois de chauffage. Le combustible avait manqué au collège, et le Père supérieur, entrant dans la salle de récréation, avait demandé à quelques-uns des plus grands de vouloir bien lui aider à s'en procurer. Il se fit un émoi, Tout le monde voulut partir avec lui, même les petits. Quelques-uns le supplinient, lui, de rester, ce qui le fit sourire,

Dans la paroisse, où la nouvelle se répandit vite que le Pere supérieur en était réduit à Laler ! lui-même son bois de chauffage, avee ses enfants, en franche bricole, la stupéfaction première fit bientôt place à une poignante humiliation. Quoique les coupes de bois soient éloignées, il n'en manqua plus dans ln suite, Mais les dons furent spontanés, le P. Lefebvre ne sollicitant jamais à titre d'aumône que ce qu'il ne pouvait absolument pas se procurer autrement. Il suivait en cela la grande maxime des sœurs de ln Visitation: ne rien demander, ne rien refuser.

C'est de ce temps-là, l'âge de fer du collège, que date l'institution du moulin à vent de la Butte.

Ce bois qu'il charroyait lui-même où qu'on lui emmenait, il fallait bien le couper.

Or les fonds du collèwe étaient toujours, selon l'expression d'un bon Père, “une citerne desséchée.” Lu scie et la hache étaient des instruments trop lourds, dont personne au collège ne connaissait bien le maniement. Dans cette dure extrémité, le P. Lefebvre inventa de toutes pièces son moulin à vent, qu'il plaça sur la Butte, un peu en arrière du collège actuel.

C'est là, quand les exigences de sa cure et les soins de son administration lui laissaient des loisirs, et qu'une forte brise faisait gémir les ailes don-quichottiques de son moulin, qu'il se retirait avec le garçon de ferme pour scier le bois qui fait les potages fumants et les classes tièdes.

Que de longues heures passées dans cette occupation, humiliante aux yeux de ceux qui ne comprennent pas la

I-Charroyer, Haler est un des nombreux termes maritimes dont la signification a été étendue aux choses de la terre,

sublimité du sacrifice, sous les froides rafales d'hiver, occupé à préparer de chaudes nuits aux enfants sur qui veillait son cœur paternel! Ce trait ne rappelle-t-il pas saint Paul, à Corinthe, confectionnant des tentes , our nourrir, loger et vêtir ses compagnons apostoliques ?

Quand sonnait la récréation, les plus grands allaient, à tour de rôle, lui offrir leur aide, toujours agréée par une aimable parole, ou un sourire qui étaient toute une récompense.

Ce moulin fonctioaua ainsi jusqu'à la construction du collège de pierre.

Un jour qu'il souflait un vent de tempête, et que les palettes, comme nous appelions les volants, tournuient en tourbillons, le pan de sa soutane s'engagea dans les dents de la scie. C'était la mort certaine, horrible, Nous demeurâmes atterrés d’épouvante. Pendant que plusieurs serraient la barre d'arrêt, un des grands, M. Honoré Cormier, voulut se jeter devant les ailes du moulin, croyant, dans son aftolement, pouvoir en iles saisissant les retenir.

— Non pas, malheureux !cria le supérieur.

La roue tit plusieurs tours vertigineux avant qu'il fût possible de l'arrêter. Or tout le monde constata qu’elle glissait positivement sous la courroie, qui, elle, demeurait, en même temps que la scie, fixe et sans mouvement. Le Père dégagea tranquillement sa soutane toute hachée. Quelqu'un laissi échapper le mot: miracle !

— Pauvres enfants, nous dit-il, venez voir le miracie. Etil nous expliqua comment sa soutane, gênant le va-et-vient de la scie dans le trait, l'avait tout à fait immobilisée.

— Allons tout de même à l'église remercier Dieu de sa protection, nous dit-il. Mais ne parlez point de ceci. Et surtont pes de miracle,

C'est durant cette deuxième année du collège que fut conmencée la construction du presbytère paroissial, solide et sévère édifice en pierre de taille, pouvant donner un logement confortable à douze personnes environ. Cette nouvelle maison devint la résidence de la petite communauté. Ne restaient at

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college que le préfet de discipline et les maîtres de récréation, qui cumulaient aussi la charge de surveillants du dortoir. !

En compulsant ce qu'il reste d'archives se rapportant aux premières années du college, je trouve cette note bien typique de la pauvreté des bons Pères et de la douce bonhomie avec laquelle ils acceptaient leur aure situation :

Le 10 janvier 1866. — On avait toujours souffert patiemment de la rigueur du froid, jusqu'à 6e jour, à cause de la pauvreté; cependant, on va acheter une peau de butfHe pour les voyages, l'hiver, et un huilier pour la convenance des étrangers, à table.’

Vous croyez lire la chronique des premières années de Clairvaux, où entendre un écho de l'Alverne! Saint François d'Assise ne se fût pas exprimé autrement, sauf qu'il y eût peut-être trouvé matière à un cantique français, avec ce refrain :

Le paradis est bien plus près Des chaumières que des palais.

Quoique Île latin eût été, dès la première ouverture du collge, enseigné à quelques jeunes gens venus d'autres institutions, * le cours classique ” régulier ne commença, à proprement parler, qu'avee la troisième année. Neuf écoliers, de douze à dix-sept ans, tous élèves de la première classe française de lannée précédente, y entrèrent,

Ouvrir un cours classique, c'est implicitement s'engager à le terminer, c'est-à-dire à exister huit ans, ou, tout au moins, Six ans ; c'est, pour un collège, passer un pacte contractuel avec ks parents, dont l'argent est mis à contribution et avec les enfants, dont la carrière est en jeu. Commencer son cours

I Petite Chronique, 1870.

2-M. François Cormier, aujourd'hui curé de Boujagune; MM, André Belliveut et Honoré LeBlanc, élèves du collège de Sainte-Anne-de-La-Pocatière, dont l'a été fait mention plus haut ; M. Pierre Landry, de Memraincook, instituteur, aujourd'hui juge de la cour suprême du Nouveau-Brunswick); MM. Michael MeSorley, Michael Dolan,James MeCatffrey et Joseph Murray (prêtre décédé); puis MM. Wm, O’Mahoney Moore et Edouard Meahan,

classique veut dire, en Acadie, se destiner à la prêtrise, où bien à la profession de médecin où d'avocat. La provinee de Québec a une troisième corde à l’are des professions libérales, le notariat.

Malheur à celui qui, entré dans cette voie, regarde ensuite en arrière ! Malheur à celui qui n’y persévère pas jusqu'au bout! Il eût mieux valu que celui-là n'eût jamais commencé son cours classique. Je ne connais guère, en effet, de spectacle plus désolant qu'un jeune homme qui découvre, après quatre, six où huit ans de latin, qu'il n'a pas la vocation ecclésiastique, et qui manque de ressources suffisantes pour embrasser utilement une profession libérale. Dix-huit fois sur vingt. c'est un déclassé qui ne rattrapera jamais les belles années perdues, et qui demeure jusqu'à la fin sans moyen efficace de faire sa vie

A l'exception peut-être des méthodes d'agriculture transmises de génération en génération, rien n'a moins varié dans la province de Québec que les programmes d’études des collèges. Tels ils étaient il y à deux siècles, tels ils étaient à la cession du pays à l'Angleterre, tels ils sont encore aujourd'hui, avec la ferme modele de Mgr de Laval en moins. On y enseigne toujours les mêmes choses et rien que les mêmes choses, de la même manière. Le mouvement politique et scientifique contemporain qui a changé la face de la terre s’est opéré en dehors des congrégations enseignantes, et y est à peine ou mal noté: et il en est résulté fatalement ceci, c'est que les protestants, où tout au moins les laïques, remplissent aujourd'hui, à l'avant-garde du progrès humain, les positions si utilement et st glorieusement occupées, au moyen âge, par les recteurs d'université, les moines travailleurs et les autres représentants de la hiérarchie catholique.

Constatons, cependant, que la nécessité de vivre à ament certaines améliorations dans la culture des terres, même à Fest

1—Mgr de Laval, dont la carrière offre un très grand nombre de points de ressemblance avee celle du P. Lefebvre, avait été pris de pitié pour les élèves di séminaire de Québec qui n'avaient pas de vocation religieuse, et il avait pourvi à leur cas de Ia manière suivante : il les envoyait a sa ferme modèle du Cap Tourmente, à Saint -Joachim, et Ià leur faisait apprendre, ‘ avec Le consent ment de leurs parents,” l'agriculture où quelque métier,

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de Québec, et que, d'un autre côté, la plupart des collèges œuadiens donnent, depuis plusieurs années, quelque enseignement commercial à ceux qui se destinent au cours classique. Dans deux ou trois collèges ce cours commercial préparatoire est même excellent,

Or, que doit-on enseigner à la jeunesse ? On fit un jour cette question à Aristippe :

Ce qui lui servira dans la suite, répondit-il.

Cette réponse du philosophe grec est assez compréhensive pour embrasser tous les systèmes divers d'enseignement chez tous les peuples de la terre.

L'Eglise catholique elle-même s'en accommode très bien : car cest une erreur profonde de croire que l'Eglise se prononce spécifiquement en faveur de telle méthode d'enseignement, ou de tel programme d'études. L'Eglise laisse la liberté où Dieu l'a mise, chez les nations pour la forme de leur gouvernement, chez les individus pour le choix de leur métier ou de leur profession. Elle se réserve pour elle et impose de droit aux vouvernements, aux sociétés et aux individus, la foi doctrinale et la morale chrétienne. Elle est l’arome qui pénètre d’incorruptibilité céleste et de suave odeur les choses et les institutions humaines. Mais elle ne se substitue jamais aux institutions humaines. Ceux qui veulent qu'elle s'y substitue de droit sont de faux docteurs, ou de funestes courtisans.

L'idée que la plupart se font, au Canada, de l'éducation supérieure, consiste en ceci: faire ou ne pas faire un cours chssique. Tout est Ia. Ce qui constitue la matière du cours ist moins important que le cours lui-même.

Pourtant le “cours classique” en vogue aujourd'hui dans nos collèges n'est, même au point de vue de la religion, ni essentiel, ni immuable, ni non plus d'institution divine. Il ne se rattache pas aux origines de l'Eglise: il ne remonte même pas, tel que nous le concevons ici, au moyen À velore à la suite de la Renaissance.

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On n'a guère de données sur les écoles chrétiennes du com-

mencement de l'ère nouvelle ; mais nous savons que plusieurs d'entre les apologistes, des évêques et de grands écrivains dont

les noms et les œuvres sont parvenus jusqu'à nous, passerent leur jeunesse, ou tout au moins complétèrent leurs études clas. siques, dans les hautes institutions paiennes d'Athènes, de Rome ou d'Alexandrie.

Au moyen âge, les monastères prirent tout à fait possession de l’enseignement, aussi bien scientifique que théologique. Ik eurent des maîtres éminents, et les universités et les couvents dirigés par eux devinrent fameux par tout luniver Durant la première période, les arts libéraux, qui étaient passés des écoles romaines aux écoles chrétiennes, furent en honneur, avec le érivium et le quadrivium, dans les programmes congréganistes. C’est le règne de la scolustique.

Mais un revirement violent se fait dans les esprits, vers là fin du douzième siècle. La littérature est abandonnée pour h logique. On va discuter et disputer durant quatre siècles dans les écoles, “avant le diner, pendant le dîner, après le diner, en publie, en particulier, en tous lieux, en tous temps”! D Byzance à Paris, de Salamanque en Islande, on ergotera. Celi constituera le fond et la forme de l'éducation. La dialectique sera Dieu et Aristote son prophète.

De la discussion universelle naquit bientôt la violence, fill de l’orgueil. On devint intolérant en théologie, en philosophie en littérature et même en grammaire. Tout clerc se crut l droit de tirer l'épée du fourreau et d'en couper l'oreille aux laïques récalcitrants. [lne fut plus permis, de par l'Univer: sité, de penser autrement qu’Aristote, sous peine d’être brûl en Grève,

Bientôt le cours des études scolastiques et philosophiques matière et enseignement, s'uniformisa dans le royaume dt France et de Navarre: puis il se cristallisa. Comme il ne variait plus, qu'il n'était plus permis de le modifier, on l'éleni à la hauteur d’un dogme. L'enseignement universitaire par tagea bientôt l'immutabilité de l’enseignement doctrinal. Ti

I—Vivès; 1531.

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