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odeur de sainteté, Le P. Lecours, quoique membre perpétuel du Conseil, ne ft jamnis ln classe: mais la paroisse de Memrunmcook et ses annexes n'eurent pas de missionnaire plus z6lé et plus infatigable que ee très humble prêtre. Pendant plus de vingt-huit ans il eut, entre autres charges, la desserte à peu près exelusive de Scoudoue. Sa principale occupation etait d'entendre les confessions et d'assister les mourants, et sa joie, de faire le eatéchisme aux petits enfants.
L'événement prineipal de l'année 186$ fat, pour le collège, un événerent politique. Lun Législature du Nouvenu-Brunswick lui octroya une constitution légale avee une charte universitaire, L'institution sortait de li pénombre et prenait
dans FEtat un corps distinet et politiquement constitué. C'é-
tit une afhrmation authentique de son existence, à la face de toute la province. Fest vrai que ln teneur de Pacte faisait
du collège “de Saint-Joseph” la chose de tout le monde, exeepté de ln congrégation de Sainte-Croix. L'évéque de Saint-Jean, les curés de cinq ou six paroisses du diocese et quelques niques constitunient, eux et leurs successeurs, le bureau des uouverneurs du collège,” et avaient, entre autres privilèces, celui de nommer et de congédier” le président (supérieur), les professeurs et les “tuteurs” du collège, et d'en diriger la partie financière et professorale, C'était réduire le P, Lefebvre à moins qu'à ln portion congrue, et reléguer kh congrégation dans les antichambres,
Une autre clause statunit ceci: * Les immeubles du college ne devront en aucun temps excéder ln valeur d'un millier de louis.”
Ce chiffre était dérisoire, fatal: et M. Lafrance, si les bien heureux suivent ce que font nos législatures terrestres, dut bondir dans les hauteurs des cieux, en voyant son héritage à peu pres frustré de sa destination. Une pareille législation neût pas été faite de son vivant.
Le P, Lefebvre, mieux inspiré sans doute, s'inelina avec une grâce parfaite devant l'inévitable et attendit. Il pressentait que cette charte, rédigée en dehors des Chambres, n'était pas définitive,
Elle fut, en ctfet, modifiée dans la suite, en 1871, de facon à donner aux Pères de Sainte-Croix droit de cité chez eux à Memrameook : en 1873, pour autoriser l'évêque catholique de Saint-Jean à céder à la communauté certaines propriétés foncières — les propriétes de M, Lafrance, dont il a été fait mention plus haut — : et en 1894, pour octrover enfin à linstitution une charte corporative convenable et suffisante, L'article 16 de cette charte autorise le collège à se rendre acquéreur de propriétés donnant jusqu'à dix nm dollars de revenus annuels. Il s'écoulera des années avant qu'il soit nécessaire d'élever ce chiffre.
La Législature du Nouveau-Brunswick tit davantage. Dans un large et louable esprit de fair play, et grâce au zèle de deux députés acadiens, MM. Amand Landry et Urbain John: son, aidés de M. Joseph Moore, elle vota à la maison du P. Lefebvre une allocation annuelle de $400, portée à $S00, en LS69. C'était le Pérou tout entier au collège attaché ; c'était le Pactole roulant ses ondes métalliques dans la cuisse des bons Peres.
J'ouvre celle-ci, à la date du 31 mars IS68, et j'y trouve: * Recettes du semestre, $L,360.1S ;'dépenses, K$568.57 : excédent, S791.00.”
C'était la richesse. Les serments de pauvreté se trouvèrent tendus à se rompre. On respira durant sept semaines la bonne odeur jaune de ler, et le 20 mai, le grand Conseil de la maison fut convoqué. J'en extrais les minutes suivantes :
“ [est décidé qu'une chapelle en bois sera construite, ainsi qu'une annexe au vieux collège, atin d'honorer plus dignement le grand saint Joseph, patron de l'établissement, en reconnaissance de sa visible protection. ... On érigera aussi un chemin de croix dans le nouveau sanctuaire.”
L'annexe fut construite, mais non pas avant que le corps principal du bâtiment eût été lui-même tout à fait restauré et mis à neuf. La chapelle, dont le rez-de-chaussée devait servi de salle commune pour la communauté, avait quarante-deux pieds sur vingt-six. C'était une métamorphose presque conplète de l'établissement, dit la Petite Chronique.
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Le tout, parachevé, coûta K4,000.00, dont S1,600.00 pour la chapelle.
Je vois mes lecteurs sourire, quelques-uns de pitié, et tout cela parce qu'il se trouve à Paris un échafaudage, ln tour Eiffel, ayant mille pieds de haut: parce que lon construic à Chicago des maisons de vingt étages et que l'on en rêve une de quarante à. New-York. Et qu'est-ce done que quarante étages vus de la lune, où mille pieds aperçus des étoiles ? Cela est-il bien plus considérable que l'annexe et la chapelle du vieux collège Suint-
Joseph ? Il existe de
sérieuses raisons d'en
douter. J'imagine, noi, que, vue de plus loin encore, d'au delà du tirmament bleu, h grande tour du héros de Panama sestompe péniblement, comme Une nébuleuse à peine en voie de formation, pari les constella- Le vieux collège Saint-Joseph.
tions du ciel, tandis
que la maison du P. Lefebvre brille du vif éclat d'une étoile de première grandeur, visible à l'œil nu.
Done, j'ai eu raison de dire, plus haut, que 186$ fut, à Memruncook, l'année des grands travaux de construction.
Plusieurs d’entre ceux qui ont approché de tres près le P. Lefebvre attribuent la construction de cette chapelle à un vu, Et voici à quelle occasion.
Par un après-midi de février (1868), pendant que Îles écoliers S'amusaient, dans la grande cour, à rouler des boules de
nelye dont ils faisaienc qui des ébauches de statue, qui des retranchements et des forts, le feu se déclara à l'intérieur de l'établissement.
L'alarme donnée, tout le monde se précipita vers le foyer de l'incendie, qui se trouva être au premier,
dans la classe anglaise. Un charbon ardent, tombé du poële, avait pénétré au travers du parquet, et communiqué le feu à des déchets que les constructeurs avaient laissés entre les deux planchers pour assourdir le bruit des pas. La flamme ne jaillissait pas encore, mais une fumée épaisse, aveuglante, avait envahi la pièce. Que faire ? Arniés de haches, les plus grands entreprirent de déchirer le plancher. Cela donna accès à l'air et activa l’action du feu. L'eau manquait. On s'avisa d'y suppléer en inondant la classe avec les pans de fortifications et les statues de neige des écoliers. La fumée aussitôt devint suffocante. J’emprunte la suite de ce récit à un article du R. P. Bourgeois, publié dans Le Moniteur acadien :
“ Plusieurs élèves se distinguèrent grandement en cette occasion, entre autres feu Gilbert Girouard, qui fut, plus tard, député de Kent à la Chambre des communes. IL était dans le groupe de ceux qui avaient travaillé énergiquement pour pratiquer une ouverture à travers les deux planchers, afin d'en laisser choir dans la salle inférieure les matériaux qui sy trouvaient embrasés. Tous abandonnaient la tâche, eur ils étouffaient. Les derniers qui se retirérent l’invitèrent à sortir en même temps, lui aussi. Mais le brave Gilbert, n'écoutant que son courage, continua son travail.
“ Quelques instants plus tard, comme ses amis s'inquiétaient à son sujet, deux des plus courageux remontèrent pour s'assurer s'il ne lui était pas arrivé malheur. Il était temps. Girouard était étendu sur le plancher, sans connaissance, asphyxié Il fut trainé dehors, où le grand air et les soins qui lu furent administrés le remirent vite sur pied. Comme on le voit, à moins d'une protection d’en haut, la maison se trouvait abandoniée au fatal élément, que rien d’'humuin ne semblait désormais pouvoir contrôler.
“Le R. P. Lefebvre était au presbytère, lorsque la no-
velle du feu lui fut annoncée, Il accourut tout de suite, et
essaya de parcourir les appartements de sa maison. Vit-il au premier coup d'œil, qu'il n'y avait plus à compter sur
les moyens ordinaires ? C'est ce qui est très probable, ca
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il ne donna pas un seul ordre. Le feu avait fait trop de pragrès. Tout le monde quittait la maison...
“ Pour respirer il alla s'asseoir sur l’allège d’une fenêtre, ouverte du côté du nord.
“— Est-il donc possible, s’écria-t-il en sanglotant, que notre œuvre d'éducation périsse ainsi! Non ! saint Joseph ne le permettra pas. Et s’il nous arrache aux flammes qui menacent de tout détruire, je ferai consacrer, au plus vite, une chapelle en son honneur.”
“Son vœu était à peine formulé, qu'un changement sembla sopérer. La fumée était devenue moins gênante. Il se hasarda à pénétrer encore une fois à l’intérieur. Le feu paraissait complètement éteint...
“En action de grâces pour cette protection miraculeuse, il y eut le soir, un salut solennel du très saint Sacrement, dans l'église paroissiale. Le Te Deum chanté, le P. Lefebvre monta en chaire. L'émotion, la joie d’avoir échappé à un désastre imminent, le rendirent vraiment éloquent. Il remercia chaleureusement ses élèves ainsi que tous ses voisins pour k courage et l’ardeur qu'ils avaient déployés, et les invita
Là leur tour à remercier saint Joseph, comme il le remerciait
lui-même, car, s'écria-t-il : J'ai eu recours à lui, et il a daigné ‘m'entendre: je l'ai invoqué du fond du cœur, et il nous à “visiblement secourus.” !
Restait l'accomplissement du vœu, la construction d’une chapelle à saint Joseph. Cette chapelle était d’ailleurs devene de première nécessité pour le collège, qui était obligé,
professeurs et élèves, de se rendre à l’église paroissiale pour [les exercices religieux.
étaient extrêmes.
L'hiver, surtout, les inconvénients
I-Voici ce que m'écrit à ce sujet le R, P. Bourque, missionnaire au Bengale: “Quand le feu se déclara, je fus envoyé au presbytère pour en avertir le P. Lefebvre, Je le trouvai disant son bréviaire, et lui criai: ‘ Le feu est au collg! "T1 rae fit signe qu’ilavait compris, continua son office pendant une minute où deux, puis me dit : ‘ C’est bien, j’y vais.” Il se rendit d’abord à l’église, où il figénouilla quelques instants devant le saint Sacrement, et puis monta au Collège, qu'il trouva en feu.”
Mais pour construire une chapelle il faut des fonds, et la fesseur communauté de Memrauncook en était totalement dépourvue. pourqu Les quelques cents dollars que nous avons vus tout à l'heure enSeieT dans la caisse, étaient strictement réservés aux réparations une nav urgentes et à l'annexe projetée. Le contrat de la chapelk plicatio n'en fut pas moins passé, sans aucune hésitation. Il s'agissait À cest qi de racheter la parole donnée, et, sur la question d'honneur. le connas, P. Lefebvre ne tergiversait point. Seulement, comme il avait El choisi saint Joseph pour patron de son œuvre, il fit de lui, en À classe, r cette occasion, son banquier, persuadé que celui qui avait su dieu des la terre pourvu au vêtement et à la nourriture de l'Enfant. BB M. Vani Dieu, ne manquerait pas, maintenant qu'il puisait à la source — Pé de tous les biens, d'honorer une obligation prise en son nom. R à versit
Les lettres de crédit qu'il tira sur lui furent l'Association - Ah de Saint-Joseph, une organisation pieuse, comme on en voit Ce beaucoup au Canada et ailleurs. Les sociétaires, en payant méme, un dollar d'initiation chacun, avaient part, en retour, à deux — Cel messes annuelles, que la communauté s'engageait à célébrer à Savent-il perpétuité dans la nouvelle chapelle. Le projet eut un suce — Pas prodigieux. Le coût de la chapelle avait été estimé À K1,600 À le premie En quelques mois la somme réalisée par les initiations s'élevi es théor à #2,000. Les listes furent closes : et, à partir de ce jou lentre er jusqu'à sa mort, même dans les besoins les plus urgents, même rite en en face de la “ hideuse banqueroute ”, le fondateur du colles — Sab Saint-Joseph, pour aucune raison et surtout sous aucun pre nenseion texte, ne recourra plus à ces moyens relativement faciles dite vous prélever de l'argent. Le procédé religioso-financier, quoique — Mai. fructueux pour lui au delà de toute espérance, semble avoir nulle part froissé l’exquise délicatesse de sa nature d'élite CommeMluisent à Notre-Seigneur, il trouvait prférable de donner que de rec — Ta, t voir, et surtout de demander sans une absolue nécessité. qui, comn
Un mot, et
En ce temps-là, les neuf latinistes de 1866, c’est-à-dire la élèves de première classe, étaient en verification. Dans le cours classiques canadiens, versification veut dire versificatiol latine. Trouver à coup de Gradus ad Parnassum des dactyle et des spondées propres à faire des lignes latines longues de si pieds, leur semblait parfaitement orthodoxe, puisque le pri
nez à vot
i-Cotte ex Rvres du P,
nement. Sai mot Monehe ?
nds, et la épourvue.
| à l'heure éparations a chapelle À s'agissait onneur, le me il avait t de lui, en 1 avait su » J'Enfantà la soure ni SON No Assoctctioi on en vüil ,en payant our, à deux à célébrer à at un succes né à SL,600 tions s'élevi de ee jo gents, été ir du collèg aucun priat faciles de er, quoique emble avoit te Commit que de retr cessité.
st-à-dire les n. Danse versiticatiol des dactyls pouces de six isque le pr”
fesseur le leur disait ; mais les plus remuants voulurent savoir pourquoi la versification française ne leur était pas également enseignée. Le maître, M. Vanier, un excellent professeur et une nature d'homme meilleure encore, ne put trouver d’explication satisfaisante à leur donner. Ce qu'il offrit de mieux, cest que la versitication française n'entrait nulle part, à sa connaissance, dans le programme des études classiques.
Eh bien ! il faut l'y mettre, hasarda le plus mutin de la classe, révolutionnaire en herbe, et déjà, à cet âge, féru du dieu des vers. Les autres opinèrent bruyainmment du bonnet. M. Vanier, alarmé, alla trouver le P. Lefebvre,
— Père supérieur, lui dit-il, mes élèves veulent apprendre là versification française !
- Ah! Eh bien, enseignez-la leur.
C’est que, pour première raison, Je ne la sais pas moiinéme,
— Cela n'est pas une raison sérieuse: vous l'apprendrez. Savent-ils leur prosodie latine ?
— Pas encore aussi bien que défunt Santeul, ni même que le premier Ampère qui, pour se distraire, mit en hexamètres ks théorèmes du quatrième livre de géométrie ; mais lun d'entre eux, l'autre jour, a découvert que l'Alina mater est “rite en vers alexandrins.
— Sabre de bois !! Et la première raison pour laquelle vous renseignez pas là versification française à vos enfants, c’est que vous l’ignorez. Quelle est la deuxième ?
— Mais vous savez bien, mon Père, qu'elle n'est enseignée
nulle part. Plusieurs prétendent que les vers français conduisent à l’impiété..….
— Ta, ta, ta, ta! Ceux qui parlent de la sorte sont des gens qui, comme vous, — et moi, peut-être, — n’en connaissent pas in mot, et n’ont pas le ‘courage de l’apprendre. Allez, enseipnez à votre classe comment on fait des vers français, puisque,
i-Cette exclamation estla plus forte qu'on ait jamais entendue tomber des kvres du P, Lefebvre, C’était l'expression de sa colère ou de son profond éton-
nement. Saint François d'Assise, dans les mêmes circonstances, se servait du mot moche :! par jurement.
aussi bien, ils le demandent. J'ai parmi les livres de M. Lafrance un Racine et un Jean-Baptiste Rousseau, peut-être aussi un la Fontaine. Passez-les leur. Vous verrez bien que le goût des vers français ne leur fera pas perdre l'amour de la religion.
À quelques semaines de là, par un bel avant-midi plein de soleil, il entrait dans notre classe et demandait à M. Vanier combien de poètes épiques il avait devant lui. “—Je vais ce soir au Ruisseau-des-Renards, ajouta-il, pour y chanter, demain, grand'messe. Celui de vos poètes qui me fera, d'ici à midi, ke meilleur quatrain sur l'hiver, je l'emmène avec moi.”
Le tournoi commença sur l'heure,
Pour chanter ce combat, l’Achéron nous devrait Rendre Homère !,
O Muses, filles de Jupiter et de Mnémosyne, qui habitez la hauteurs éternellement ensoleillées de l’Hélicon, aidez-moi à raconter dignement ce combat lyrique, en comparaison duquel les joutes des bergers de Théocrite et de Virgile n'étaient que des concours de hautbois et de flûte à sept tuyaux. Volta l'impie Voltaire, refaisant Sémiramis et Catilina pour mieu terrasser son rival haï, Crébillon père, n’implora pas avi plus de véhémence le secours du divin Apollon, ne s'abreui pus de plus de coupes d’eau puisée à l'Hippocrène, que nous ni le fimes en cette homérique occurrence.
Notre joute fut comparable à celle qu'on rapporte des ports de la cour d’Hermann, qui, pour décider de la question dex: cellence entre eux, se mesurèrent en présence des grandst du peuple rassemblés Une des conditions arrêtées était que celui dont les vers réuniraient le moins de suffrages serai séance tenante, pendu haut et court par le bourreau, présent au tournoi. Ce qui fut fait.
Telle et non moins acharnée fut la joute des neuf versitiéi teurs de la classe de M. Vanier. Les échos du collège en retn tirent longtemps.
1—La Fontaine.
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Le lierre fut décerné à Philippe Belliveau, qui fit le voyage du Ruisseau-des-Renards.
Je transeris son immortel quatrain, non pas parce que les vers en furent, par nous, estimés excellents, — au contraire, nous les trouvâmes détestables, — mais pour témoigner de l'absolue vérité de ce récit :
La terre à revêtu son blanc manteau de neige; Les aquilons frileux du nord sont revenus ; Du givre et des frimas voyez le blanc cortège : Les nuages sont gris et les arbres sont nus.
Personne ne fut pendu, — il n'y avait heureusement pas là de bourreau, — mais les huit vaincus se liguèrent méchamment contre le vainqueur et poussèrent la vindicte publique jusqu'à insinuer que ce quatrain avait été pla pittoresque.
gié du Magasin
M. Philippe Belliveau est aujourd'hui un compagnon distingué de la Société de Jésus, ce qui, vraisemblablement, le dédommage de tant de noire calomnie. Au reste, nous-mêmes, les huit autres, étions de moins grands poètes que nous ne l’imaginions ; et les sonnets que nous faisions ne valaient pas ceux de Pétrarque.
Ce voyage du P. Lefebvre au Ruisseau-des-Renards, accompagné de l’un de ses écoliers pour lui servir sa messe, n’était pas un fait isolé. Outre la grande paroisse de Memramcook, ilavait, comme nous l'avons vu, la charge des missions’ de Scoudouc et du Ruisseau, et personne ne desservit jamais ces missions avec plus de soin et de sollicitude que lui et ses assistants. Tous les instants que ne lui réclamaient pas le collège et la paroisse, il les leur donnait. Il allait lui-même, tous les quatrièmes dimanches environ, leur chanter la messe et leur fire une instruction. Ce n'était pas, l'hiver surtout, de simples voyages d'agrément pour le missionnaire; Scoudouc est à douze, et le Ruisseau-des-Renards à quinze milles, du collège. Et puis ces missions, dont l’une aujourd’hui a un prêtre résidant, n'étaient pas elles-mêmes précisément des lieux de plai-
sance, D'abord elles n'avaient pas de presbytère, ni lune ni l'autre. Au Ruisseau -des-Renards la communauté de Sainte. Croix se retirait chez un cultivateur à l'aise, M. Eustache Babin: à Scoudouc, elle établissait ses pénates à la sacristie même, où un dit, dissimulé dans un coin, derrière un écran à pied, était réservé au missionnaire : le servant de messe, lui, s'enveloppait par terre dans les robes de la voiture, pour là nuit. Même à ces conditions-là, celui-ci se trouvait princivre. ment payé d'un quatrain, voire d'un sonnet tout entier. Aller à la mission en compagnie du P. Lefebvre, c'était pour l'écolier partir en voyage de plaisir.
En sus de ces deux missions, le P. Lefebvre en avait une troisième à desservir, celle de Sainte-Anne-des-Beaumont, sui la rivière Petitcodiae, à huit milles environ du collège. Celleci était consacrée aux sauvages, qui avaient là, en 1870, un campement de vingt-trois cabanes’. Pendant le reste de l’année, l'été surtout, les familles se dispersent, allant s'établir. pour tresser des corbeilles, faire des paniers, confectionner des seaux et des burlles”, à l'entrée des villages, où l'écoulement des objets de leur fabrication est plus facile : mais, le 26 juillet, fête de la bonne sainte Anne, leur vénérée patronne, elles S'en reviennent chacune dans sa bourgade. La Sainte-Anne est la grande fête religieuse et patronale des Micmacs et des Souriquois.
Au risque de faire un hors-d'œuvre, je crois devoir, dans un travail où le fondateur du collège Suint-Joseph occupe sans doute la première place, mais où sont récapitulées toutes les forces vives de l’Acadie renaissante, consacrer quelques pages à ces tribus qui, dès l’origine de la colonie, furent nos alliés les plus fidèles, et qui ont, dans la suite, tant souffert avec nous et à cause de nous. Au reste, le P. Lefebvre eut toujours pour ces fiers enfants de la forêt une sollicitude, une tendresse de père. Il allait tous les ans lui-même, à la fête de la bonne sainte Anne, célébrer l’auguste sacrifice dans leur
1—Lettre du P. Lefebvre à M. Placide Gaudet.
2—Cuvettes, Mot sauvage passé dans ia langue des Acadiens.
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