‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme]Chapitre 37 sur 77 · Les Mi par un · texte numérisé non relu

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I fallait voir avec quelle confiance sans bornes, avec quel anour, visible sur leur physionomie d'ordinaire si impassible, ils répondaient aux avances du Pèle Lefeble*, comme ils l'appelaient, Pour nous autres, les écoliers, qui allions servir la messe, Où chanter au chœur, et qui tenions en médiocre estime les descendants de Membertou et tous les Sagamos vencralement, cette excessive cordialité, sans nous étonner de la part du P. Lefebvre, qui était courtois et charitable pour tout le monde, ne laissait pas de nous intriguer.

Il serait peut-être difficile de préciser pourquoi les sauvages ne sont aujourd'hui ni recherchés, ni appréciés des Acadiens : ilest plus aisé, si l'on s'en rapporte à l'histoire, de démontrer qu'ils ont droit à leur estime et à leur amitié.

À l'arrivée des Français, en 1604, ils occupaient et possélient à titre d’uborigènes, toutes les provinces maritimes, avoir : les Souriquois où Micmass, la Nouvelle-Ecosse, le Cap- Breton, l’île du Prince-Edouard, le nord et l’est du Nouveaubranswick, et les Ktchemins ou Abénaquis, aujourd’hui connus sous le nom de Mulicites, le sud-ouest du Nouveau- Brunswick et la rivière Saint-Jean. Ces derniers s'étendaient. du côté du Maine, jusqu'au New-Hampshire.

Les nations européennes qui, sous prétexte de civilisation, se jeterent alors sur l'Amérique pour la démembrer, à peu près comme elles le font aujourd'hui encore pour l'Afrique, en userent avec les aborigènes chacune selon son tempérament. Les Anglais et les Hollandais, peuples protestants, traitèrent

I-S'émoyer se dit encore, chez les Acadiens, pour s'enquérir. Même étymologie que émoi, qui s’employait quelquefois en bonne part.

2-Les Miecmaecs ne peuvent pas prononcer ler. fls le remplacent généralement par un 1,

les naturels de In Nouvelle-Angleterre, de Manhattan, de l: Virginie et de l'intérieur, avec dureté et égoïsme ; mais non pas inhumainement, d'abord. Ts distribuèrent parmi eux des Bibles, et leur enseignèrent à se servir des armes à feu, pour détruire les Français, et à boire de l'eau-de-vie, pour se détruire eux-mêmes; les Espagnols firent au Mexique, au Pérou ct dans les Iles, ce que font aujourd'hui les Tures en Arménie: ils volérent, souillérent, massacrèrent, exterminèrent, le tout au nom de la civilisation et de la religion catholique, dont ils se disaient les porte-étendard : les Français, venus dans le Non. veau-monde pour étendre le règne de Dieu et convertir les sauvages à l'Evangile, traitèrent ceux-ci comme des freres et en firent des chrétiens.

La prompte et définitive conversion des Miemacs au catho licisme m'a toujours frappé comme un fait ethnologique inex plicable humainement, et tout À fait en dehors de l'expérience et des données scientitiques.

Voilà une race d'une tenacité extinordinaire qui, après trois siècles d'existence au milieu des François et des Anglais, plus puissants et plus civilisés parle toujours sa langue, inaltér blement conservée, qui, ne trouvant plus dans la chasse et li pêche de quoi suffire à sa subsistance, se crée des industries particulières, mais n'adopte ni l'agriculture, ni les arts des nouveaux possesseurs de son pays; qui se vêt encore, surtout les femmes, d'un costume distinct et original: qui se cons truit toujours des cabanes coniques en écorce de bouleau (mashlouï) , comme au temps de Henri IV et de la reine Anne ; une de ces races fières, irréductibles qui meurent, mais ne se rendent pas *, et qu'on voit, cependant, après quelque années seulement de commerce avec les Français: nbandonner rejeter, en toute liberté, ce qu'elle avait absolument de plis

1—Mot passé dans le vocabulaire acadien.

2—‘*On a cru longtemps, dit le marquis de Denonville, varlant des sauvages du Bas-Canada, qu’il fallait les approcher de nous pour les franciser ; on a tout litu de reconnaître qu'on se trompait. Ceux qui se sont approchés de nous ne se soil pas rendus français, et les Français qui les ont hantés sont devenus sauvages.”

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