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vincial. Deux ans plus tard, il le remplaga par le P. Geoffrion?, son ancien professeur de rhétorique, “ l'homme juste” des collégiens de Memramcook,.
Quelles larines versa-t-il, quelles supplications fit-il entendre, quelies raisons fit-il valoir auprès du supérieur général ? Per-
es bornes ubordinawars 1871, sonne ne le saura probablement jamais. Un jour, cependant, il fit à l’un de ses élèves, qui venait d'être ordonné prêtre, une confidence qui pourrait bien donner la clef du mystère qui nous occupe, Il se rendait auprès d’un malade et invita le nouveuu lévite à l'accompagner, Il étuit, ce jour-là, heureux et expansif. La conversation roula sur la fondation du collège Saint-Joseph et Sa mission, à lui, en Acadie,
- À la suite d'une scène d’exaltation de M. Lafrunce, dit-il, me fut donné de voir clairement que le bon Dieu me voulait à Memramcook. Peu de temps après, le dénoument inespéré et tout à fuit favorable au collège, de la lutte que soutenait ce saint prêtre contre le projet d'une école de réforme, me contirma dans cette certitude,
Quelque manifestation pareille aurait-elle été faite au P. Sorin, ou bien le P. Lefebvre lui fit-il modifier son ordre en lui révélant tout à fait ce qu'il ne fait ici qu'indiquer ? Le prêtre de qui je tiens ce fait est porté à le croire.
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én. AT x Ces deux lettres d’obédience sont les seules correspondances
qui nous restent de cette période de la vie du bon P. Lefebvre. Pourquoi ont-elles été conservées, lorsque toutes les antres, les documents, les pièces, tout, jusqu'à s1 nomination de grand vicaire de Mgr Connolly, ont été par lui détruits ? J'ai lu quelque part qu'un saint moine, élevé bien malgré lui à la dignité’ de prieur de son couvent, fit mettre dans son cereueil son brevet de nomination, afin de montrer au Père éternel quil était parvenu à cet honneur à son corps défendant. Peut-être aussi le P. Lefebvre conserva-t-il ces deux pièces accusatrices pour s’humilier devant Dieu de ce qu'il avait hésité d’obéir à l’ordre de son supérieur hiérarchique.
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1-Le départ du P, Geoffrion fut viveinent regretté en Acadie, particulièrement in collège,
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Il fut appelé en France, en 1873, où siégeuit le chapitre énéral de la congrégation.
C'était son premier voyage d'Europe, véritable événement dans sa vie. Comme il était le premier Canadien qui eût été élevé à la dignité de père provincial, tous les regards, à Neuilly.
étaient pour lui.
A titre de conteur véridique, je me suis procuré, sur son séjour en France, tous les renseignements qu'il m'a été possible de recueillir. Donnerai-je les propres termes de mon correspondant principal ? —“ Nous le trouvâmes un homme idéal.” Mettons d'une haute distinction. Il eñt eté trouve tel dans un consistoire de cardinaux. 3
À Paris comme à Notre-Dame d’Indiana, ‘ l’homme idéal ” restait evant tout le supérieur du collège Saint-Joseph de Memramceook. Si les intérêts généraux de l’ordre passaient les premiers, Memramcook arrivait toujours bon second. Il voulut profiter de son séjour en France pour amener des c'est ainsi que le comprit le
recrues à Ja congrégation général—disons, nous, des professeurs à son coliege. Avec une lettre du P. Sori le recommandant aux reverendissinis Episcopis et seminariorum Superioribus, il fit le tour de la France. À Paris, à Nantes, à Rennes, à Vannes, à Lyon, à Bordeaux, on l’écouta avec curiosité, d'abord, puis avec avidité, parler du Canada et de ses chers Acadiens demeurés français. Les évêchés et les séminaires voulurent surtout l'entendre. Mais il ne ramena avec lui que le P. Lefloch, breton de la Haute-Bretagne et prêtre d’une grande sainteté de vie, qui mourut à Grandigue, en 1888, des suites d’un accident de voiture, un jour qu'il allait porter le saint Viatique à un mourant.
Un hasard heureux na mis entre mes mains sa feuille de route, ou, pour ne pas emprunter de terme militaire, le budget de ses déboursés de voyage.
“ De Paris au Mans, 20 francs. Pension à Rennes, 6 francs. Dépenses à Londres, 1.50 franc, ete.” En ma qualité de poli-
ticien, j'en ai tout de suite conclu qu'un religieux, fût-il pro-
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moins de frais qu'un plénipotentiaire du Céleste Empire, ou qu'un premier ministre d’une province canadienne.
Il est intéressant de revenir un Acadie, et d'examiner ce qui s'y passe pendant le voyage du P. Lefebvre en Europe. Lu nid de jeunes oiseaux laissés seuls durant l’absence de leur mère, tel est le collège Saint-Joseph. Tous les regards sont tournés du côté de la France, les oreilles sont tendues, et sil arrive quelque message d'outre-mer, si quelque bruit d'Europe parvient jusqu'aux écoliers, quel délire ! Il leur vient une lettre de Paris, datée du 29 mai. Le provincial jouit d'une excellente santé et se prépare à visiter la province et Rome. Vite ils font publier la nouvelle dans les journaux, atin que tout le peuple se réjouisse avec eux. Lu clôture de l’année scolaire est l'occasion ordinaire d'une grande séance dramatique et de réjouissances publiques, au collège. Il n’y aura pas üe joie durant l'absence du Père, et le Moniteur acadien publie ceci :
“ La sortie des élèves aura lieu le 3 juillet. Vu l'absence du révérend P, Lefenvre, supérieur, et les dangers auxquels il est exposé dans son voyage, Nous avons cru, nousses enfants de Saint-Joseph, par respect pour notre bon père, et comme marque de deuil, devoir retrancter tout le brillant ordinaire de la fin de l’année, Par conséquent, il n’y aura pas, cette année, de réjouissances, ni de séance publique à la sortie.
“P, GEOFFRION, Ptre.”
Le P. Geoffrion, supérieur intérimaire, parlait ainsi en son om propre, au nom de là communauté et au nom des élèves.
Quand on apprit son embarquement sur un paquebot, à Liverpool, on se prépara à féter royalement son retour. Ce étaient plus les élèves et la communauté seulement, c'était tute la paroisse, en armes, sous les drapeaux. Adresses, are triomphal, bourse à présenter, chemins balisés ! sur tout le par-
Comme beaucoup d'autres termes maritimes, le mot baliser a reçu, en Acadie, une application terrestre, Il signifie ici un chemin planté de jeunes arbres, des deu x côtés, et au milieu desquels, le Saint Sacrement, si c’est la Fête-Dieu, où le héros, s'il s'agit d’une réception, s'avance triomphalement,.
cours de la procession, mobilisation des adultes, bref, toute la Jus féerie que peut monter une paroisse de campagne fut organi ets sée d'avance, afin qu'on ne fût pas pris au dépourvu. Jour et ratic heure furent arrêtés : il allait arriver le samedi. C'est le ven- ciaie dredi qu'il arriva. Mais il lui fut impossible de dérouter son drai! monde. Le télégraphe avait joué, et tout Memramcook se phét trouvait à la gare, à l'arrivée du train. EE once: C’est au presbytère que se tit la présentation des adresses natu et d'une bourse. Il répondit sous l'empire d'une grande émo- plus tion. Il dut même s'arrêter quelque temps pour laisser couler Ve ses larmes. | de B — Mes amis, dit-il en reprenant son discours, mes bons rive à amis, allez abattre cet are que vous avez eu la malencontreuse des F idée de dresser, et enlevez toutes ces balises. bient. Ceux à qui il s'adressait crarent avoir mal compris, et ouver n’obéirent pas. A la — ÂAlleztout de suite, reprit-il d’un ton ferme et en fronçant chan ses grands sourcils noirs; ces choses-là font entrer l’orgueil achar dans l'âme de ceux qui les reçoivent. Dans tous les cas, conti- Comm nua-t-il en se ravisant, de tels honneurs ne se font pas à un représ pauvre prêtre comine moi !, beauc Il voulut se retirer : — Parlez-nous de la France ! Oui, In France ! crièrent toutes les voix. etun — Pas maintenant, mes bons amis. Nous sommes un peu mieux
trop épuisés, tout le monde. Mais dimanche prochain, je ferai creme mon sermon sur la France et sur vos devoirs de catholiques À fonctid
français. .A Cette nouvelle, répandue en même temps que l'annonce de amour son arrivée, eut pour effet de rassembler à Memramcook, le Ait d'e
dimanche suivant, non seulement la paroisse, mais aussi les paroisses environnantes.
L'amour de la France est resté un objet de culte pour les Acadiens. Son nom est une musique à leur cœur; et son souvenir, grandissant dans la fantasmagorie du passé, s'élève
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