‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme]Chapitre 54 sur 77 · I-Autrefois Belle-Alliance · texte numérisé non relu

I-Autrefois Belle-Alliance

2-L'hymne révolutionnaire était alors entaché d'hérésie politique et relitieuse. Le tsar de toutes les Russies ne l'avait pas encore écouté, debout et découvert, à Cronstadt; les Pères Blancs du cardinal Lavigerie n'avaient pas encore appris à le jouer, et le grand pape Léon XIII, que Dieu a suscité pour uver le dix-neuvième siècle, n'avait pas encore, à cette date, réussi à faire almettre la légitimité de la République au haut clergé de France.

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Les trois couleurs flottent aujourd’hui impunément au haut des mâts, dans la vieille terre d’Acadie. Nul n’y peut trouver matière à sérieuse offense. Ce n’est pas le drapeau d’une puissance étrangère, — celui de la France n'a pas d'étoile, c'est un drapeau nouveau, celui des Aca liens, un petit peuple bien loyal à la couronne d'Angleterre.

La convention terminée, quand les délégués, embarqués sur le steamer Northumberland pour s'en retourne, demandèrent au capitaine de hisser au grand mât le drapeau acadien, il ne le leur refusa pas à cause de l'étoile. Les navires anglais du port arborèrent leur grand pavois et agiterent leurs pavillons en l'honneur des trois couleurs : et tous les cœurs acadiens se fondirent dans les poitrines, tous les yeux se monillèrent de larmes, en voyant saluer l’étendard de la France et de l’Acadie.

Un air national fut aussi adopté à cette convention, l'air grégorien de l'Ave maris stella. Quant aux paroles, elles ét iont toutes trouvées ; c'est l’élégie suave et mélancoliquement plaintive de Gérin-Lajoie, dont la mesure s'adapte au rythme religieux :

Un Acadien errant,

Banni de ses foyers, Parcourait en pleurant Des pays étrangers.

Un jour, triste et pensif, Assis aux bords des flots, Au courant fugitif

Il adressait ces mots :

Situ vois mon pays, Mon pays malheureux, Va dire à mes amis

Que je me souviens d'eux. Pour jamais séparé

Des amis de mon cœur, Hélas ! où je mourrai, Je mourrai de douleur. !

1—Ce chant est une complair.te acadienne, d'inspiration tout acadienne, composée par M. Gérin-Lajoie, quelque temps après su tragédie en trois aetes de

Charles Latour. Le mot “Canadien,” deus ie premier vers, fut, par le peuple, subititué au mot ‘ Acadien ” de l'original,

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Une troisième convention générale à été tenue, en 1890, à la Pointe-de.l'Église, Baie-Sainte-Marie de la Nouvelle-Écosse, Les conventions des Acadiens sont strictement des conventions d'affaires nationales; leur dissémination dans trois provinces, le défaut de ressources et l’urgence de leurs besoins, ne leur permettant pas d'en faire des solennités de grand apparat, des apothéosés de la patrie, ainsi que cela se pratique à Montréal et à Québec.

Ils avaient des couvents et quelques écoles françaises, à l'île du Prince-Édouard ; ils avaient des écoles, des couvents et un collège, au Nouveau-Brunswick : ils voulaient, autant qu'il dépendait d'eux, avoir les mêmes institutions, à la Nouvelle- Écosse. Les résolutions qu'ils passèrent, à cette occasion, parurent sévères ; mais elles étaient justes et devenues nécessaires,

Après quelques difficultés préliminaires qui faillirent amener un douloureux éclat, l'entente se rétablit, grâce surtout à la diplomatie bienveillante de M. l'abbé Parker et à la grande autorité de vertu de M. l'abbé Guay, puis la convention suivit son cours avec les plus excellents résultats.

Un incident, salué avec une vive émotion, l’arrivée inattendue d’un contingent de Canadiens des environs de Montréal, en releva singulièrement l'éclat. Ils étaient les bienvenus en terre d'Acadie, ces délégués de la province sœur, ces vaillants, ces frères du Canada, qu'un roi de France, bien plus que la fortune des armes, livra un jour à leurs ennemis ; mais qui, eux, ne livrèrent jamais ce qu'ils tenaient de Dieu, leur foi catholique, leur langue française et la fleur de leur amour pour la France.

Le même jour, 15 août, à l'heure où tout le peuple, mêlé aux délégations, chantait, agenouillé devant les autels, l'hymne national de l’Ave maris stella, suppliant sa toutepui-sante patronne de ne pas abandonner l’Acadie française, le R. P. Gustave Blanche, de la congrégation des Eudistes, recevait à Rennes, en Bretagne, l’obédience d'aller fonder à la Pointe-de-l Église, dans le district de la Baie-Sainte-Marie, à

la Nouvelle-Écosse, à l'endroit précis où se tenait la convention, un coilèce pour les Acadiens !

D'un autre" côté, le président général de la convention. M. Landry, recevait de Rome une dépêche de la part du Saint. Père, à lui directement adressée, bénissant les délégations et le peuple assemblés, et appelant la miséricorde de Dieu sur leurs desseins !

Deux mois plus tard, le P. Blanche était nommé curé de la Pointe-de-l'Église et de Saulnierville, M. l'abbé Guay ! ni cédant ces deux paroisses dans le même esprit et avec la même grandeur d'âme que M. l'abbé Lafrance, vingt-six ans auparavant, avait cédé Memramcook au P. Lefebvre, pour y fonder un collèse: et le 2 novembre suivant, les Eudistes ouvraient les classes dans la maison curiale de Pointe-de-l'Eglise, en attendant la construction de leur collège, le premier sur la terre française de la Nouvelle-Écosse.

L'heure de Dieu était arrivée, et tous les obstacles s'étaient dissipés comme une légère brume sous les rayons d’un ardent soleil de mai, et toutes les bonnes volontés avaient concouru à l'œuvre, #omme ces pierres dont parle la Fable antique, qui couraient d'elles -imêmes se placer sur les murs de Thèbes, aux sons divins de la lyre d'Amphion.

Dieu avait entendu les gémissements de ses serviteurs, et les Acadiens de ln Nouvelle-Écosse avaient enfin un collège, tout comme leurs frères du Nouveau-Branswick.

M. l'abbé Parker, dont la mémoire devra subsister dans le cœur de l'Acadie reconnaissante aussi longtemps que la langue française sera parlée sur la terre d'Évangéline, présenta au P. Blanche une bourse de $7,000, résultat des contributions du peuple et des bénéfices de la convention, pour être employée à la construction du futur collège, ce collège devant servir de monument commémoratif au saint et glorieux apôtre de la Baie-Sainte-Marie, l'abbé Sigogne.

1—Originaire de la Haute-Savoie, en France, ordonné, en 1855, par Mgr Walsh, et l’un des très rares prêtres d’origine française que l’on rencontrât, jusqu’à ces dernières années, dans le diocèse d'Halifax,

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C’est à la demande formelle de Mgr O'Brien, archevêque d'Halifax, qu'un collège classique fut fondé au milieu des populations françaises dela Baie-Sainte-Marie.

Dés ISS7, il s'était abouché avec Mer Fabre, de Montréal, mais sans succès, pour obtenir une communauté enseignante. I s'adressa ensuite successivement aux Oblats, aux Rédemptoristes et aux Pères de la Miséricorde. Pressé par le vœu unanime des paroisses !, il ne perdit pas espoir, mais confia finalement son projet à un prêtre dont toute l'Acadie prononce avec vénération le nom, M. l'abbé Rouxel, du séminaire de Saint-Sulpice, à Montréal.

C'est lui qui détermina le RR. PP, Eudistes à accepter les ouvertures de Mgr O'Brien.

L'illustre archevêque, rompant ainsi avec une tradition malheureuse, qui n'avait rapporté de bien à personne, ni à l'Église, ni aux Irlandais catholiques, ni surtout aux Acadiens, s'est acquis la reconnaissance de ces derniers, et se prépare une large place dans leurs cœurs.

1—Sous la poussée persévérante d'un patriote dont le nom mérite de passer à la postérité, M. François-Xavier Vautour, «ncien élève du collège Saint-Joseph, les Acadiens de Saulniervilleet de toute la Baieavaient tenu, à plusieurs reprises, des conventionset réclamé par de viriles résolutions l'établissement d’un collège français au milieu d'eux.

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