CHAPITRE SEIZIEME
lonsidérations sur l'humilité, Il refuse d'être Provincial une seconde fois. Docteur en théologie, On lui coule su statue, Discours à cette occasion, On veut le faire Monsignor, Progrès général chez les Acudiens, L'abbé Richard et le es 'iege Saint-Louis. Le P. Lefebvre et les Irlandais catholiques. Vingt - cinquième anniversaire épiscopal de Mur Sweeney. — Quart de siecle d'existence du collège, L'abbé François Cormier, — Translation des cendres de M, Lafrance.- Missionnaire apostolique,
Quoique cela puisse paraître paradoxal, il est cependant vrai que des personnes se sont trouvées qui ont fui les honneurs avec autant d'empressement que d'autres les recherchent. Nous avons vu, à propos de son élévation au poste de provincial, que le P. Lefebvre était de ce nombre : ce qui prouve que les saints canonisés n'ont pas le monopole exclusif de cette vertu rare.
Dans l’étonnement où me jette toujours une dignité vraie, qui n'est pas faite de vanité déguisée ou d'orgueil inconscient, j'ai étudié particulièrement l'attitude psychique du P. Lefebvre en face des honneurs. J’en ai tiré pour mon usage particulier le précieuses leçons d'observation qui me permettent quelquefois, — j'ai du moins la prétention de le croire, — de discerner h dignité d'avec un certain orgueil qui lui ressemble étonnamment. Je ne fatiguerai pas le lecteur de mes conclusions : mais je le prie de croire avec moi que s'il ne se trouva pa: dix Justes dans Gomorrhe, il y a bien, malgré toutes les apparences du contraire, à peu près dix personnes véritablement humbles lans la Confédération canadienne, et que le P. Lefebvre était ne de ces personnes-là. Je fournirai, quant à lui, quelques nouvelles preuves à l'appui.
Grâce à l'état précaire de sa santé, il réussit, en 1880, à se faire relever de la charge de provincial, ce qui lui permit «le demeurer, à partir de cette date jusqu'à sa mort, simple supérieur du collège Saint-Joseph et curé de Memrumcook, modestes fonctions qui suffisaient à son ambition.
Ce fut cependant, à son corps défendant, qu'il resta jusqu'à la tin au pied de l'échelle. Le Canada le récla Pour «les raisons d'âge et d'infirmités, le P. Rézé s'étant reuré, en 1890, le Conseil désigna le P. Lefebvre pour le remplacer dans la charge de provincial. Le supérieur général, l'illustre et bon P. Norin, fut atfligé de ce choix. Il se rappelait ses luttes et presque son désespoir, lorsqu'une première obédience lui avait ét donnée, en 1871, et il hésitait à le soumettre à une nouvelle épreuve. Au lieu d'une obédience formelle, il se contenta de lui communiquer l'arrêté du Conseil, ce qui lui laissait la liberté d'accepter ou de refuser, Il refusa.
Écrivant au P. Roy au sujet de ce refus, il disait: “Mon cher Père, on m'a offert la charge de provincial que j'ai refusée: car la seule, l'unique province dont je désire 1 ‘ministration, c'est mon cher Memramcook.”
Un peu plus il persuadait à son ami et se persuadait à lui-même que c'était dans un but intéressé, pour des motifs d'égoisme, qu'il avait refusé le provincialat.
Sur la fin de sa vie, l’université Laval de Québec voulut lui donner une preuve honorifique de sa haute appréciation, en le nommant docteur en théologie. Cet honneur le consterna. Il chercha à s’y soustraire. Son conseil lui fit voir qu'il ne ke devait pas dans l'intérêt de sa maison. Au reste, tout le monde savait que depuis trente ans il enseignait la théologie, preparant à la prêtrise non seulement ceux de sa communauté. mais aussi les ecclésiastiques séculiers du diocèse. Ses cours étaient tenus en haute estime, tant à Laval qu'à Saint-Sulpice : et ceux qu'il avait formés vantaient sa doctrine en théologie morale.
Voici en quels termes il annonça l'événement au P. Roy. supérieur du collège Saint-Laurent. Le P. Roy avait pass dix ans avec lui au collège de Memramcook, il était son ami
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de cœur et le seul confident, si l'on en excepte le P. Rézé, à l'époque de son noviciat, qu'il eût jamais en religion :
‘18 mai IS94.
Bien cher Père,
“ Décidément nous sommes en pleine tin de sivele, Devinez la chose lù plus mirobolante, la plus ébouriffante, la plus renversante.. vous n'y arriverez pas! Lisez plutôt la lettre suivante reçue de Mgr Laflumme, recteur de Laval, et vous serez aussi étonné que je l'ai été moi-même :
“ Mon révérend Père,
“J'ai le plaisir de vous annoncer que l'université Laval a “décidé de vous offrir le titre de docteur en théologie, à cause
des nombreux services que vous avez rendus et rendez encore “à la cuuse ancadienne, au Nouveau-Brunswick. Veuillez me “dire si vous acceptez ce degré, etc.
“JC. K. LAFLAMME, “ Recteur.”
“Qu'en dites-vous ? Moi, docteur en théologie. C’en est drole. En vérité je n’y comprends rien. Le P. Girard ! a reçu le même degré, après avoir soutenu une longue thèse par écrit. Lui, du moins, il l'a mérité. Je n'ai cependant pas cru devoir refuser dans l'intérêt de la cause.
“ Bien à vous en N.-S.”
Le lecteur a saisi au passage la note tonique qui révèle le diapason d'âme du nouveau docteur en théologie, note d’une exquise humilité : le P. Girard méritait cet honneur, mais non pas lui, le P. Lefebvre. Et il le croyait comme il l'écrivait à son ami.
lI—-Professeur de philosophie à Saint-Joseph, et supérieur intérimaire après la mort du P. Lefebvre.
Ne croirait-on pas assister à une de ces scènes intimes de la famille, où l'on fait voir à un enfant un jouet, une chose énorme, qu'on lui donne aussitôt à son grand ahurissement /
Telle ne fut pas cette autre circonstance, où son cœur fut blessé, et qui fut pour lui l'occasion d'une très grave maladie, Je la raconte parce qu'elle montre à nu, chose rarissime, une âme véritablement humble et profondément humiliée,
L'académie Saint-Jean-Baptiste, fondée par lui, au colles allait atteindre son quart de siècle d'existence, Le directeur M. Mieneron, et les membres résolurent de fêter cet anniver saire par la publication d'un volume faisant l'historique du
collège, et par Br présentation au P, Lefebvre (les malhenreux !}) de sa statuette. Le tout, véritable œuvre de cons: pirateurs, se trama dans le plus profond mystère, I fallait
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