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it de l'amour
notre amour, libre. Linshie. Qu'est-ce que, la eravt- Newton, si ce hivi primeipe } un point du
g + es-métmes
LE sdsnietihisinnnie"
rien. (IX Corinth
vers un centre déterminé de l'univers, en les y précipitant avee une vitesse dont il est maluisé de se faire une idée juste ? Qui, dans les cristaux, fait courir les molécules et les fait se runger en ordre symétrique ! Quel principe préside à la distribution des éléments dans la création, et leur fait prendre la figure, qui d'une Heur, qui d'un papillon, qui d'un nuage errant, qui d'un arbre, qui d'un rocher, qui d'un homme ?
Prodigieux probléme que la science s'efforce en vain d'expliquer, et qui ne sera résolu que lorsque sera bien comprise la loi universelle d'amour que le Créateur à mise dans les choses,
Nous avons vu comment le P, Lefebvre aimait le prochain. Nous en reparlerons plus loin. El aimait Dieu comme les saints l'ont aimé. Dans ses grandes douleurs, il se réfugiait devant le très saint Sacrement pour prier et pleurer, et dans le débordement de ses joies, il SV réfugiait encore, Le reglement de la communauté appelle les Pères à la chapelle, à cinq heures et demie du matin.
Le P. Lefebvre y était toujours le premier rendu, long:temps avant les autres, prenant sur son sommeil une demiheure et souvent plus, qu'il donnait à l'adoration. “J'ai passé dix-huit ans avec lui, m'écrit le R. P, Girard, et je puis certifier qu'il a toujours été très régulier à ses exercices de piété. Je ne me rappelle pas qu'il ait manqué à là méditation et à la lecture spirituelle une seule fois, sans une grave raison légitime.... Je ne l'ai jamais vu omettre la inesse une seule fois par sa faute.”
Il aimait Dieu tendrement et le faisait aimer.
C’est encore là un trait qu'on trouve chez les saints. Son grand air de dévotion à l'autel inspirait la dévotion : mais cest surtout auprès des mourants que s'exerçait l'étrange fascination de cet homme. Plusieurs de ceux qu'il à administrés, un prêtre, entre autres, m'ont déclaré, qu'à l’arrivée du P. Lefebvre à leur chevet, ils s'étaient sentis saisis et réconiortés, comme par la pénétration dans tout leur être d’une grande chaleur lumineuse. “ Assistée par lui, je serais morte
sans frayeur,”.me disait une autre personne, qu'il avait admistrée dans une grave maladie.
C'est que le P. Lefebvre était prêtre avant tout, si visiblement, si totalement prêtre, qu'il était impossible de ne pas apercevoir l'onction sainte répandue dans toute sa personne.
Il avait ses préférés dans le ciel. C'était d'abord Marie, que sa mère Jui avait appris à aimer plus que tout autre, après Dieu et le Sacré-Cœur de Jésus. Il s'était ensuite épris de sainte Anne, quand, à la suite d'un pèlerinage, il avait trouvé sa vocation religieuse et le moyen de la suivre. A Memranicook, saint Joseph fut plus particulièrement l'objet de son culte. Il avait fait du doux charpentier l'économe de sa maison, son trésorier mystérieux, aux heures de suprême angoisse. Saint Joseph avait arraché son collège aux flammes, en 1867, et l'avait sauvé de la faillite, quelques années plus tard. Il lui faisait, tous les 19 mars, des fêtes splendides, auxquelles sa communauté, ses élèves et sa paroisse prenaient part.
Une autre affection particulière était venue s'ajouter aux précédentes, vers la fin de sa vie: la Sainte-Famille. Il est, avec Sœur Marie Léonie, le fondateur d’une communauté de ce nom, au Canada, dont le siège principal se trouve maintenant à Sherbrooke. L'invocation de la Sainte-Famille était une de ses prières favorites : il demandait tous les jours de mourir comme saint Joseph.
Ses préférences terrestres étaient pour les Acadiens, ct, parmi ceux-ci, pour ses élèves. Ce n'était pas un amour fait de vanité et d'égoïsme, comme sont à l'analyse la plupart des préférences que nous avons pour Îles œuvres opérées ou inspirées par nous; Cétait un amour allant du dedans au dehors, désintéressé, capable de grands sacrifices, l'amour de Mer Lavigerie pour l'Algérie, l'amour de saint Vincent de Paul pour ses petits orphelins, l'amour des mères pour leurs enfants.
Des philosophes ont prétendu que l'amour de Dieu est incompatible avec les amours de la terre, Rien de plus faux.
Seulement il les épure, il les transforme, élève jusqu'au mar: |
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tyre l'amour des âmes chez les apôtres ct les missionnaires, Jusqu'à la sainteté d’un sacrement les affections naturelles entre l'homme et la femme.
Les amours “forts comme la mort ”
sont le plus souvent douloureux comme des agonies.
“Je lui apprendrai comme il devra souffrir pour mon nom,” fut-il dit à l'Apôtre des nations païennes.
Dans les premieres années du collège il emmena un de ses éleves avec lui au Canada. Arrivé à Montréal, il s'arrêta tout à COUP, pris d’une orande émotion, et, montrant à son compagnon le fleuve, puis la montagne : “Tu vois, lui dit-il, e
e fleuve majestueux, cette montagne Justement nommée
le mont Royal.
Cest mon pays; j'ai appris à l'aimer sur les genoux de mon pere: je l'aime toujours avec intensité. Je n’en révais pas de plus beau. Eh bien ! si l’on me donne à choisir entre les deux, cest chez vous. en Acadie, que j'irai vivre et que je mourrai.”
Après une pause, il ajouta: “ Vois-tu, il y a une destinée vonlue de la Providence et préparée par elle. Je suis né tout près de l’Acadie, ! Dans ma plus tendre enfance j'ai souvent entendu raconter les malheurs des proscrits de la grande Acadie. Le récit de leurs souffrances m'a fait quelquefois pleurer. J'ai commencé dès ce moment à les aimer et à leur vouloir du bien. Mon parrain est un Acadien. Maintenant que je les connais, je les aime davantage, et je leur donnerai volontiers tous les jours de ma vie, si cela peut aider à les relever et à les consoler.”
Ces dernières paroles furent dites avec un grand calme, comme si elles exprimaient une pensée longuement méditée et bien arrêtée,
Un des signes ordinaires de l'amour, c'est de ne voir dans l'être aïmé que perféctions et rayonnements. Les amoureux trouvent l’un l’autre adorables, et aux yeux des saints les haillons de la pauvreté Jettent des feux. Lamartine mettait des lunettes vertes pour n'être pas ébloui en lisant Saint- Victor, qu'il añmait, “tant sa forme, disait-il, était lumineuse.”
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I Village fondé par des exilés acadiens dans le comté de Saint-Je:
in.
Le P. Lefebvre prêtait à ses enfants toutes les qualités qu'enfantait son imagination : ils étaient la crème des enfants des génies, des prodiges. Il leur découvrait des quantités de perfections que n'avaient pas les autres enfants. On souriait, à Saint-Laurent, de tant d'enthousiasme.
À Memramcook on exploitait cette faiblesse, tant chez les écoliers que chez les professeurs.
“ Certains moines, m'écrit un bon religieux, attendaient |: fin de la récréation du midi pour demander des permissions, C'est-à-dire qu'en profonds machiavélistes, ils amenaient sur le tapis, au cours de la causerie, tel où tel ancien éleve, auquel ils faisaient accomplir quelque grande prouesse, Notre bon Père ne manquait pas de tomber dans le pièce: il s'enthousiasmait: puis quand, sur la fin de la récréation, demande de congé où d'autre faveur lui était faite : # Oui certainement,” répondait-1l.
“ Les religieux sont des grands enfants.”
Les beaux traits du caractère de ses écoliers, leur piété leur talent, leur esprit, le‘charmaient.
Voici une anecdote qu'il me racontait lui-même, quelques semaines avant sa mort,
La grande inquiétude de certains écoliers, à leur rentrée l'automne, c'est de savoir qui sera préfet de discipline et maître de récréation. La personnalité du supérieur les intrresse moins. Or, la communauté de Sainte Croix a la desserte du pénitencier de Dorchester, situé à sept milles environ du collège. L'un des Pères est préposé officiellement à cette
charge.
Quelques jours avant la rentrée des classes, il rencontre, en chemin de fer, le jeune X.... et s'enquiert, selon son hahi-
tude, de sa famille et de lui. L'enfant, dix ans environ, prend de son côté des informations sur le collège, Le P. Cormier avait été, l'année précédente, préfet de discipline, avec un succès retentissant pour l'épiderme de certains écoliers, parmi lesquels notre jeune espiègle.
—-(Qui aurons-nous pour préfet de discipline cette année’ se hasarde-t-il à demander au supérieur ?
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— Le P. Roy.
—Ah! Et le P. Cormier ?
— Nous l'envoyons au pénitencier.
—C'’est très bien, ca, Père supérieur, il l'a mérité.
Et ce quiproquo spirituel de son petit Fontenelle de dix ans le faisait rire aux larmes, chaque fois qu'il le racontait,
Les plus légers succès de ceux q étaient entrés dans Je monde, surtout de ceux des premières années, le jetaient dans le ravissement. Alors, comme pour modérer chez eux les ardeurs qu'il ressentait lui-même, il leur donnait des conseils le prudence, ou leur ouvrait son cœur.
À l'un d'eux, qui avait obtenu quelques avantages à sa sortie du collège, il écrivait, en 1872:
“Je le dis avec fierté, je suis heureux d'avoir été l’indigne instrument dont Dieu s'est servi pour opérer le relèvement des Acadiens. Sans doute il reste encore beaucoup à faire, mais la graine de sénevé est germée.”
[l lui écrivait encore :
“Quant à moi, mon bonheur est et «sera toujours de
sens qu'il m'a été donné de diriger dans le sentier difficile de la vertu et de la science, Oh! si l'élève avait pu pénétrer la rude écorce du cœur du supérieur obligé de commander et quelquefois de sévir, il eût trouvé que Pamour du devoir et une affection toute paternelle étaient sans cesse en guerre, Aussi avec quelle añiété Jenvisage l'avenir des jeunes tnissants! Que de craint: de les voir échouer dans la carrière qu'ils ont choisie! Quelle n'est pas mon inquiétude à la pensée que quelques-uns, en sortant du collège, seront peutétre privés des ressources pécuniaires nécessaires pour itteindre leur but !” À un autre qui hésitait :
‘Le temps est arrivé où les fils des victimes de Port-Royal ct de Grand-Pré doivent prendre place au rang des autres nationalités. Allez hardiment !’
Il aimait ses paroissiens de Memramcook presque à l'eval
de ses élèves, tous sans distinction, les plus déshérités autant que les notables, et son dévouement pour eux ne s’est jamais
ralenti, Que de misères soulagées en secret, que de voisins M ] réconciliés, que de familles brouillées remises d'accord à là 6 « suite d’une visite discrète, ou d’une douce parole de paix pro- @ c
noncée avec amour! Il procédait avec les humbles et les
petits comme avec les grands et les puissants : même
courtoisie et même délicatesse exquise. 4 2 Que de fois les Pères et les élèves l'ont vu revenir triste et @ d
tout aflligé de ses visites aux malades! “ Un tel est mort, 4
un tel va mourir,” disait-il, en réponse aux questions qui lui
étaient faites.
Un jour qu'il venait d'administrer un de ses paroissiens les #6 N plus aimés, ses confrères furent frappés de l’altération de ses traits : “Il est mort dans mes bras, leur dit-il. Tenez, son @ ec
dernier regard me poursuit encore : son œil mourant, que je n'oublierai jamais, me disait:—Je me meurs, je me meurs Æ ne Mais sauvez-moi donc, mon Père! Faites donc au moins ! queique chose pour moi!—Oh! que je comprends bien Jésus pleurant sur son suni, et le ressuscitant, ajouta-t-il. Mais nous, que pouvons-nous devant la mort? Puis, pour ramener la
conversation à des idées plus sereines :—— Ah ! que notre bonne mère Eve nous en a préparé des misères avec sa curiosité et À Sa
sa pomme fameuse ! ! Il Il était de bonne composition, et la loi de la dîme ne fut su
jamais onéreuse pour les nécessiteux de sa paroisse. Nouvent.
ce qu'il recevait d'une main, il le donnait de l'autre. à À Une année qu'il faisait sa visite ordinaire du jour de l'an, n'e
une dame lui mit dans sa “carriole” * une magnifique c'e
piroure.
1=La Fameuse est une pomme renommée des coteaux de Montréal.
2— Voiture d'hiver fine, en Acadie.
3—Une oie, L'oison de la piroune est un piron. ni
esque à l'évul érités autant » s’est Jamais ue de voisins d'accord à là de paix pronnbles et les ants : méme
renir triste et tel est mort, stions qui lui
paroissiens Îles ération de ses ps ourant, que je je me meurs.
Tenez, son
Jne au moins 1ds bien Jésus il, Mais nous, ar ramener la e notre bonne sa curiosité et
la dîme ne fut 1SSe.
it
de
1 jour de l'an, ne magnifique |
Montréal.
Souvent.
l’autre.
— C'est pour vous que je l'ai fait engraisser, lui dit-elle. Je veux qu’elle soit servie sur votre table.
À quelque distance de là, il s'arrêta à la maison d’un paroissien assez pauvre, qu'une longue maladie tenait cloué sur son lit. Les enfants à son arrivée s’éclipsèrent de tous côtés, comme une nichée d'oiseaux affolés.
—Mais pourquoi ont-ils peur de moi vos enfants ?
—Îs n'ont pas peur de vous, mon Père, mais ils sont mal gréés, ! lui répartit la mère, qui avait eu le temps elle-même de mettre un fichu et de faire un brin de toilette.
—Ont-ils au moins de quoi manvwer /
— Ah ! oui, mon Père.
—Je gage que vous ne leur avez pas fait de fricot, ni à ln Noël, ni au jour de l’an ?
— Pour ça, non; je n'en ai même pas à donner à mon houme, * qui pourtant en aurait bien besoin.
— Prenez ceci, lui dit-il, en revenant de sa voiture, ne le dites à personne.
C'était la piroune de tout à l'heure, qu'il laissait à ces pauvres gens, avec autant de joie qu'en eut saint Martin, en une occasjon pareille, à diviser en deux son manteau. Ce trait dépeint le bon P. Lefebvre.
Aussi était-il profondément aimé de toute ln paroisse. Sa parole faisait foi et loi. Le P. Lefebvre l’a dit, cela suffisait. [ n'est jamais arrivé qu'aucun de ses paroissiens soit revenu sur une décision rendue par lui.
À un reporter qui lui demandait si le P. Lefebvre était aimé à Memramcook, un paroissien, indigné, répondit un jour. “ Vous n'entendrez point parler mal de notre prêtre * par ici. Si c'est cela que vous cherchez, vous ferez mieux d'aller ailleurs, ” et, dessinant un geste significatif : Je vous conseille, ajouta-t-1l, d'y aller tout de suite. ” j
Mais
1—Mis, vêtus. Terme maritime qui se prononce grayé.
2—Homme.
3—Prêtre est synonyme de curé,en Acadie,
Recteur a la même signification, en Bretagne.
Jusqu'à ses serviteurs et engagés qui, une fois entrés à son
service, n'en voulaient plus sortir. D'aucuns poussèrent leur attachement jusqu'à l'héroïsme, témoin Bob.
Bob était un beau nègre de Saint-Domingue, intelligent ct bien musclé, qui était venu s'échouer, avec un voilier, dans les eaux de Memramcook. Le P. Lefebvre le recueillit. Ce trait parut au fils de Cham, peu habitué à des procédés pareils, le fait d’une belle âme, et il se mit à aimer éperdument son bienfaiteur. Un jour, un Pere le trouva à la station du chemin de fer Intercolonial, en frais d’assommer un paysan.
— Pourquoi fais-tu cela, Bob ? lui dit-il, en lui arrachant des mains sa victime.
— C'est lui moquer P, Lefeure ; moi le punir.
Le paroissien, grand ami de la vigne, s'était, en effet, permis certaines réflexions peu séantes à l'adresse de son curé qui, le dimanche précédent, avait tonné contre l'ivrognerie : et le sang de linflammable moricaud n'avait fait qu'un tour en entendant les remarques de l'ivrogne.
On ne badine pas avec l'amour.
Le P. Lefebvre était en toute occasion très aumônier. Il ne calculait pas, mais donnait de la part de son cœur. Comme Pasteur! il croyait qu'en fait de bien à répandre, le devoir ne cesse que là où le pouvoir manque. Mais c'était surtout quand il s'agissait de ses écoliers que sa charité ne connaissait plus de bornes. L'économe du collège n'atfirme qu'il n'a jamais exigé d'un seul Acadien le tarif complet de la pension et de l’enseignement, qui pourtant n'était guere élevé. Pour les étrangers, même pour les riches, il trouvait moyen de placer des réductions de prix. C'était un besoin de son cœur de rendre service, [la laissé monter des arrérages Jusqu'à cinq et six cents dollars, sans congédier les élèves. Il était incapable d'en renvoyer un seul pour des causes d'argent. “ Cela, ajoutait le digne économe, est plus admirable qu'imitable. ”
Les traits de sa charité abondent, Profitant de son absence, le conseil de sa maison avait décidé de ne plus admettre un jeune Anglais, né d’un père protestant et d’une mère catholique, qui négligeait tout à fait de se mettre en règle avec la
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caisse, Le P. Lefebvre arriva sur la fin de la séance, et vit cet arrêté dans le cahier des minutes.
— Vous n'allez pas rénvoyer ce brave enfant? dit-il à ses Peres,
— Mais il n'a pas payé un seul dollar depuis cinq ans qu'il est 1Ci.
— Soit, mais nous devons quelque chose à saint Joseph, notre protecteur.
- Saint Joseph, repartit l'économe, en à bien assez de solder les arrérages de vos douze apôtres. \
— Tenez, dit le P, Lefebvre de sa voix la plus enveloppante, quelque chose im'assure que ce jeune homme fera un prêtre. Nil devient jamais curé, vous savez que nous avons quelque chance qu'il nous rembourse,
Et l'arrêté fut rescindé au milieu des sourires malicieux qu'avait provoqués ce dernier trait.
Chez lui la charité prenait toutes les formes de la courtoisie. [ y en à qui donnent un morceau de pain comme d'autres un soufHet. Les nécessiteux l’avalent en s'essuyvant le front. Le P. Lefebvre donnait avec les grâces de la charité. Par exemple, il ny à pas d'hôtel public dans un rayon de trois milles du collège, Les parents et les étrangers en visite se trouvent dans l'obligation de s'asseoir à la table des Pères. L'hospitalité ainsi pratiquée leur parait une affaire de nécessité. On voit bien la main qui donne, mais le cœur qui a tout préparé se dérobe, Ce procédé, tout comme l'autre, est certainement plus admirable que protitable aux tinances du collège.
Un jour, il arrive chez lui une pauvre femme, mal vêtue et tenant par li main un petit garçon couvert de haillons. Elle eXpose sa misere au P. Lefebvre, et Tai dit qu'elle ne peut ouver nulle part à s'engager ayant cet enfant avec elle. T] ctuit déjà surchargé de protégés. Tout à coup, comme frappé d'une inspiration, il s'écrie : “C'est aujourd'hui la Saint-Joseph !
le ne puis refuser l'hospitalité à cet exilé en Egypte.” Alors,
Une année,le P, Lefebvre avait pris douze enfants à sa charge. On Îles appela les douze apôtres, Jamais choix apostolique ne fut plus malheureux,
prenant l'enfant par la main, il le mène au couvent et dit aux Sœurs: “Voici un enfant que saint Joseph vous envoie. Habillez-le convenablement. Je me charge de son éducation.”
Une autre fois il se rend au couvent tout désolé, Cela se voyait qu'il avait pleuré.
Sœur Léonie, dit-il avec embarrus, j'ai un grand service à vous demander, bien difficile et tout à fait en dehors de vos fonctions.
Il lui expliqua que dans une fanille de sa paroisse, dont tous les enfants avaient été atteints des fièvres, le père et la mère venaient d'en être frappés à leur tour, et qu'il était absolument nécessaire «le leur porter du linge, et de nettoyer et désinfecter la maison. Une heure après, il partait en voiture, le visage rayonnant, en compagnie de trois religieuses.
— Où allez-vous done, Père supérieur ? lui demanda un de ses professeurs, frappé du changement subit de sa physionoinie.
— Au sucre, cria-t-1l.
Le professeur le crut ainsi qu'il le disait. On était alors au printemps.
Ce qui légitimait ce quiproquo du sucre, devenu synonyme d’une visite aux malades, c'est cet incident qui avait fait rire aux larmes le bon curé de Memramcook, quand on le lui raconta.
Un petit malade qu'il avait plusieurs fois visité, et auquel il avait fait faire sa première communion, disait dans la candeur de sa reconnaissance : “IT n'y à pas de sucre aussi bon que celui du P. Lefebvre.”
L'avant-veille de sa mort, il rencontre monsieur X. qui lui trouve l'air tout joyeux.
— Que vous est-il done arrivé d'heureux, Père supérieur’ lui demanda-t-il.
— Deux familles pauvres sont venues me voir. Les temps sont durs. J'avais justement une couple de barils de farine.
Et il s'éloigna le visage radieux.
La force chez lui sortait de la douceur. C’est par le ccur qu'il régnait. [Il avait l'âme d'un chevalier antique et la sensibilité d’une femine.
l'ap l Shé n'all
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était alors au nu synonyme avait fait rire and on le lui sité, et auquel t dans la canucre aussi bon ieur X. qui lui
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“r. Les temps ils de farine.
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Il avait aussi, ce qui vaut mieux que l'esprit, les grâces de l'esprit :
‘la grâce plus belle encore que la beauté.” !
La grâce est une culture dont le germe est dans l'âme. Né avec un esprit moqueur et, au besoin, caustique, toutes les pointes de cet esprit s'étaient adoucies au frottement de son âme. Au lieu de briller, comme cela lui eût été facile, il se contentait d'être aimable, répandant, en conversation surtout, juste assez de chaleur et de rayons pour plaire, sans jamais brûler ni éblouir.
On a dit de sir John Macdonald qu'il savait se faire des amis, même en refusant des requêtes. Le P. Lefebvre ne savait pas refuser: mais quand il le fallait absolument, il trouvait des réponses comme celle qu'il fit un jour à un Père qui lui demandait une soutane neuve, alléguant des motifs de charité :
— Prenons garde, mon cher Père, lui dit-il, charité désordonnée commence par soi-même.
La caisse de la communauté était vide, ce jour-là, sans aucun moyen visible de la reconstituer.
Ce qu'il imposait quelquefois aux autres, il le pratiquait volontiers lui-même. Il reçoit un jour — l’année qui suivit son arrivée à Memrameook — une dépêche de Mgr Sweeney l'appelant à Saint-Jean. Comme il allait prendre le train, à Shédiac, un ami lui fit observer que les prêtres du diocèse nullaient pas à Saint-Jean en soutane.
— Comment ferai-je alors ? dit-il à son ami; je n'ai pas de pantalon convenable : celui que je porte est à deux étages ?, etil n'y à pas dans cette partie du pays de magasin de confections ?
Il accepta avec une gaieté bruyante “l'indispensable” que lui prêta son ami. Celui-ci en me racontant la chose me prix de n’en point parler “dans mon livre”, pour ne pas jeter de
I La Fontaine.
2--Fait de drap fin par le bas et d'étofte ‘du pays” par le haut,
ridicule sur le P, Lefebvre. Le sublime touche, en effet, au ridicule, et quelquefois à la folie. Mais de grossiers détails peuvent aussi ouvrir un jour sur les âmes. Platon voyait l'orgueil de Diogène à travers les trous de son manteau. Dieu voit, sans doute, la charité de ses saints dans leur dénûment volontaire. “Ma soutune rapiécée, disait le curé breton de Louis Veuillot, paraîtra au grand jour du jugement dernier comme une pourpre brillante ; ma pauvre étole usée lancera d'éternels rayons.”
J'ai parlé de l'esprit du P. Lefebvre, Ce passage d'une lettre qu'il écrivait à Saint-Laurent, durant les grands froids de 1872, pourrait en faire saisir la teinte: ‘Cent sept élèves grouillent dans notre salle de récréation. C'est une grande économie de bois.”
[Il aimait venir à la récréation voir ses enfants s'amuser et quelquefois prendre lui-même part à leurs jeux, surtout dans les commencements du collège. Ces rapports n'engendraient pas la familiarité chez les enfants, parce qu'il savait toujours rester digne, Un regard, un sourire, une parole de lui Îles électrisait. En me rappelant ces choses, je comprends la fascination exercée par Napoléon sur ses soldats.
Une fois qu'il jouait aux dames avec un polisson d'écolier
celui-ci lui dit sans réflexion : “Mais je crois que vous trichez,
mon Pere /?
Le P. Lefebvre sourit.
— Non, mon ami, je ne triche pas. ne faut jamais tricher. inème pour s'amuser, Je connais mieux que toi la partie. voilà tout.
L'enfant, voyant quil avait manqué de respect. en eut une douleur extrême. Le supérieur le consola doucement,
C’est ce même enfant qui répondit, un jour qu'on deman- À
dait ce qu'étaient les Récollets :
* Des missionnaires, dit-il, auxquels les sauvages du Canada coupaient le cou, et que l’on envoyait ensuite en Acadie, après les avoir recollés.”
Que si cet amour du jeu chez le P. Lefebvre scandalise le lecteur, qu'il se rappelle que saint Ignace de Loyola, l’austere