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semble pourtant qu'il y à à un thème d'une grandeur infinie dans sa naïveté même : une vicrge enseignant Dieu ! Et pourquoi : as, si Dieu est son fils ?
Le P.
jours de sa vie étaient celui de sa première communion et celui où il fut consacré prêtre. Quand il en parlait, on sentait, au léger tremblement de sa voix, à voir ses paupières battre,
Lefebvre répétait souvent que les deux plus beaux
comme side douces larmes étaient prêtes à s'échapper, que les premieres émotions revenaient toutes. C'était pour le préparer à ce grand jour de x première communion, à ce grand bonheur, que sa mère lui avait appris à lire.
On me contredira peut-être, mais je n'en ai pas moins la conviction que cest à cause de leur première communion qu'une grande proportion de nos paysans canadiens appren- L'école n'est pas naturellement populaire chez nous, où ies ambitions sont peu élevées, où les carrières se suivent et se Français d'Amérique ont, sous le rapport de la routine, plus d'un trait de ressemblance.
L'école trouverait peu su raison d'être dans bien des cam-
“ent à lire.
ressemblent. Les anciens Kgvptiens et les
paunes canadiennes, sans le catéchisme qu'il faut apprendre C’est à Saint-Jacques-le- Mineur, dont l’église, en droiture, n’est éloignée que d'une lieue
pour faire sa première communion.
énviron de la maison de Louis Lefebvre, que Camille fit la Sienne, Na mere venait d'être frappée de paralysie, et son pére. brisé avant l'âge par le surmenage de la vie des bois et Pexces du travail, était devenu à peu près impotent. L'enfant fut placé à Saint-Jacques-le-Mineur, chez sa marraine, Marie- Louise Bouthillier, épouse de # Fanfan” Moquin, pieuse et Charitable personne, qui l’'entoura de soins et de la plus tendre affection.
Avec quel recueillement, avec quel amour, n'a-til pas dû
à 1—Un nommé Kowalsky a fait un tableau de ce genre, La sainte Vierge v est représentée toute jeune.
recevoir, pour la première fois, son Dieu, lui qui, cinquante ans plus tard, ne parlait de cet événement que les yeux remplis de larmes! Son cœur d'enfant fut ce jour-là blessé d'un trait dont il ne sut, dont il ne voulut plus guérir: sancins amorce!
Nous le verrons, dans la suite de son humble et laborieus existence, en butte aux contradictions auxquelles l'homme, ne de la femme, est assujéti. Mais partout, mais toujours. 1 se consolera des désillusions de la vie et des déceptions humaines, en s'épanchant avec amour aux pieds de Celui qu réside dans nos tabernacles ; 11 Y recourra dans toutes les tribu: lations qui déchireront son âme, et y puisera chaque fois plus de forces que n'en tronva, chez les anciens, Antée au contact de la Terre : il s'y jettera encore, et avec quelle ferveur ! lors. qu'il verra la protection d'en haut couvrir manifestement so œuvre.
Camille montra de bonne heure de wrandes dispositions à s'instruire. À Saint-Jacques, il fut mis à l'école, un an d'abor( chez une dame Lovsel, puis une couple d'années chez le pèr Laperle, mogister d’une grande réputation, dont 11 devint bientôt l'écolier favort.
Toutes choses ont 1ci-bas leurs limites, mème le savoir d dame Loysel, même les connaissances du père Laperle. Celui ci avoua à tante “ Fanfan” que les livres ne pouvaient plu rien apprendre à son Camille ; que lui-même, le maître d’écol le plus en renom à dix lieues à la ronde, lui avait livré tou les arcanes de son érudition, ne pouvait plus rien lui ensei uner, était au bout de son latin, qu'au reste il n'avait jamni étudié, attendu que les Frères, chez lesquels 11 s'était édn qué” ne le montraient pas. À part la lecture et l'écriture, qu le père Laperle appelait toujours la calligrevhie, son élev connaissait à fond son arithmétique, c'est-à-dire les quatr régles fondamentales, la géographie “universelle ”, l'orthi graphe et les rudiments de la grammaire. C'était, pour |
brave magister, le de omanai re scibili de Pic de la Mirandol: les colonnes d'Hercule de tout ce qui pouvait s'apprendre dun une école de campagne.
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Miinramcook, il S'ouvrit, vers ce temps-là, sous les auspices de l'abbé Proulx, à Saint-Philippe même, tout près de l'église, dans le bâtiment qui sert encore aujourd'hui d'académie, une ecole extraordinuire. Des laïques: Donohue, un Irlandais : Fournad, un Français! George Singer, un Allemand, ÿ enseiunerent successivement le latin.
Louis Lefebvre résolut d'y envoyer Camille.
C'est sur ces entrefaites que le vieux coureur-des-bois mourut, agé de 7S ans.
La mort de son père fut pour Camille la premiere grande douleur de sa vie. Jusque-à.il avait vécu dans l'insouciance du jeune âge, partageant son temps entre l’école, les jenx, et le culte de ses vieux parents, qu'il aimait d'une tendresse infinie, Son pere, dont il ne se rassasiait pas de se faire raconter les expéditions lointaines et la vie aventureuse de trappeur, lui semblait le plus illustre héros qui eût jamais pénétré dans les profondeurs du grand Ouest. Et voici qu'il lui était enlevé.
Ses yeux souvrirent à la vie, conne ceux d'un aveugle que la vision de la nature frapperait pour la première fois. 1]
regarda autour de lui, et se trouva seul au monde, avec une
mere adorée dont il devenait l'unique soutien. Il regarda devant Jui et aperçut la mort, la mort hideuse qui guettait sa mere, qui le guettait lui-même, qui guette tous les hommes. Puisque son père, le vainqueur dans mille aventures héroiques, y avait succombé, qui était capable d'échapper à ses coups / Il eut peur et se jeta, comme lorsqu'il était petit enfant, dans les bras de sa mère. [la trouva calme et contante en Dieu. Dans ce corps frêle et brisé par la maladie, il vit une âne sereine et résignée, pour laquelle la mort n'avait pas de terreurs. Ce spectacle fit sur son âme une impression profonde.
Il sortit de l'épreuve le cœur brisé, mais l'âme fortifiée, Camille Lefebvre n'était plus un enfant: c'était désormais un jeune homme, transformé par la douleur, et entrant dans la vie comme un athlète dans la lice.
I reprit le chemin de l’école de George Singer.
Ce n'était pas pour l’écolier une affaire de pur agrément.
| 16 LE P, LEFEBVRE ET L'ACADIE | Quatre milles à l’aller, quatre milles pour le retour. La tâche Il fit {| journalière était rude, surtout quand le chemin était mauvais puis, si | et le temps inclément. Mais le jeune homme avait quinze ans: tale b il avait vu mourir son père, et tous les soirs sa mère paralr- ta sée l’attendait pour l'embrasser. Manbs La route qui conduit au village de Saint-Philippe est momie (ill et déserte, et rien n'interrompt le recueillement de celui qui après J la parcourt, rien ne le distrait de ses pensées. Le jeune Camille soin devenait de plus en plus rêveur. Les longues méditations Sing de la marche, matin et soir, favorisaient son recueillement <chlagr intérieur : il s'isoluit de ses compagnons et aimait à rester en élasse 2 tête-àa-tôte avec son âme. Quoi q Il entendait des voix au fond de son cœur. termin: Tout homme providentiel porte au dedans de lui-même, où hr ion rencontre sur sa route, un buisson ardent d’où sortent des 2 l'avait: voix. À Moïse, qui délivra de la captivité d'Egypte le peuple son anr hébreu, la voix disait : “Je parlerai par ta bouche et t'en- donna seignerai ce qu'il faudra dire.” A Camille Lefebvre, qui avec le sauva Je nationalité acadienne, elle murmurait tout bas: retour. “ Instruis-toi, tu seras prêtre.” est vrai Devant cette voix, qui était en même temps une vision quatre mystérieuse, l'enfant se dressait tout illuminé. L'image d'un On s lévite vêtu de blanc et d'or et montant à l'autel, fascinait son les é œil ébloui. soit dex Tous les matins, pendant deux ans, il alla régulièrement au orateur. “ petit collège” de Saint-Philippe, c'est ainsi que l’on appe- directet lait l'école du professeur allemand, se faire enscioner les apparer rudiments de la langue latine. 4% été con:
Soit que la latinité de Herr Singer fût à son tour épuisée Pour ou, ce qui est plus vraisemblable, que le courageux enfant ne" cience q voulût plus être à charge à sa mère et aux siens, il abandonni que con l’école pour se faire lui-même instituteur. Ilavait alors dix- tout cor sept ans et entrait résolument, à son propre compte, dans la que les
vie. À partir de cet âge jusqu'à son dernier jour, jusqu'à sa grand € dernière heure, il pourra, avec saint Paul, dire à ses amis “Ces mains m'ont fourni à moi et à ceux qui étaient avec
‘ ° Lit , . , l—Ler moi tout ce qui nous à été nécessaire. ment, le»
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[fit d'abord l'école dans le “ rang ”! de Saint-Claude, un an ; puis, SX MOIS, dans le ring” de Saint-Marc, dans sa paroisse natale même.
L'enseignement dans une école de concession mène lentement à la fortune. Avec beaucoup d'économie, cependant, Camille Lefebvre y amassa un petit pécule, ce qui lui permit, après ces dix-huit mois écoulés, d'aller étudier, près d'un an, à Saint-Cyprien, à trois lieues de Saint-Philippe.
Singer avait-il porté à Saint-Cyprien ses pénates et ses schlagues / Quelque ecclésiastique v avait-il ouvert une classe ? C'est ce qu'il m'a été impossible de déterminer. Quoi qu'il en soit, on y enseignait le latin ; et le jeune homme Il dut à la bienveillance de Fabbé Morin, curé de Saint-Cyprien, qui l'avait remarqué et pris en grande affection, de pouvoir finir son année avec la somme de ses économies.
termina là, tant bien que mal, ses études classiques.
Le Lon curé lui donna pendant quatre mois l'hospitalité de son presbytère, avec le gite et le couvert, le jeune latiniste S'engageant, en est vraisemblable que l'abbé Morin se fit lui-même, durant ces quatre mois, son précepteur particulier.
retour, à faire le catéchisme aux enfants de la paroisse.
On s'étonnera peut-être qu'avec si peu d'études préparatoires,
-les éléments du français et trois ans de latin, — un homme soit devenu, comme nous le verrons bientôt, un des premiers orateurs de son pays, en même temps que le fondateur et le directeur d'une grande maison d'éducation : que sur des bases apparemment si insuffisantes, un édifice aussi considérable ait eté construit avec la dernière solidité.
Pour tous ceux qui sont convaincus en leur âne et conscience qu'en dehors du collège classique, ou petit séminaire tel que constitué dans ce pays, toute éducation est incomplète, tout cours d'études défectueux, sinon mauvais, il va sans dire que les études du jeune Lefebvre ne pouvaient le conduire à grand chose, le préparaient, tout au plus, à faire un mauvais
| 1—Le ‘‘rang” est ce que nous appelons en Acadie la concession; et, plus récem- M rient,le ridge.
RS
sujet. S'il faut, comme il y a deux cents ans, comme 1} y à cent ans, une année d'éléments latins, une année de méthode, un année de versification exclusivement latine, deux années d'humanités, belles lettres et rhétorique, et deux années «de philosophie scolastique, le tout enseigné selon les méthodes stéréotypées, où le texte du livre, le plus souvent appris pur n cœur, tient lieu de tout: s'il faut tout cela, et rien que cela,
pour préparer aux luttes et aux charges de la vie Phomme qui se destine au service de l'Église ou aux professions libérales, il est clair que Camille Lefebvre n'avait devant Ini aucun avenir utile.
Il ne savait pas faire de vers latins: il n'avait jamais récite par cœur le moindre traité scientifique, ni, mot à mot, son histoire, sa géographie et sa philosophie, IT savait Juste assez pour désirer s'instruire, et n'avait pas encore pris ses auteurs en dégoût.
Sa mémoire était naturellement heureuse : mais il avait négligé d'en faire la qualité maitresse de son intelligence. Les qualités qu'il avait de préférence exercées étaient l'esprit de
recherche, qui se rend compte des choses par lui-même : les prit d'observation et de comparaison, sans lequel le jugement ne peut se former, et la raison, “ la seule chose qui nous ren hommes et nous distingue des bêtes” (Descartes). Il ne s'estimait pas sottement supérieur aux autres hommes parce quil traduisait du latin en mauvais français: il parlait pour dire la vérité, et lisait quelquefois dans le beau livre de la natur mis sous ses veux par le Créateur. [
Les solides, les maîtresses facultés de son être, se trouvaient mises en éveil sans effort, et équilibraient, sans la neutraliser son imagination, qui n'avait pas été montée à ses dernieres puissances. Non application n'avait pas été fatignée à des choses dépourvues de substance et d'utilité. A l'encontre des forts en thème, il ne croyait pas savoir le latin, parce qu'il déchiffrait son De viris, ni sa littérature, parce qu'il traduisait mot à mot Virgile et connaissait par ordre chronologique les noins de tous ceux qui ont écrit les chefs-d'œuvre de la langue française, jusqu'à La Harpe. Nurtont personne ne lui avait
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assuré, avec toute l'autorité du ipse dixit inagister, qu'il avait positivement parcouru le cycle des connaissances humaines, et que tout ce qui s'enseignait en dehors du collège de George Singer, où d'une maniere différente, était dangereux pour les meurs et ne valait pas la peine de s'apprendre.
Bref, quoique le plus instruit, probablement, de tous les jeunes gens de son village, il était demeuré humble, avant l'intuition, lui dont le jagement personnel s'était souvent exercé à trouver la vérité en dehors du livre et du maitre, qu'il ne savait pas tout ce qu'il devait ou pouvait savoir.
Un homme de vingt ans qui entre dans la vie avee ces habitudes d'esprit et cette idée de lui-même, n'eût-il qu'un bien léger bagage de connaissances, en saura plus long, à l'âge de quarante ans, que le prodige le plus merveilleux en mémoire mécanique, que le fort en thème le plus bruyamment acelamé, ‘que l'écolier le plus satisfait de lui-même, qui se puisse engendrer sur les bancs du collège, Si, ajouté à cela, il rencontre sur sa route un homme sympathique, capable de le comprendre et de le diriger, où tombe sur un ouvrage qui lui découvre les horizons qui lui conviennent, sa vocation vraie se dessinera devant ses yeux comme ces sentiers lointains que l'ail exercé du voyageur découvre au haut d'une montagne, et qu'il devra parcourir pour arriver à sa destination.
Le conseiller, Camille lavait trouvé dans l'abbé Morin: il trouva le livre dans la bibliothèque du village, qu'il dévorait. Cette bibliothèque n'était guère formidable à parcourir : quelques romans moraux, le Télénaque de Fénelon, les Contes de Perrault, une histoire de France, l'Zinsitation de Jésus-Christ. Ces livres furent à peu pres ses seuls professeurs de littérature française. [ls lui suffisaient. C'est Démosthene, n'est-ce pas. qui lut et copia jusqu'à huit fois Thucydide, et qui apprit dans cet auteur à parler le grec comme personne avant lui ne l'avait jamais parlé. C'est en se familiarisant avec ce petit nombre d'auteurs que le P. Lefebvre puisa ce vocabulaire inépuisable, étonnant, trouva cette phrase toujours pleine et toujours variée qui curessait l'oreille comme une musique ; sut toujours, à la suite du sujet bien en relief, mettre le verbe
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