‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme]Chapitre 64 sur 77 · LS PERS TS · texte numérisé non relu

LS PERS TS

Monument commémoratif.

d'Assemblée du Nouveau-Brunswick et un à celle de l'île du Prince-Edouard ; un député à la chambre des Communes d'Ottawa, un sénateur, * et un juge de la Cour Suprême du Nouveau-Brunswick.

1—Le Conseil législatif a été aboli au Nouveau-Brunswick, il y a quelques années, et il est devenu électif à l’île du Prince-Edouarud.

2—M. Stanislas Poirier, député aux Communes, et M. Joseph O. Arsenault, sénateur, Acadiens l’un et l’autre, viennent de mourir.

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Ils ont de plus des avocats, des médecins, des notaires, des commerçants et des industriels, des maîtres et des maîtresses en nombre suffisant pour leurs écoles, au Nouveau-Brunswick eb à l'île du Prince-Edouard, des religieuses— en petit nombre — dans les couvents de la Charité, et des prêtres & français! dans la plupart de leurs paroisses.

TE Le fait suivant montre quel chemin ils ont fait dans la considération de leurs frères protestants, et comine le fantôme de l'intolérance se dissipe vite avec 4e bons procédés.

est à peu pres du Nouveun:

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Il y a quelques années, les procès-verbaux de la chambre d'Assemblée du Nouveau-Brunswick eurent à enregistrer les minutes d’une séance tout en français. M. Olivier J. LeBlanc, ministre acadien dans le cabinet, fit dans sa langue maternelle une proposition qu'appuyèrent, dans la même langue, tous ses compatriotes et ceux, parmi la députation anglaise, qui avaient lu le Télémaque dans l'original; et M. White, l'orateur, mit la proposition au: voix dans un français très tolérable, au milieu des acclamations de toute la Chambre.

Les os des aïeux en tressaillirent dans leurs tombes.

Heureux les peuples qui n’ont pas d'histoire! On s’est beaucoup occupé de celle des Acadiens, depuis cent ans. Leur premier historien français, depuis la dispersion, tant par ordre de date que pour l'importance des services rendus, est M. Rameau de Saint-Père. Il vint en Amérique, comme on va aujourd'hui en Asie, chercher les champs où fut Troie. Dans ses fouilles il découvrit l’Acadie et les Acadiens, ceux qui sont vivants aussi bien que ceux qui sont morts. Son premier livre, La France aux colonies, paru en 1859, nous révéla à la France et au Canada. Il nous apprit aussi à nous-mêmes notre histoire. Personne ne connaissait l’Acadie, avant 1859. Dans un deuxième ouvrage, Une colonie féodule en Ainérique, il a repris le même thème, retraçant de main de maître toute notre histoire, jusqu'à la dispersion de 1755, et au delà.

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Ensuite est venu M. l'abbé Casgrain qui, outre plusieurs études très documentées sur l'expulsion de 1755, a publié successivement un Pèlerinage au pays d'Evangéline, livre couronné par l'Académie française, Une Seconde Acadie, qui est surtout la relation d'une seconde dislocation des malheureux Acadiens, de ceux qui avaient pris refuge à l'île Saint-Jean, aujourd'hui l'île du Prince-Edouard, et dont le sort fut aussi tragique que celui des habitants de Grand-Pré, et, tout récemment, les Sulpiciens et les Pères des Missions-Etrungères en Acudie, peut-être le plus soigné des trois ouvrages.

Cette trilogie historique place l'abbé Casgrain de plein pied à côté de Garneau, de Sulte et de Ferland.

Il était devenu de mode chez certains écrivains des plus considérables, Parkman en tête, de justifier la déportation de 1755 par tous les moyens, surtout en s'appuyant sur le témoignage de traîtres et de renégats, et en mettant à profit la compilation partiale et tronquée des Archives de la Nouvelle- Ecosse par Thomas B. Aïkins, sinistre tigure dans la galerie des dilapidateurs de l'Acadie.

M. Edouard Richard a supprimé la légende des gouverneurs de la Nouvelle-Ecosse vertueux. Armé de rayons X, il a scruté leurs cœurs et leurs reins, il a compté les trente pièces d'argent que leur ont rapportées le sang et les larmes d’un peuple injustement mis à mort; ila fait voir sous la fauve clarté des documents retrouvés, des perfides, des voleurs et des bocrreaux, dans Philipps, Armstrong, Lawrence et Boscawen, et chez les Acadiens, des victimes. Son livre, Acadia, ' est sombre comme Eschyle et vengeur comme Némésis.

Avec Brown et Haliburton les Anglais avaient pris les devants (Raynal, 1780, se classe plutôt parmi les poètes que

parini les historiens) même sur M. Rameau, le premier en col-

lectionnant les documents officiels, partiellement détruits,

depuis, par Aïkins et Cie, se rapportant aux événements qui

1— Ecrit en français et traduit en un anglais digne de Parkman, par le KR. P.

Drummond, de la Société de Jésus.

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amenèrent le grand dérangement !, et le second en publiant, en 1829, une histoire de l'Acadie, remarquable pur sa composition et son impartialité,

M. Hannay est venu, après un long intervalle, en 1879, avec une nouvelle histoire de l’Acadie, honnête, eonsciencieuse et bien écrite, mais entachée d'erreurs fondamentales de faits et de critique. S'il avait à refaire le même ouvrage, maintenant qu'il connait le manuscrit de Brown, et que les écrits de Mgr O'Brien, de l'abbé Casgrain et de M. Richard ont paru, nous croyons qu'il porterait sur les hommes et Îles événements de 1755 un jugement différent du premier.

Mentionnons encore Beamish Murdock (1865), l’auteur d’un livre documenté qui tient le milieu entre une très consciencieuse compilation et une synthèse historique proprement lite; une AHistoire de la Nouvelle - Ecosse par Campbell (1873) et Un Chapitre perdu de l'histoire de l'Amérique, par Smith (1884), le prédécesseur de Richard : une Histoire de Port-Royal, etc, par Caluck; une monographie, Wolfe et Montcalm, par Parkman.

Un grand nombre d'autres écrivains se sont exercés, au sujet de l’Acadie, et dans le roman et dans la poésie. Jacques et Marie de Bourassa est peut-être le roman le mieux réussi d'entre tous ceux qu'a produits la littérature canadienne. Une Américaine, Madame Williuns, est l’auteur d'un ouvrage de fiction, les Français, neutres, qui mérite aussi d'être mentionné.

Mais il y a la gracieuse idylle de Longfellow, pétrie de rayons et de larmes, l'£vangéline, qui toute seule tient lieu d'histoire et d’épopée. Ce chef-d'œuvre de la poésie en Amérique à fait entendre, chez tous les peuples où les beaux vers sont lus, les sanglots de l’Acadie agonisante, C’est une lumière placée bien haut dans le firmament, dont les rayons doux et pénétrants écluirent un drame qui marque d'infamie ses auteurs.

Hélas! c’est dans l’histoire et dans la poésie que sont les seuls trésors que le monde nous envie.

Nos biens nous ont

1—Le manuscrit de son histoire inachevée fut découvert dans la boutique d’un épicier, en 1852, avec les pièces officielles qui ont permis à M. Richard de reconstituer la chaîne des événements qui aboutit au drame de 1765.

été enlevés pour ne plus nous être rendus ; l'héritage matériel des confesseurs de lu Foi ne fera jamais retour à leurs descendants. Nous avons vécu de résignation durant cent cinquante ans, et ce n'est que depuis l'arrivée du P. Lefebvre et de ses compagnons de Sainte - Croix dans notre Acadie que nous nous reprenons à espérer.

Que béni soit celui qui a mis dans nos cœurs ce germe d'espérance dont toute une race peut renaître !

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