‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme]Chapitre 8 sur 77 · NOUS · texte numérisé non relu

NOUS

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sauf la température, n'est que le reflet du passé. d'antan ne s'y retrouvent plus.

Les joies Les soirées d'hiver, en 1850, avaient conservé, à Naint- Philippe de Laprairie, tout l’entrain des plus belles époques de la colonie canadienne. C'était par excellence le temps des réunions et des amusements, Pendant que les jeunes gens Sebattaient aux jeux populaires et naïfs importés de Norimandie, les anciens, groupés dans une des extrémités de la maison, où, le plus souvené, rangés autour de la “inaçonne,” où flambait un grand feu clair, se racontaient les légendes du passé, les guerres avec l'Angleterre, les prouesses des coureursdes-bois, et quelquefois les histoires terrifiantes des sorciers et des loups-garous.

Louis Lefebvre y amenait son fils, qui savait lire, comme nous l'avons vu, dès l’âge de dix ans.

Bieutôt on s'aperçeut qu'il lisait remarquablement bien. (reneviève de fureur dans les cam- Ppagnes, Camille lisait aux vieillards et aux personnes mariées

Brabant faisait alors

les aventures étranges de cette femme que tous trouvaient

admirable, Les jeunes gens eux-mêmes abandonnaient le jeu des “gages,” le “clairon du roy,” “la chaise honteuse,” “ma

dame fait sa toilette,” ‘“chaînez la boulangere,” et, quelquefois, le cotillon, pour venir écouter les histoires merveilleuses que lisait le jeune enfant de sa voix vibrante et douce. * La réputation du “liseux” se répandit bientôt par toute la paroisse, Tout le monde voulait l'entendre. Atin de procéder avec ordre, on s'arrangea pour que les réunions eussent lieu à tour de rôle, tantôt dans une maison et tantôt dans unc autre; le programime en était arrêté d'avance et annoncé le ‘dimanche, à la porte de l'église.

ronde, s'y rendait en foule. Cela dura, avec plus où moins de révularité, jusqu'à la mort de Louis Lefebvre.

C’est encore Camille qui, pendant le mois de Marie, lisait l'office pour ceux que la distance empêchait de se rendre à

l'église,

La paroisse, d’une lieue à la

+ On parle encore aujourd'hui, à Saint-Philippe, des lectures “de Hubert. Toute la paroisse le connaissait sous le nom de

| Hubert. Pourquoi? Personne ne me la jamais su dire >!

|! M. Benjamin Sulte, pour qui les choses et les hommes histo lois

| riques du Canada n'ont pas de secrets, croit que ce nom lui petit

| fut donné à sa confirmation. Le bruit des grands travaux I v lointains du P. Lefebvre est arrivé jusqu'à Naint-Philippe les 0

la paroisse est fière de son enfant. Mais la renommée du | étie prédicateur n'a jamais fait ablier la vogue du lecteur. C'est bal surtout à ce dernier titre qu'on se souvient de lui et qu'il est les ri toujours aimé des vieillards. enten

Une légende, semblable à celle qui a longtemps couru sur EI Pie IX, s'est accréditée dans bien des endroits, chez nous, en catre Acadie, c'est que le P. Lefebvre entra dans les ordres à la suite d'une déception d'amour.

Dans le eus de ces deux hommes bien faits, au regard doux et dominateur, à l'esprit vif, aux manières naturellement distinguées, une légende de cette nature se Jance spontant. ment, et s'accrédite ensuite toute seule,

Cette histoire sentimentale est, toutefois, une fiction l'âcre

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Presque à mon regret j'en ai acquis l'assurance, à Saint. #de so Philippe même. Aucun amour de femme, sauf celui de si us mère, n'a disputé à Dieu le cœur de Camille Lefebvre, avant Dryadl son entrée en religion. Na jeunesse fut celle d’un jeun ‘borne homme exemplaire, prédestiné au service des autels. Je pui idans le écrire de lui ce qui a été dit du jeune mawchand d'Assise Æpinithé saint François, auquel Dieu et le pape Innocent IT avaient Hésioil remis la tâche humainement impossible de relever par la pau #Æemen

vreté l'Eglise s'écroulant sous les abus des richesses féodale branch

et épiscopales : “TT fut toujours courtois et chaste.” Camille Lefebvre et François d'Assise, tous deux dans | monde à l'âge vertigineux de vingt ans, distingués, choyés

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recherchés parmi tous les jeunes gens de leur entourage aimables et beaux, livrés aux séductions de la poésie, posstdant une éducation à peu près pareille, furent constamment l’un et l'autre “courtois et chastes.” Le biographe du stigma | tisé de l’Alverne ajoute : ‘* Personne n'entendit jamais de ln

une parole blessante où honteuse.” C’est encore l’histoire (l

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Sa passion, il en avait une, était la grande nature. Chaque lois qu'il le pouvait, il s'en allait, accompagné de Pitou, son petit chien, dans un bois voisin, rêver, ou peut-être prier. Il v passait de longues heures, surtout les dimanches, après les offices divins, quand le ciel était beau et que les arbres Là, son oreille S'ouvrait aux bruits des feuilles balancées par le vent, au gazouillis des oiseaux chantant dans les ramures, et Son cœur aux voix que les poètes et les saints enteodent dans la solitude.

Elles sont réelles, ces voix : ils sont véritables, ces colloques entre les ânes et les choses. Ecoutez plutôt le poète :

Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,

Je sens quelqu'un de grand qui m'écoute et qui m'aime! Fous les poètes sont des iunants de li nature. Depuis Theocrite, et bien avant lui, le monde les a vus troublés devant l'acre parfum de ses senteurs, épris de sa jeunesse éternelle et de son éternelle beauté. Les païens la divinisaient dans le ucus où bois sacré, dans le fleuve, dans l'arbre, père de la Drvade, dans le zéphir léger, dans le vent impétueux, dans la éborne marquant la Invite des propriétés, dans l'océan immense, ‘dans le soleil, dans les planètes. Pour eux, comme pour les panthéistes modernes, la nature faisait partie de la Divinité. Hésiode, pour être heureux, demandait “ l'ombre dans l’enfoncoment d'une roche ”: et le berger de Virgile, “un hêtre Lbranchu ” pour s'étendre sous son feuillage.

Pour les poètes chrétiens, la nature est, tantôt un temple mystérieux où Dieu réside :

Arbres, vous m'avez vu fuir l'homme et chercher Dieu,

Sécrie Victor Hugo avec un accent d'angoisse infinie ; tantôt cest un cyclorama où l'on voit se dérouler toutes les scènes A la passion du Sauveur des hommes :

Tout l'univers est plein du grand Crucifié ;

24 LE P, LEFEBVRE ET L'ACADIE || tantôt c'est un témoin semblable à ceux qu'invoque le pro atnant || phète : un de Cieux, écoutez ma voix, terre, prète l'oreille! PRE qu'elle Cam Mais nulle part elle n'est Dieu : elle n'est, comme nous-mêmes boètes, « que l'œnvre de ses mains. Un lan, Ce sont peut-être les prophètes et les saints qui ont le Linée. ; mieux compris la nature, qui l'ont aimée du plus naïf amour 4 ont qui ont su li mieux faire parler au diapason de sa voix x “ Herbes et plañtes qui germez dans la terre, sources tt M il fontaines, bénissez le Seigneur”, sécrinient les trois jeune 44}; Hébreux dans la fournaise ardente. Les mages antique comprenaient et annotaient le langage des oiseaux, et saint François d'Assise voyait dans le monde physique un poën divin “où le Créateur à écrit quelque chose de lui-même. Au dire de lun de ses biographes, ‘ un site gracieux, un végétation luxuriante, les jeux changeants de la lumière, L N 7;, " mouvement animé des sources et des eaux, il n'y avait pas d 4, 5 beauté dans la nature qu'il ne fit profession de comprendre Qu Li d'aimer... C'est le plus sérieusement du monde qu'il disait € ,n “Notre frère le feu : nos petits frères les agneaux : notre su @y soi l'eau : nos petites sœurs les alouettes.” leuuel il Saint Bernard ne déclare-t-il pas que “cest principalemen 4 int dans les champs et dans les bois qu'il apprit, par la conten pttenti plation et la prière, à comprendre les Ecritures, et qu'il n'en E nousq Jamais d'autres maîtres dans ses études que les hêtres et le Gus chênes de la forêt ?” Qu'il ch “Tout être qui contemple et étudie la nature, dit le car ais so dinal Gibbons dans Le Progrès humain, trouve un langas Picace ä aux arbres, des paroles aux ruisseaux rapides, et des ense qui, ns gnements aux pierres mêmes, pour Sélever de la nature @e 1 &, Dieu, qui en est l’auteur.” Olivicrs, I serait facile et très intéressant de multiplier iei ces cit parol | tations. Boxsuet, notre grand Bossuet, clora la liste de @e on o = 7 RS < D LE —

1—Shakespeare dit la même chose dans Comme il vous plaira, acte II, scène 2i—Laprad l , &

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