L. Del VAUX
Déjà en 1888, neuf Pères avaient été envoyés aux Indes; cette année, il en partit dix-huit. Hélas! de ces dix-huit, partis avec tant de courage et tant d'espérance, quatre, à peine arrivés, mouraient.
Ce renfort nouveau redoubla l'ardeur du vaillant missionnaire. Il ne se donna plus de relâche, on eût dit qu'une force d'en haut le poussait; peut être aussi sentait-il que sa vie s'usait et qu'il fallait aller vite, parce que le temps qui restait était court. « Sa résidence, on dit que c'est Ranchi? Non, c'est la selle de trois et quatre chevaux qu'il éreinte en un jour! » On lui dit de prendre des provisions de voyage : « Allons donc, je trouverai partout du riz pour manger, et une botte de paille pour dormir; tout le reste est de la surcharge! » On lui disait de prendre garde au soleil, « Le soleilj disait-il en souriant, le soleil me connaît. » On lui recommande au moins de soigner ses fièvres :
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« Je vais les guérir », répond-il, et il enfourche son grand cheval pour une course nouvelle. « Que de fois je l'ai vu, écrit le P. Motet, monter en selle, tandis que ses jambes tremblaient des frissons de la fièvre! »
Au mois d'octobre de cette année, il entreprend la conversion du Barway. « Dieu soit loué! écrit le P. Motet à la date du 14 novembre, le P. Lievens s'est rendu le mois passé dans le Barway, à près de cent mille vers l'ouest. Jamais un prêtre n'avait passé par ces contrées et c'est par centaines, par miUiers, que les gens viennent au missionnaire. Les montagnards descendent de leurs forêts en vraie foule, pour accourir à sa rencontre. Il m'écrit deux petits billets rapides du milieu de ce pays-là. »
Ces petits billets, je les ai devant moi, et en les regardant, l'émotion me prend comme devant une relique de saint; il les a écrits de sa large et forte écriture, à grands traits rapides, se hâtant de courir aux âmes.
30 octobre 1889.
Mon cher Père Motet,
J'ai été à Putrungipât, à 3,400 pieds au dessus du niveau. Il fait froid la nuit. J'ai baptisé aujourd'hui, en un seul jour, 1,557 hommes, femmes et enfants. Ils accouraient comme à une grand'messe en Belgique. Les Chaprasis enseignent ici ce que nous leur avons enseigné à Ranchi ; aussi presque tout le monde connaît les éléments de la religion et montre un empressement pour le baptême que vous ne sauriez croire.
J'ai été tout à fait satisfait, c'est . pourquoi je vous écris. Quelle belle chrétienté à faire ici. Je donnerai tous les détails à Ranchi. Dans un village nommé Bagmaria, un grand nombre d'hommes, non baptisés, sont comme saisis par le diable quand ils se réunissent le dimanche. Le diable les secoue horriblement.. Ils vont venir me trouver.
Envoye2;-moi, s'il vous plaît, par poste, vingt-quatre catéchismes, et s'il y a des Barwayens au Déra, donnez leur quelques médailles. Adressez à Bhitu, Ouraon of Cheinpur.
Servus in Chto C. L.
Thursd, 7 nov.
Mon cher Père Motet,
Me voici à Dorabod. Tout va bien. J'ai pu baptiser environ 9,000 hommes et il y en a un nombre immense qui reste. Tout le monde a grandement peur de nous. Nous avons vu le Raja, qui est un pauvre misérable sire, vieux, malade, ruiné. Il dit qu'il est Rajput, mais il n'a nullement l'air d'être un scion illustre. On instruit, on baptise, et il fait matin et soir, comme au temps de la Genèse.
Votre serviteur en J.-C,