C. LiEVEXS, S. J
Calcutta, le i6 juin 1883.
Cher Père, Frères, Sœurs et Amis, Il y a une éternité que je n'ai eu de vos nouvelles?..
Depuis quelques jours a commencé la saison des pluies; nos souliers ne sont pas plus tôt nettoyés qu'ils moisissent; renoircissez-les, ils reblancliissent à vue d'œil! Nous en avons, de ce temps-là, pour trois ou quatre mois! Je me sens en bonne santé et sans la moindre indisposition.
J'ai pu amener à la vraie religion et au bon chemin un de mes élèves protestants. Il y a trois semaines, j'eus entre les mains un pauvre homme mourant. Bien que depuis trente ans il eût sa femme, et d'elle de très nombreux enfants, il n'était pas encore marié; le brave homme reçut, en une demi-heure, quatre sacrements : la confession, la communion, le mariage, et l'extrême-onction. C'est le premier couple que je marie. A la Pentecôte, j'ai converti un juif. Le Seigneur devra mettre de l'eau dans son vin s'il veut que tous ces gens-là arrivent à entrer dans son ciel!
Je célèbre souvent la sainte Messe pour vous. Célébrer, confesser, prêcher, ne m'intimide plus; je suis accoutumé à tout; Dieu m'a beaucoup aidé.
Nos jours courent vite à l'éternité, et nous les suivons du même pas! Et je crois que l'on ne vit pas fort vieux ici.
Je visite parfois les malades à l'hôpital; comme en Belgique, ces malheureux ont grande confiance en Notre- Dame de Lourdes; ils obtiennent d'elle des guérisons que nous appelons merveilleuses, car, en ce pays d'incroyants, on ne peut parler de miracles.
Quelqu'un de vous pourrait-il me dire si mon ami van Dosselaere est encore en vie? Voilà 7 ou 8 mois
que je lui ai écrit, en Chine, et je ne reçois pas de réponse. Saluez de ma part tous mes amis et toutes mes connaissances, et dites parfois un Ave Maria pour moi. J'espère bien vous revoir un jour!
Père, donnez-moi votre bénédiction.