C. LiEVExs, s. L
"Asansol, le 6 mai 1884.
Chers amis,
Je viens de recevoir les deux paires de lunettes que vous m'avez envovées; elles me sont arrivées comme un cadeau de mai, le premier jour de ce cher mois. Mille lois merci et que la Sainte \'ierge vous eu récompense! Je vais avoir dans ma petite paroisse, le jour de la Pentecôte, une première communion de
LE PERE LTEVEXS
cinq enfants, ce sont d'excellents petits. Un est Anglais, trois sont Portugais, le dernier est indigène. Ils parlent chacun une langue différente, mais tous comprennent et parlent aussi l'anglais. Ils s'appliquent de leur mieux à étudier la lettre et les explications du catéchisme. Je leur ai promis des prix à la Pentecôte, mais déjà tous les dimanches, je donne au mieux répondant quelque belle image. La provision que vous m'en aviez envoyée sera bientôt à bout !
Vous ne m'écrivez plus et de la maison je n'ai plus de nouvelles ! . .
A Pâques, j'ai eu dans ma petite paroisse dix-sept communions de fidèles; de ces dix-sept, huit jours après, un était mort! C'était une bonne femme qui, depuis plusieurs années, ne faisait plus ses Pâques. Cet an-ci elle dit à son mari : « Sébastien, j'irai demain à l'église; il y a si longtemps que je le promets, sans jamais le faire, que le bon Dieu pourrait bien me punir! » La brave femme fit tous ses devoirs, avec une grande piété, rentra chez elle et tomba malade; on ne m'avertit pas durant toute la semaine, mais à peine arrivais-je, le dimanche suivant, qu'on accourut : « Père, venez vite, depuis trois jours Jeanne est à l'agonie, elle vous attend pour mourir! » Je courus de toutes mes jambes, lui donnai l'absolution et l'indulgence plénière, et cinq minutes après, Jeanne s'en allait au ciel. Elle laissait un petit enfant de trois mois qui est mort huit jours après... « Elle est venue le chercher » disent les" sens d'ici.
La lecture des journaux de Belgique est fort triste!.. Quel dommage! Un si beau petit pays!..
Priez toujours bien pour moi ! Un prêtre peut faire tant de bien ici, quand il est bon et saint!.. J'ai confiance en vos prières, donnez-moi une part dans les messes que vous entendez, dans les chapelets que vous dites. Tant de choses ont changé à la maison et l'on m'en écrit si peu, que je ne sais plus où mes frères et mes soeurs habitent, ni combien ils ont d'enfants! Tous sont devenus grands sans doute, même la petite Marie doit maintenant aller à l'école. Oh ! comme je pense souvent au temps où j'étais à Roulers! A cette première année où je fus chez vous et où nous allâmes ensemble au collège! A l'année où je vous quittai, 1880. Quand reviendrai-je? Je n'en sais rien !
Si quelqu'un d'entre vous devenait malade, j'aimerais tant le savoir de suite! Une lettre ne met que 18 jours à arriver ici.
Il faut que je termine; je dois prendre le train pour aller marier deux de mes paroissiens... Je me porte bien, mais je me sens faible; c'est le mauvais temps!