C. LiEVENS
Asansol, le 12 mai 1884.
Très aimé Père, Frères, Sœurs,
« Mais, que devient Constant? s'écrie Père, il nous écrit si peu! » Faites silence, voici Constant qui vous arrive en une lettre! Pas en personne, hélas! Il faut
LE PERE LIEVEXS
qu'il demeure ici, qu'il sue sang et eiui, jour et nuit, qu'il soit rôti par le soleil, qu'il fasse les cent pas sur la terrasse de la maison, et surtout qu'il travaille au salut des âmes!
« Mais, dit Sylvie, aurait-il déjà prêché maintenant? conlessé, marié, administré, converti des infidèles? » — « Evidemment, répondent ensemble Lucie et Natalie, cela va de soi! »
C'est Dieu qui convertit les âmes; nous, nous ne pouvons que les instruire et répondre à leurs difficultés.
Dans la petite"? paroisse, où je vais dire la messe les dimanches et qui n'a pas de prêtre résident, il y avait, quand je suis arrivé, quinze familles catholiques, et trois personnes seulement qui assistaient à l'office.
Il n'v en a que trois, maintenant, qui n'y assistent point. Beaucoup ne savaient mot ni de Dieu, ni de ses conunandements; pour le moment, j'ai trois hommes d'âge qui apprennent leur catéchisme et vont faire leur première communion. Une famille tout entière d'hérétiques va entrer dans l'Eglise. Vous voyez que "mes dimanches sont bien occupés. Je n'ai pas le temps ni de jouer avec mes doigts, ni de me brûler les pieds en me chauffant les jambes !
Mais, à mon tour, ne pourrais-je pas demander : « Comment vont donc les choses en lamille? Comment va Père et Amélie, Pierre et sa famille, Félix, sa femme " ;;;//"// sacrainciit » et ses enfants, Louise et Fernand et tous les entants de Jacob, Julie et Louis, et leurs petits bébés a li/tJe hoonijcs », François et sa femme, Natalie, Lucie, Svlvie, Henri, toute la famille? Et
LH pi;ri-: lihvizns
comment va la ferme? Toute une année s'est passée depuis que j'ai reçu votre dernière lettre!..
Pourquoi ne suis-je pas riche! Je bâtirais sur-lechamp une église. La chapelle que j'ai est trop petite, trop vilaine, trop pauvre; les gens sont vraiment honteux d'y devoir entrer. On m'a donné le terrain qu'il faut pour en construire une, mais eu vérité, je n'ai que cela! N'est-ce pas, que c'est plaisir d'être pauvre! A la grâce de Dieu... quand on n'a pas de quoi s'acheter une alliance d'argent, on en prend une d'étain !
La saison est terriblement chaude; nous avons tous les jours des orages, mais tort peu d'eau; je suis bien et en bonne santé, tout habitué au pays, mais, comme vous le pensez bien, j'ai perdu de l'embonpoint. Je ne me .sens pas fort, mais maigre et coriace.
lionnes fêtes de Pentecôte!
Soyez bons et vertueux, priez bien Dieu, il vous fera heureux pour votre récompense. Les biens de ce monde sont si peu de chose! Nous n'emporterons avec nous que nos vertus!
Il est aisé en Flandre d'être vertueux et bon; la chose est ici plus difficile! Le diable règne en maiti'c sur ce pays!
Je vous bénis tous; très souvent, je dis pour vous tous ma messe; ne m'oubliez pas dans vos prières, surtout le dimanche !
Père, bénissez-moi.