SCENE VI
FLORKN'flV
Moi, m'engagerl... par exemple ! oh! non! c'est l'Empereur, qui a eu le caprice de lever deux cent mille hommes , et on m'a levé avec les autres; on a bien fait car je ne me serais pas levé de moi-même.
PRUDENCE
Oui, c'est un malheur... et ça me chagrine autant que vous.
FLORENTIN
Il me semble qu'on aurait bien pu se passer de moi.
PRUDENCE
Ah çà ! Florentin... est-ce que vous ne seriez pas brave?
FLORENTIN
Si fait, je suis très brave, mais pas pour me battre: j'aimerais mieux une autre partie... et c'est bien naturel... quand on a été depuis son enfance jardinier dans un couvent de femmes .. voilà un état qui me convenait... surtout dans le temps que vous étiez à l'Abbaye... j'étais si heureux de vous offrir des bouquets soir et matin... vous en souvenez- vous?
PRUDENCE
Oh! oui! ce pauvre Florentin!... Et depuis quand êtes-vous à Bayonne?
FLORENTIN
Nous sommes arrivés avant-hier... et j'ai passé mon temps à rôder autour de chez vous... je voulais vous voir à toute force... mais demain... après-demain... nous entrerons en Espagne... (s'attendrissant.) et je ne vous verrai plus.
PRUDENCE
Vous reviendrez , j'en suis sûre... en attendant, il faut vous en aller...
FLORENTIN
Déjà?., vous me renvoyez!., j'espérais passer la journée avec vous ; c'est peut-être la dernière, mam'selle Prudence.
PRUDENCE
Ne cherchez pas à m'attendrir... et partez vite... car je tremble que mon père ...
Eh! bien, non! je ne m'en irai pas... je veux lui parler à ce père Pascal...
PRUDENCE
A lui? et pourquoi?
FLORENTIN
D'abord , pour le voir! je ne l'ai jamais vu.... ça me fera plaisir... et puis , je lui dirai : Père Pascal...
Air du Carnaval.
J'aim' votre enfant, j' veux en fair' ma compagne;
C'est un hymen qu'il faut effectuer;
J* compl' l'épouser en revenant d'Espagne
Où pour l'instant je vais nie fair' tuer.
Oui ! j' vais braver la mort avec audace ;
J' tâch'rai pourtant de n' pas en abuser;
Mort ou vivant, attendez-moi, de grûce ! Je vous promets de ne pas m'amuser.
Je reste pour lui dire ça.
PRUDENCE
Il vous mettra à la porte, c'est tout ce que vous gagnerez.
FLORENTIN
Peut-être!., il est possible qu'il m'invite à me rafraîchir.
Lui ! vous ne savez pas combien il déteste les militaires... Et mademoiselle Octn vie... moi qui n'y pensais plus...
FLORENTIN
Qu'est-ce que c'est que mademoiselle Octavie?
PRUDENCE
Ma maîtresse... Si elle voyait votre uniforme ce serait bien pis !
FLORENTIN
Tiens! tiens!., l'uniforme lui fait donc peur?
PRUDENCE
Je ne peux pas dire ce qui arriverait !
FLORENTIN
Oh! s'il n'y a que cela qui vous gêne...
PRUDENCE
Sans doute.
FLORENTIN
Alors c'est bien facile.
(Il ôte son uniforme.) PRUDENCE.
Que faites vous donc?
FLORENTIN
Pardine... je l'ôte !
Y pensez vous?... vous voulez donc rne perdre?...
FLORENTIN
Mais non... je vais le cacher là-bas dans les légumes... soyez tranquille... j'ai mon idée...
(Il court à droite.) PRUDENCE.
Ah! mon Dieu!., c'est qu'il y va!., comment faire à présent?., je ne le croyais pas si entêté... mais c'est de ma faute! je n'aurais pas dû le recevoir...
FLORENTIN , rentrant sans shako et sans uniforme.
Oh! maintenant... me v'ià en bourgeois... et si j'avais seulement un habit... ou une veste...
PRUDENCE
Florentin , je vous en prie... sortez , pendant qu'il en est encore temps... ( Apercevant Alfred qui paraît à la grille.) Dieu!., quelqu'un...
FLORENTIN, se cachant derrière Prudence.
Un officier!... et moi qui n'ai pas de permission!
PRUDENCE, vivement.
Entrez dans la cabane du jardinier.
FLORENTIN, ouvrant la porte.
Dieu! il y a quelqu'un!...
PRUDENCE
C'est le mannequin des oiseaux... cachezvous derrière...
Un mannequin temps avec lui!...
FLORENTIN
ne me laissez pas long-
( Il entre dans la cabane. )
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