PRUDENCE, ALFRED
ALFRED, qui est entré.
Je ne me trompe pas... C'est bien l'une des deux jeunes filles que j'ai vues hier...
PRUDENCE
Oh ! mon Dieu! le jeune officier que nous avons rencontré!..
ALFRED
Bonjour, ma belle enfant... je suis enchanté que le hasard...
PRUDENCE
Mais, monsieur, on n'entre pas comme ça!..
ALFRED
Un étranger, c'estpossible... mais je n'en suis pas un pour vous... nous nous connaissons déjà...
Moi, monsieur... je ne sais pas ce que vous voulez me dire.
ALFRED
Ah! c'est un peu fort!.. Hier, dans ces jardins, où j'étais entré par curiosité... c'était bien vous , je ne vous ai pas oubliée, pas plus que votre maîtresse, cette jeune personne qui vous accompagnait... vous êtes seule, aujourd'hui?
PRUDENCE
Oui, monsieur; c'est-à-dire, non; il y a ici mon père, et d'autres personnes, et vous devez sentir que votre présence...
ALFRED
Un mot seulement... où est votre maîtresse? demeure-t-elle avec vous... dans cette maison?
PRUDENCE
Non, monsieur; d'ailleurs, que vous importe?
ALFRED
Beaucoup, je vous assure... elle a un sourire si doux... des regards si mélancoliques!.. elle est malheureuse! je gagerais qu'elle est malheureuse! et je donnerais tout au monde pour la revoir un instant.
PRUDENCE
Ce ne sera pas ici , du moins ; elle n'y est pas, je vous le promets.
ALFRED
Vous me trompez !.. elle est peut-être à se promener dans ces jardins.
(Il remonte la scène et regarde de tous les côtés.) PRUDENCE.
Quel embarras!., si elle allait se montrer!