PAR MAR
toutes les fautes qe je commis et toutes les disgraces que j’eus dans mon voyage. Je n'en toucherai que les principales aventures.
La premiere qui se présente à mon esprit , c’est qu’étant en Savoie j'entrai dans la cour de notre college de Chambéry, pour y demander laumone en latin : un de nos pères eut tant de compassion de me voir si misérable qu'il me fit donner bien à souper et qu’il me promit même de me remener à Lyon, où il devoit aller et de me faire conduire de Lyon à Chastillon. D'abord je le remerciai de mon mieux et Je lui promis de le suivre : mais dès qu’il m’eut quitté, je m'enfuis, mon orguil me detournant toujours de retourner chez mes parents. N’étois-je pas hors de mon bon sens et ne méritais-je pas bien tous les maux qui n’arrivoient, de refuser des offres si advantageuses pour mon propre repos et pour la consolation de ma pauvre famille ? Combien est deplorable l’aveuglement d’un esprit orgueilleux ; d'aimer mieux s’exposer à une infinité de dangers et de misères, que de souffrir une salutaire reprimande !
Dans un village de la Savoie nous rencontrames un bon curé qui nous mena chez lui, où aprés nous avoir donné à souper, il nous fit coucher dans le lit de son valet qu’il avoit envoyé à Chambéry. Ce Mon-
sieur avoit sa chambre sur celle où couchait son
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