‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 12 sur 62 · TRE · texte numérisé non relu

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domestique et lon y montoit par une échelle au haut de laquelle estoit une trappe que notre hoste ne ferma pas bien, de telle sorte que sur la minuit un chat la fit tomber en poursuivant sa proie : le bruit en fut assez grand pour éveiller M. le curé qui s’alla imaginer que nous montions à sa chambre pour quelque mauvais coup. Là dessus il se leve en chemise, il sort de sa chambre sur une galerie et crie de toute sa force «au meurtre ». De mon côté, je monte en haut de l'échelle et je le rassure en lui faisant connoitre la cause innocente de tout ce desordre. Par bonheur pour nous les voisins ne se reveillèrent pas à la voix de leur Pasteur.

Voici un autre aventure où nous courümes encore plus de risques.

Dans un bourg de la Valteline nous trouvames une garnison françoise reduite à un fort petit nombre de soldats : aussi les officiers nous pressèrent de nous enroler : à quoi j'aurois consenti pour avoir tous les jours mon pain, dans la faim que je souffrois, mais mon compagnon qui étoit plus sage que moi, n’en voulut rien faire, Tout ce qu’on gagna done sur nous fut de nous faire consentir à rester jusqu’à l’arrivée du commissaire qui étoit attendu de Jour en jour. On nous donnoit espérance que: nous recevrions de lui la même montre que les vrais soldats. Cependant on voulut voir quelle figure nous

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ferions à la revue. L'on n'eut pas de peine à travestir en soldat mon compagnon qui étoit grand : mais comme je ne paraissois qu’un enfant à cause de mon peu d’age et de la petitesse de mon corps on eut plus de difficulté à trouver une épée propre pour moi. Celle qu’on jugea la plus proportionnée à ma taille , avait pour fourreau une peau d’anguille ou de serpent : et fiute de baudrier ou de ceinturon, on me l’attacha avec un licol d'âne . Je parus si ridicule en cet état qu’on resolut de me faire mettre au lit comme malade à l’arrivée du Commissaire, En attendant sa venue, nous vivions du pain du Roi et mon camarade trembloit continuellement de peur, ou qu’on ne nous reconnut pour passevolants ou qu’on ne nous enrolast malgré nous. Il me fit le danger si grand que je me rendis à ses instances. Resolus de poursuivre notre pélérinage de Rome, nous partons un beau matin, mais à peine eumes nous fait une demie lieue que nous fumes arretés par des soldats qui avoient ordre de prendre les deserteurs qu’ils trouveroient et de les mener à leurs officiers. «Hélas », leur dis-je en pleurant, «ai-je la mine d’un homme de guerre ? Je suis un pauvre écolier qui ai fait vœu d’aller à Rome, » Je parlai d’un accent si pathétique, qu’en etant touchés ils nous laissèrent passer. Si Dieu ne leur eut donné

de la compassion pour nous, que serions nous deve-

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PPT FE nus ? Il nous sauva d’un autre danger lorsque nous fumes entrés dans l'Italie,

Un peu avant la nuit nous arrivames à une hostellerie qui étoit sur le chemin et où nous pretendions coucher, mais nous comptions sans notre hoste. A peine eumes nous pris un méchant souper, qu’il nous le fit payer tout ce qu’il voulut, et quelques instances que nous lui pumes faire de nous vouloir loger au moins dans une de ses étables, il nous chassa barbarement. Encore si nous eussions pu coucher à la belle étoile, mais de la nuitil n’en parut aucune et le temps qui étoit couvert se deschargea bientot sur nous par une grande pluie. Nos habits en furent tout pénétrés et pour surcroit de mal le chemin estant plein de trous et de fosses que nous ne voyions point, nous faisions presque autant de chutes que de pas.

Nous n’en pouvions plus, lorsque nous aperçumes une métairie, à la faveur d’une lumière. Comme nous nous y trainions nous rencontrames tout proche un gros tas de paille. Nous grimpons dessus et nous faisons un trou au haut, pour nous y fourrer. Le froid nous ayant saisis, surtout aux pieds nous nous les mettons sous les aisselles l’un de l’autre en nous couchant de sorte que j’avois la tête à l’opposite de celle de mon compagnon. Nous commencions à nous réchauffer, lorsque voilà de grands chiens qui nous

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