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RE 1 avant sentis accoururent en aboyant avec furie. Au bruit, on sort de la ferme, et on tache de nous écarter à coups de pierres. Cette nouvelle grêle ne nous permettoit pas de demeurer dans notre gite et la crainte d’estre dévorés des chiens nous empechoit d’en sortir. Je crus alors qu’il falloit parler et bien m'en prit de savoir faire le pleureux, ainsi que je l’avois dejà fait pour nous tirer d'affaire quand on nous arresta comme déserteurs. Je me mis done à crier, en disant en latin que nous étions de pauvres pélérins : « Nos sumus pauperes peregrini. » Ce dernier mot qui est aussi Italien donna à connoitre à ces bonnes gens qui nous étions. Ils eurent pitié de nous, ils rappelèrent leurs chiens et nous laisserent passer en paix le reste de la nuit.
Après bien des peines et des fatigues nous nous rendimes à Ancone. Helas ! qui pourroit exprimer le pitoyable eiat où mon libertinage m’avoit reduit. Depuis la tête jusqu'aux pieds tout faisoit horreur en moi. J’étois pieds nuds, ayant eté obligé de jetter mes souliers, qui etant rompus me blessoient. Ma chemise pourrie et mes habits déchirés etoient pleins de vermine , ma tête mesme que je ne peignois point se remplit d’une si horrible galle qu’il s’y forma du pus et des vers avec une extreme puanteur. La vermine qui étoit dans mes hardes ne me donnoit de trève que lorsque je rencontrais quelque hospital,
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parceque les pelerins y quittent leurs haillons avant de se mettre dans les lits qui leur sont preparés. O que ces nuits à m’etoient douces ! Il n’y a que les personnes qui n’ont expérimenté la cruelle perseeution que font souflrir de tels hotes qui puissent s’imaginer la répugnance que j’avois le matin a rejoindre ma garnison , en reprenant mes hardes. Je m'attendois bien que durant le jour ces domestiques affamés se dedommageroient du jeune de la nuit. Ce ne fut qu’à Ancone que je connus l’exces du mal que j'avois à la tête. Y sentant une piqure plus douloureuse qu’à l’ordinaire jy portai la main pour me gratter et un de mes doigts ayant fait un trou dans ma galle, il s’y attacha un gros ver. A la vue de cette insecte, ma consternation fut indicible. « Faut-il donc » , me disois-je à moi-même, « qu’en punition de mes friponneries je sois mangé tout ‘vif des poux et des vers ! Je ne m'étonne plus que quand jote mon chapeau devant le monde, on témoigne de l’étonnement et de l'horreur à la vue de ma tête. Hélas ! que deviendrai-je ? Qui me pourra souffrir aussi puant et aussi sale que je suis ? Ne ferai-je pas bondir le cœur à quiconque me regardera ? O la juste punition de mon orgueil ? »
Aprés tout je repris courage aux approches de la sainte maison de Lorette, « Peut-être que la Bien-
heureuse Vierge, qui fait tant de miracles dans ce
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sacré lieu en faveur des misérables y aura pitié de ma misère. » Oh que n’avois-je alors, les connoissances que j'ai eus depuis des merveilles qu’elle opère dans ce sanctuaire en faveur des ames et des corps ! J'aurois eu une toute autre confiance , que je n’avois en son pouvoir et en sa bonté ! Quoique je ne la priasse que fort froidement, elle me fit voir qu’indépendamment de nos mérites et de nos dispositions , elle se plait à exercer envers nous les devoirs d’une charitable mère et comme un de ses devoirs est de nettoyer leurs enfants , vous me regardates en cette qualité, O Sainte Vierge ! tout indigne que je fusse et que je sois encore d’être adopté de vous pour votre fils. Vous donnates à un jeune homme , que je n’ai jamais pu connoitre , la volor.é et le pouvoir de guérir ma tête. Vous savez mieux que moi comment la chose se fit. Je ne laisse pas pour marque de reconnaissance d’en rapporter ce que j'en sais.
Au sortir de la sainte maison de Marie, une personne inconnue qui paraissoit un jeune homme et qui etoit peut-etre un ange, me dit, dan air et d’un ton de compassion : « Mon cher enfant, que vous avez de mal à la tête! Venez, suivez-moi, je tache- ‘ai d’y apporter quelque remède. » Je le suis, il me mène hors de l’église, derrière un gros pilier , par où il ne passoit personne. Rendus que nous sommes dans ce lieu écarté , il me fait asseoir et me dit d’oter
itié de ma OÏssances père dans ps ! J’au- ’avois en la priasse épendam- , elle se e charitanettoyer qualité , se et que votre fils.
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| mon chapeau. Je lui obéis , il me coupe tous les che- | veux avec des ciseaux : il me frotte d’un finge blanc | ma pauvre tête et sans que je sente aucune douleur , < il en ote entièrement la galle , le pus et la vermine : # après quoi il me remet mon chapeau. Je le remercie | de sa charité, il me quitte et je suis encore à revoir
un si bon médecin et à ressentir un si vilain mal.
Si la moindre dame m’avoit fait rendre ce service par le dernier de ses valets, n’aurois pas dû lui en rendre toutes les reconnoissances possibles ? Et si après une telle charité elle s’étoit offerte à me servir toujours de mère, comment aurois-je dû l’honorer , lui obéir , l’aimer toute ma vie? Pardon, Reine des Anges et des hommes! pardon de ce qu’après avoir reçu de vous tant de marques , par lesquelles vous m'avez convaincu que vous m'avez adopté pour votre fils, j’oi eu lingratitude pendant des années entières de me comporter encore plutôt en esclave de Satan qu’en enfant d’une Mère Vierge. O que vous êtes bonne et charitable ! puisque quelque obstacle que mes péchés ayent pu mettre à vos graces, vous n’avez jamais cessé de m’attirer au bien ; jusque là que vous m'avez fait admettre dans la Sainte Compagnie de Jésus ; votre fils.
Mon camarade et moi reprimes le chemin de Rome, aprés avoir passé trois jours à Lorette; mais Dieu m'arrêta à Terny dans l’Ombrie pour me faire chan-
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ger ma vie de gueux en la condition d’un valet,
Selon ma coutume, je demandais l’aumone de porte en porte lorsqu'un vénérable vieillard, docteur en droit, m'invita à demeurer chez lui pour le servir dans sa maison et pour l’accompagner en ville. J’étois si las de mon métier de caimandeur que j’acceptois volontiers l'offre que me fit le bourgeois d’être son laquais. J’en remplis mesme tous les devoirs les plus bas, et il n’y avoit rien qui ne me parut doux et honorable en comparaison des travaux et des humiliations qui m’avoient dégouté de la gueuserie. Il y avoit déja quelque temps que j’étois à Terny : cependant je ne savois pas encore assez d’Italien pour me confesser en cette langue ; c’est pourquoi je le fis en latin à un Père de la Compagnie de Jésus. Après ma confession, il m’interrogea sur mes études. Je lui répondis que j'étois en Rhétorique , lorsque je me laissé débaucher. Ilme témoigna la compassion, qu’il avoit de me voir après de si bons commencements dans les lettres , réduit à une si pauvre condition. Il m'exhorta à reprendre mes études et pour m'en faciliter les moyens, il me proposa , si je voulois qu’il me fit recevoir dans le collége où je m’avancerois dans les sciences et dans la vertu. Je pris mal sa pensée, en m'imaginant qu’il me vouloit faire Jésuite; mais dans la suite j'ai eu tout sujet de croire que ce sage
Religieux ne vouloit d’abord me procurer que la place
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d’un jeune homme séculier qui regentoit la plus basse classe du collége. Plut à Dieu que j’eusse dès lors commencé à le faire ! Oh que j'aurois évité de péchés. A la vérité j'allé deux jours après chercher le père pour lui rappeler, mais comme je ne sçavois pas son nom, je fus si bête que de demander le Jésuite qui m'avoit confessé. Les écoliers à qui je fis cette demande dans la cour des classes, se mirent à rire de mon impertinence et il n’en fallut pas davantage pour me faire retourner sur mes pas plus vite que je n’étois venu. Je ne laissai pas de demander à mon Docteur que je servois quelles gens étoient les Jésuites, Et ilme répondit, tant bien que mal, qu’ils ne recevoient chez eux que des gens de qualité et d'esprit, que leur religion n’étoit pas si austère que les autres et qu’on pouvoit en sortir mesme après les vœux. Ces derniers traits avec lesquels il me les dépeignoient ne me déplaisoienr pas. Volontiers je serois entré chez eux pour un temps. Ainsi je n’étois pas encore propre pour le royaume de Dieu, puisque je regardois déjà derrière moi avant que de mettre la main à la charrue,
Comme je commençois à entendre lItalien, je lisois des livres de dévotion écrits en cette langue ; et un entr’autres qu’etoit la Vie des Saints Solitaires me fit naitre l’envie d’etre hermite. Là dessus sans consulter personne je sors de la maison de mon mai-
tre à dessein de m’aller cacher en France dans quelque solitude après que j’aurois fait le voyage de Rome.
Au sortir de la ville je rencontré la fille de mon
docteur , à laquelle je découvris mon dessein , afin
qu’on ne fut pas en peine de moi. Après quelques
lieues de chemin il me vint à la pensée de m’éprouver, si je pourrois vivre de légumes comme les ana-
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chorêtes. je prends du blé en herbe, je le porte à ma
bouche, je le mache, mais je ne puis lavaler. Mon recours fut à mon métier de mendiant qui ne m’empêcha pas de beaucoup souffrir de la faim, même dans Rome, faute de scavoir les maisons religieuses où l’on faisoit l’aumone à certains jours et à certaines heures. Le noviciat des Jésuites que lon nomme St. André est un de ces charitables lieux et l’unique
dont j'eus la connoissance, Au reste quoique ma
prétendue vocation à la vie d’hermite fut fort ébran-
lée, je partis de Rome dans le dessin de repasser en
France. Et comme je repris le mesme chemin que
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j'avais tenu, je me rendis à Terny, mais n’osant retourner chez mon maitre, je me retirai chez un savetier de ma connoissance, où je passai la nuit. Celui-