‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 4 sur 62 · SER · texte numérisé non relu

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tout pour son amour, sont entièrement abandonnéz à luy. Perdre tout pour trouver Dieu, c’est une heureuse perte et une sainte usure. On ne le croiroit jamais, si on ne l’avoit jamais éprouvé, combien abondantes sont les graces, combien puissantes sont les asseurances que le Seigneur donne à ses serviteurs, au milieu même des épreuves les plus épouvantables.

Le cœur croist à proportion que croissent les travaux pour Jésus-Christ. La Nouvelle- France est le pays du monde le plus propre à concevoir le sens littéral de ces parolles du Sauveur : « Voilà que je vous envoye comme mon Père m’a envoyé ; en vous envoyant comme des brebis au milieu des loups. » En effet, il nous envoye dans des vastes forests, parmy des sauvages si cruels qu'ilss’entre-mangentles unslesautres. Qu’en devons-nous donc attendre sinon des coups de dents, ou des effets encore plus horribles de

leur barbarie ? Mais ne craignez point ceux

qui ne peuvent tuer que le corps ! Troys pensées consolent un bon cœur au milieu des dangers, des travaux et des peines où il se trouve dans nos missions du Canada. La première est celle-cy: je suis où Dieu me veut, où il m’a envoyé, où il m’a conduit comme par la main, où il est avec moy et où Je ne cherche que luy. La seconde est que plusJ’auroy à souffrir, plus j’auroy aussi de consolation. Secundum multitudinem dolorum meorum consolationes tuæ lætificaverunt animam meam. La troisième est qu’on ne trouve jamais de croix, de clous et d’épines qu’on ne trouve Jésus au milieu. Quand je me vois comme assiégé des flots dans une tempeste, ou exposé à d’autres dangers, je me souviens de celuy qui disoit en de semblables rencontres : c’est à présent que Je commence à estre disciple de Jésus-Christ. L'ancienne France est bonne

pour concevoir des fervents désirs, et la

nouvelle pour les exécuter. Un missionnaire

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du Canada prend cette devise de saint Paul :

« Je meurs tous les jours. » Mais aussi les graces que Dieu verse dans nos cœurs surpassent tous nos maux. Quel bonheur pour nous de ne voir icy que des croix , des sauvages et Jésus-Christ! Je n’avois jamais compris en Europe ce que c’est que de se deffier de soyméme et de se confier totalement en Dieu seul. Je dis seul et sans mélange d’aucune pure créature. La pensée de saint François- Xavier est très-puissantesur mon esprit. «Si Les hommes du siècle s’exposent à tant de périls, et entreprennent de si grands travaux pour gagner des biens périssables, quelle confusion seroit-ce à des serviteurs de Dieu d’appréhender les peines et les dangers pour gagner des ames rachetées du précieux sang de Jésus- Christ l»

Sentimens du Père Claude Allouez sur les

Missionnaires qu'il faut en Canada.

Les religieux de la Compagnie de Jésus qui passent de l’ancienne France en la nouvelle doivent y estre appelez par une spéciale et forte vocation. Il faut qu'ils soient des gens morts au monde et à eux-même, des hommes

apostoliques et des saints qui ne cherchent que

Dieu et le salut des âmes. I faut qu’ils ayment

d’amour la croix et la mortification ; qu’ils ne s’épargnent point, qu'ils sçachent supporter les travaux de la mer et de la terre, et qu'ils désirent plus la conversion d’un sauvage qu’un empire. Il faut qu'ils soient dans les forests du Canada comme autant de précurseurs de Jésus-Christ et que, comme de petitz Jean- Baptiste , ils soient autant de voix de Dieu lesquelles crient dans les déserts pour appeler les

sauvages à la connoiïssance du Sauveur. Enfin

il faut qu’ils ayent mis tout leur appuy, tout

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leur contentement et tout leur trésor en Dieu seul à qui seul il appartient de choisir ceux qu'il veut pour le Canada, Novit Dominus qui sunt ejus. leur fait cette miséricorde pour en faire des saints. S'ils sont fidelles à leur vocation, ils éprouveront que si, comme saint Xavier l’asseure, il y a une île en Orient où , à force de pleurer de joye , on est pour perdre les yeux ; de même en s’abandonnant à Dieu tout de bon en Canada , on y perdra avec Joye la veüe , la santé et la vie à force d’y travailler et d’y souffrir pour la conversion des sauvages à la gloire de Jésus-Christ.

Pour convertir les sauvages , il ne faut pas tant de science que de sainteté. Un zèle trop ardent y gaste tout. Leur naturel, froid et indifférent, ne veut pas estre sivivement pressé.

S'il nest permis de m'expliquer ainsi , les quatre élémens d’un homme apostolique en

la Nouvelle-France sont la condescendance et

l'affabilité , humilité et l’abnégation de soy-

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même, la force et la patience avec une charité et une magnarimité héroïques.

Pour convertir nos barbares ou nos sauvages du Canada, il n’est point besoin d’autre miracle que de leur faire du bien, de souffrir beaucoup, de ne se plaindre de ses peines qu’à Dieu et de se tenir pour un serviteur inutile.

On dit que les premiers qui fondent des Églises sont ordinairement des saints. Cette pensée m'attendrit tellement le cœur que, quoyque Je ne sois bon à rien, Je désire me consumer et me consumer de plus en plus pour lesalut des âmes. Cupioimpendi et superumpendi pro arnimabus.

« Voilà, mon R. Père, comment le feu Père Claude Alloüez, de sainte mémoire, s’est, sans y penser, dépeinct luy-même par ses propres parolles qu’il n’avoit écrites qu pour sa consolation particulière et desquelles Dieu voudra peut-estre bien se servir pour luy dox-

ner de dignes imitateurs. Ainsi soit-il. »

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Les « sentiments » du P. Claude Allouez, l’autobiographie du P. Chaumonot qu’on va lire ; tant de lettres et de relations écrites par les missionnaires envoyés au Canada, montrent ce que valent les plaisanteries des Vol. taire et des Michelet, sur les « saints idiots » de la Compagnie. Quand de tels religieux demandaient à déserter la cour, à laisser la direction des grands seigneurs et des grandes dames, pour aller évangéliser la Nouvelle- France, s’exposant à s’y faire hacher ou rôtir par les sauvages , ils donnaient un signe évident d’idiotisme aux Michelets de l’époque.

Mais aussi comment faire comprendre à des libres-penseurs qu’un homme d’esprit puisse quitter librement la cour du roi de France et les chaires de la capitale pour aller enseigner le catéchisme à des Iroquois ! Cela passe absolument l'intelligence de ces libres-viveurs

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Et non-seulement cette folie de la croix étonne la brutalité de nos libres-penseurs et surpasse leur pauvre esprit; mais elle est à peine comprise par des hommes distingués, dont le cœur est séduit par les apparentes grandeurs de ce monde : Dieu ne révéle ses plus admirables secrets qu'aux humbles de cœur : Et revelasti ea parvulis.

Un fait mille et mille fois démontré, c’est l’empressement des enfants de la Compagnie à demander les missions et spécialement ces rudes missions du Canada. Les obtenir était une faveur insigne. — On sait la réponse du Provincial de France au cardinal deRichelieu qui voulait à tout prix éloigner le P. Caussin, lequel avait commis l’impardonnable mala-dresse d'éclairer la conscience de Louis XHIL, sur ses rigoureuses obligations de prince catholique. En conséquence, Richelieu de-

mandait au Provincial d'envoyer le Pere

Caussin chez les sauvages de la Nouvelle-

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