ENTREE
ques nble On que Can-
Anon—
c’est à vray dire vivre dans le sein de la divinité et ne respirer que l’air de sa divine conduite. On ne scauroit croire combien cetair est doux, si ce n’est lorsqu’on le respire. 11 n’est pas à propos que tout le monde scache quelle est sa douceur, et quel bien c’est d’y travailer au salut des âmes. O qu’il fait bon dansles sacrées horreurs de ces forests! (Pini loquentes. )O qu’on trouve de lumières dans les épaisses ténébres de cette barbarie ! Nous aurions trop de monde qui y voudroit venir si le bonheur que nous avons d’y estre estoit plus connu. Ah ! c’est là ce qui nous conft sd, que Dieu nous ayt chosis pour nous rencre participans d’une grâce si signalée quoy qu’il y aiten France tant de nos Pères qui feroient mieux icy que nous. En vérité la Nouvelle- France est un pays de douceurs ; et elle le seroit inême quand il n’y en auroit point d’autre que la joie qu’on sent d’avoir baptisé un
sauvage, lequel mourant peu après son bap- M. Ê
tême s’en va droit au ciel. Cette joye surpasse tout ce qu’on peut s’imaginer de joyes en ce monde. On ne se souvient plus des travaux passez, et l’on voudroit souffrir dix mille fois plus s’il estoit nécessaire pour obtenir encore le salut de quelque âme. Qui a une fois goutté la douceur de Jésus-Christ la préfère même aux empires de la terre. La Nouvelle-France ne laisse pas d’estre aussi un lieu de souffrance. On y est quelquelois éprouvé par tant de peines, épuisé par de si rudes travaux, environné de si grands dangers et tellement abandonné des créatures que l’on ne trouve que Dieu seul ; mais on le trouve toujours et on le trouve au bout de l’échelle tel qu'il se montre à Jacob, les bras étandus et le cœur ouvert pour recevoir les ames généreuses qui comme autant d’anges visibles volent droit à luy. C’est chose admirable comment Dieu prend plaisir de se communiquer abondam-
ment aux personnes qui, ayant abandonné