‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 40 sur 62 · RES · texte numérisé non relu

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ni sel, ni huile, ni fruits, ni pain, ni vin, excepté celui que nous gardons pour la messe, Toute notre nourriture se compose d’un grand plat de bois rempli d’une espèce de soupe faite de blé d'Inde, écrasé entre deux pierres ou pilé dans un mortier, et assaisonnée avec quelques poissons fumés. Notre lit est la terre, couverte d’une écorce d’arbre ou tout au plus d’une natte.

L’étendue de notre mission comprend cette année trente-deux bourgs ou villages, dans lesquels il ne reste pas une seule cabane où l'Évangile n’ait été annoncé. Beaucoup de sauvages ont reçu le baptême. La plupart, victimes d’une épidémie qui a ravagé tout le pays, sont au ciel, nous l’espérons. Cette maladie a été l’occasion de bien des calomnies et de persécutions excitées contre nous sous le prétexte que nous étions les auteurs du fléau. Toutefois aucun de nous n’a péri dans cette tempête , bien que quelques-us aient été bâtonnés et que d’autres aient vu la hache levée sur eux, et bien près de leur tête.

Nous avons tous besoin du secours de vos prières : c’est pourquoi nous nous recommandons humblement à vos saints Sacrifices.

Je suis, de Votre Paternité, le très-indigne serviteur et fils en Notre-Seigneur.

Josepnx-MartE CHAUMONOT.

Du pays des Hurons, le 24 mai 1640,

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LE PÈRE PIERRE CHAUMONOT AU RÉVÉREND PÈRE PHI- LIPPE NAPPI, SUPÉRIEUR DE LA MAISON PROFESSE A ROME. (Traduite de l'italien sur l'original conservé à Rome.)

Du pays des Hnrons, 26 mai 1640.

Mon RévérenD Père,

Pax Christi.

Je ne pourrai jamais remercier assez la divine bonté de la faveur qu’elle m’a faite, en me conduisant à travers tant de dangers, dans le lieu le plus favorable qui soit au monde, pour perfectionner un religieux. Je doisen faire part à Votre Révérence, afin qu’elle veuille bien m'aider à en remercier le bon Dieu. L'année dernière, j'ai écrit que, après trois mois d’une navigation très-pénible, je suis arrivé dans la Nouvelle-France, mais qu’il me fallait encore m’avancer trois cents lieues plus loin dans le désert. Voici le récit de ce voyage.

La veille de saint Laurent, je m’embarquai dans un canot de sauvages Hurons (ainsi s'appelle ce peuple) sur la grande rivière qui porte le nom de ce glorieux martyr; dans quelques endroits, elle est large de dix, treize, vingt lieues. Pendant cent lieues de son cours, ses eaux sont salées et le flux et reflux s’y

font sentir : aussi est-elle sujette, vu sa largeur, à des tempêtes, comme l'Océan.

Le P. Poncet s’embarqua en même temps que moi; mais quatre jours après le départ, nous fümes obligés de nous séparer, laissant noire premier canot pour monter séparément dans deux autres. Nous devions cependant aïler de compagnie, de telle sorte que, presque chaque soir, nous nous trouvions en- ‘4 semble pour souper et passer la nuit, avec les conducteurs de nos canots d’écorce , et souvent même

nous avons la grande consolation de dire la sainte

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FA messe, le matin, avant de partir; mais ce fut la seule

fl pendant tout le voyage, qui fut de trente jours pour { moi et de trente-deux pour le P. Poncet : voyage on ne peut plus laborieux...

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Arrivé au but de ce voyage, je trouvai onze de nos 4 Pères, distribués dans trois Résidences pour être | plus près des bourgs importants, qu’ils veulent instruire et civiliser. Nos habitations sont d’écorce, | comme celle des sauvages, sans divisions intérieures, il excepté pour la chapelle. Faute de table et d’usten- | siles de ménage , nous mangeons par terre et nous

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buvons dans des écorces d’arbres. Tout l'appareil de

notre cuisine et de notre réfectoire consiste dans un

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grand plat de bois, plein de sagamité, à laquelle je ne

vois rien de plus semblable que la colle qui sert à

tapisser les murs. La soif ne nous gêne guère , soit

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parce que nous ne nous servons jamais de sel, soit parce que notre*- ‘iture est toujours très-liquide. Pour moi. que je suis ici, je n’ai pas bu cn tout un verre d’eau , quoiqu'il y ait déjà huit mois que je sois arrivé. Notre lit est formé d’une écorce d’arbre, sur laquelle nous mettons une couverture , épaisse à peu près comme une piastre de Florence. Pour les draps, on n’en parle pas, même pourles malades. Mais la plus grande incommodité, c’est la fumée qui, faute de cheminée, remplit toute la cabane et gâte tout ce qu’on voudrait garder. Quand certains vents soufflent, il n’est plus possible d’y tenir, à cause de la douleur que ressentent les yeux. En hiver nous n'avons pas la nuit d'autre lumière que celle du feu de la cabane, qui nous sert pour réciter notre bréviaire , pour étudier la langue et pour toute chose. Le jour, nous nous servons de l’ouverture laissée au haut de la cabane, et qui est à la fois cheminée et fenêtre. Voilà la manière de vivre dans notre résidence ; pour celle que nous gardons quand nous allons en mission, Votre Révérence doit savoir d’abord que, quoique ces sauvages observent entre eux certaines règles d’hospitalité , avec nous ils ne les observent pas. Nous sommes donc obligés de porter avec nous quelques petits couteaux , des aleines , des bagues, des aiguilles, des pendants d'oreille et choses semblables, pour payer nos hôtes.

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