‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 49 sur 62 · LETTRE DU RÉVÉREND PÈRE DABLON AU RÉVÉREND PÈRE PROVINCIAL, EN FRANCE · texte numérisé non relu

LETTRE DU RÉVÉREND PÈRE DABLON AU RÉVÉREND PÈRE PROVINCIAL, EN FRANCE

Mon RÉVÉREND PÈRE, Paz Christi.

Le 21 de février de cette année, nous avons perdu le plus ancien et le plus fameux de nos missionnaires, le P. Pierre-Joseph-Marie Chaumonot. Il était dans la quatre-vingt-deuxième année de son âge, dans la

soixante-unième depuis son entrée dans la Compa-

gnie, et dans la cinquante-quatrième depuis son ar-

rivée au Canada. Il naquit auprès de Chätillon-sur-

Seine. Lorsqu'il étudiait en rhétorique, lenvie lui

prit de voyager. II fut à Rome, où par une providence

de Dieu toute particulière sur sa conduite, il entra au

noviciat de Saint-André, le 18 mai 1632. Sa voca-

tion à la Compagnie et les moyens dont Dieu se servit pour lui faire obtenir son entrée, parut quelque chose de 1airaculeux à nos Pères de Rome. Il fut fidèle à cette première grâce, et il fit paraître tant de ferveur dans les six premiers mois de son noviciat,

à Rome, qu'après ce temps, il fut choisi avec trois autres novices pour être envoyé à Florence, pour y servir d’un rare exemple dans le noviciat qu’on y établissait. Il eut d’abord un si grand désir des humiliations et des souffrances, qu’on ne pouvait satisfaire à toutes les instantes prières qu’il faisait au maitre des novices, de lui accorder les exercices les plus pénibles de mortification et d’humilité, en quoi la ferveur le portait si loin, que le Recteur du noviciat fut obligé de lui prescrire des bornes et de lui refuser d’être seulement coadjuteur temporel, comme il le désirait. Il fit avec tant de succès la quatrième, dans notre collége de Fermo, qu’on le nomxa pour la seconde, après une année de régence , et fut envoyé l’année suivante, à Rome pour y faire ses études de phi-

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losophie et de théologie. Avant que d’yaller, ilavait déjà demandé par lettres ànotreR.P.Général les missions de la Nouvelle-France, en s’offrant à lui pour celles où il y avait le plus à souffrir et à s’humilier, Étant arrivé dans le collége romain, ce désir s’augmenta si fort par la lecture qu'il fit d’une relation du Canada, écrite par le feu P. Jean de Brébeuf, qu’il crut que Dieu le voulait absolument dans les missions du Canada. Et il exposa si bien au R. P. Général Mutio Viteleschi les ardents désirs que Dieu lui donnait, qu’il obtint la permission de renoncer 4 la théologie, pour accompagner l’année suivante le P. Antoine Poncet, en Canada. On permit d’abord à l’un et à l’autre de faire à pied, et en demandant l’aumône, le voyage de Lorette, qui fut le troisième qu'y fit le P. Chaumonot, où déjà, la première fois qu’il y était allé, il avait fait vœu de chasteté, avant que d’entrer dans la Compagnie. Il fut aussi guéri miraculeusement dans ce saint lieu, d’une indisposition considérable qu’il avait. Au second, il s’offrit à Dieu pour les missions étrangères, et au troisième, il fit vœu de chercher toujours et en toute chose la plus grande gloire de Dieu. La sainte Vierge qui lui en avait donné la pensée , l'avait elle-même assuré que son sacri-

fice aurait l'agrément du ciel. Cependant, comme il ne se conduisait que par la voie commune et assurée de l’obéissance, il conféra de cette affaire avec le

R. P. Général, qui, ayant bien examiné, lui permit de faire ce vœu d’une si haute perfection. Il avait une dévotion très-tendre enversla très-sainteVierge et saint Joseph, ce qui l’obligea de demander instamment à notreR. P. Généra: qu’il lui permit de porter les noms de Marie et de Joseph avec celui de Pierre qu’il avait, ce qui lui ayant été accordé, il partit avec une joie incroyable, de Rome pour aller au plus tôt dans sa chère mission du Canada. En 1639, le navire où il s’embarqua pour se rendre à Québec avec les Pères Vimont et Poncet et trois religieuses hospitalières, trois Ursulines et Madame dela Peltrie, se serait brisé contre une prodigieuseglace, si Dieu, par un miracle, n'avait sauvé tant de saintes personnes pour le bien de la Nouvelle France. Deux jours après l’arrivée du P. Chaumonot à Québec, il en partit pour aller dans la mission des Fiurons, qui était fort éloignée de Québec.

Il y passa onze ans dans des travaux incroyables, tandis que ce pays barbare fut désolé par la maladie, pa: la famine et par la guerre, qui était fort allumée en..2 les Hurons et les Iroquois. Le P. Paul Ragueneau et lui coururent de grands risques de la vie. Un jour il reçut d’un Huron un si grand coup de pierre sur la tête qu’il en tomba par terre. Le barbare l’eût tué sur l'heure si le P. Daniel ne l’en eût empêché. Etant guéri de cette blessure, il prit lui seul le

soin de deux villages tout à la fois, où il travaillait avec une application et un zèle extraordinaire à linstruction des sauvages. Ensuite il passa en d’autres bourgs où 1l plut à Dieu de lui donner de merveilleux succès et de convertir une grande quantité de barbares à la foi. Jusqu'en 1650, au temps de la plus grande désolation de la nation huronne, il redoubla ses soins pour n’oublier rien en quoi il pourrait assister sa nouvelle Église. S’étant trouvé dans un bourg où l’alarme fut donnée à minuit, il parcourut promptement toutes les cabanes afin de pourvoir aux besoins pressants de son cher troupeau; il laccompagna dans sa retraite de onze lieues sans boire ni manger, et même sans s'arrêter, et sans ressentir, à Ce qu’il avoua luiméme, aucune lassitude, Le zèle qui l’animait dans ces travaux apostoliques lui donnait des forces lorsque les plus robustes de la troupe étaient épuisés de fatigue. Les Pères de Brébeuf, Lallemant et Daniel ayant été tués par les Iroquois et n’y ayant plus d’apparence de tenir davantage dans des postes siexposés,

le supérieur de la mission ramassa tous lesPères avec

tous les Hurons chrétiens qui les vouluürent suivre

pour les mener à Québec. Le P. Chaumonot fut seul

chargé du soin de ces pauvres sauvages. Il les éta-

blit dans Pile d'Orléans, assez proche de Québec, où

l'on vit bientôt une fervente église dont la sainteté

fut une preuve de celle de ce saint et infatigable mis-

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