‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 50 sur 62 · LA EL · texte numérisé non relu

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sionnaire , dont le zèle lui fit porter la foi chez les Iroquois en 1655 et 56. Il y fit beaucoup de fruit et y courut bien des dangers. C’est lui qui a jeté les

fond''ments des églises que nous avons eues dans le pays de ces sauvages à Onnontagué, à Goiogoüen et à Sonnontoüan. À son retour des Iroquois on le remit auprès des Hurons, qui venaient de recevoir un funeste échec des Agniez. Il consola ces pauvres néophytes et leur fit prendre cet accident d’une

manière chrétienne. Peu après il fut choisi pour alier secourir les habitants de Montréal qui étaient dans une extrême disette de vivres. Il pourvut aux nécessités de leurs corps et de leurs âmes d’une manière si gaignante, qu’ils lui firent, la plupart, des confessions générales qui furent suivies d’une réformation notable de leurs mœurs. Ce fut là aussi qu’en 1663 il commença heureusement sous les auspices de saint Ignace une très-belle association sous le nom de la famille de Jésus, Marie et Joseph, par laquelle il inspira en peu de temps une ferveur admirable aux femmes et aux filles de ce pays-là, et les porta à mener une vie très-exemplaire. Cette assemblée qui persévère dans l'exercice de toute sorte de vertus, va ici comme de pair avec les congrégations de Notre-Dame. Il y avait plus de 14 ans que Dieu lui en avait inspiré le dessein, que la sainte Vierge lui avait fait sensiblement connaitre qu’il lui était très-agréable, Mgr de Laval sou-

haïtant que le principal établissement de cette dévotion füt dans sa cathédrale, le Père fut rappelé à Québec, et mettant d’abord la ferveur parmi tous les français il ne laissa pas de reprendre en même temps le soin des sauvages Hurons qui y étaient.

Il avait un talent si rare pour les langues des Sauvages qu’ils disaient souvent qu’il savait mieux leur langue qu’eux-mêmes. Il réduisit la langue huronne en préceptes ; ileen a recueilli les racines, il en a corrigé , augmenté et perfectionné le dictionnaire, et pendant plus de 50 ans il a formé et instruit tous nos missionnaires qu’on a appliqués à cette langue qu’il a enrichie de plusieurs ouvrages qui leur sont trèsutiles. On le retira encore quelque temps de la mission en l’année 1664, pour être l’aumônier des troupes destinées à la garde du poste le plus avancé des Iroquois. Il fit dans cet emploi des biens très-considérables parmi les officiers et les soldats. Il y eut surtout trois conversions, qui firent grand éclat et qui ont été constantes.

Après cette mission militaire, il reprit le soin de ses chers sauvages, et ayant été obligé de les faire changer de temps en temps de lieu où ils pussent faire une récolte de blé suffisante pour leur entretien, il y

bâtit deux dévotes chapelles , également fréquentées des francais et des sauvages , l’une sous le titre de Notre Dame de Foi en1567 , et l’autre sous celui de

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Notre Dame de Lorette en 1673, qu’il fit faire sur le modèle de celle qui est en Italie, où il s’était dévoué plusieurs fois au service de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge.

Ces deux chapelles ont été fameuses par le concours du monde qui y venait et par les grâces s'ngulières que plusieurs confessaient y avoir reçues par l’intercession du Père. Aussi tout le pays avait une confiance toute particulière dans ses prières ; on le nommait ici communément le saint homme et longtemps avant sa mort plusieurs personnes n’ont pu s'empêcher de publier un assez grand nombre de faveurs qu’elles ont cru avoir obtenues par ses prières. Mais en laissant à Dieu le jugement touchant la vérité de ces merveilles, ce n’en a pas été une petite que de voir en cette sainte maison de Lorette une église des Hurons réglée comme les plus saintes paroisses d'Europe, où ces néophytes sauvages ont fait éclater des actions héroïques de vertus qu’on peut comparer à celle des chrétiens de la primitive Église.

La vie que le P. Chaumonot menait en ce saint lieu où l’on assura qu’il s’y est fait plusieurs mira- ” cles était partagée au service de Dieu et du prochain. Honobstant les violentes douleurs que lui causait une maladie habituelle qu’il a eue jusqu’à la mort, il ne laissait pas de se mettre en prières dès les 2 heures du matin et faisait une méditation de 4 à 5 heures

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pour consacrer le commencement de la journée à Dieu, et vaquer ensuite avec plus de fruit au salut du prochain. Il apportait une préparation extraordinaire avant de dire la sainte messe, qu'il interrompait pour donner quelques pratiques de dévotion à ses sauvages , afin de leur inspirer tout le respect qu’ils doivent avoir envers cet auguste mystère. Les dimanches et les fêtes, il les préchait plus longtemps, et toujours avec beaucoup de zèle. Il employait une demie heure à son action de grâce après la messe, pendant laquelle il était tout pénétré de Dieu. Un jour entre autres qu’un de nos Pères lalla quérir, il lui dit confidemment : « Vous m’auriez obligé de me laisser plus longtemps avec Notre-Seigneur qui me régalait si bien. » Il avait ordinairement pendant

«la sainte messe de grands sentiments de dévotion et

beaucoup de lumières spirituelles, comme on la appris de ceux à qui il découvrait sa conscience et à qui il faisait part des faveurs particulières qu’il recevait du ciel. Mais avec toutes ces grâces , il conservait une humilité profonde. IL était si sobre et si mortifié dans ses repas, que nos pères qui étaient sous lui avaient ordre du Supérieur de toutes les missions de veiller à lui faire prendre assez de nourriture, et même de lui commander de manger ce qu’ils lui présentaient, à quoi il se soumettait avec une docilité merveilleuse.

Dès qu’il avait quelque moment de lois:r, après les instructions qu’il fallait faire dans les visites particulières des sauvages , il allait passer ce temps devant le Saint-Sacrement où il récitait ordinairement tout son office , qui était suivi de quelque oraison mentale, après quoi il faisait publiquement les prières du soir avec les sauvages.

La récréation se passait à s’entretenir, ou sur quelque difficulté de la langue huronne , ou sur ce qu'il avait remarqué dans la mission, ou sur le moyen d’en éloigner le vice.

Voilà ce qui nous a paru de la vie du P. Chaumonot, jusqu’à l’automne de 1692, qu’on lPapporta malade à Québec. Cette maladie n’ayant pas été longue , il demanda à retourner à sa mission dès qu’il se sentit mieux. On le remit jusqu’à Noël qu’il fut attaqué d’une fièvre très-violente et d’un soulèvement d'estomac accompagné de grandes douleurs que ressentent ordinairement ceux qui sont toujours les plus tourmentés de la pierre : ce qu’il souffrit avec une patience héroïque, s’unissant toujours à Jésus crucifié, et se préparant avec joie à la mort; voyant bien

w’elle était proche, il souhaita de recevoir au plus tôt le saint Viatique , qui lui fut heureusement accordé un jour avant que ses vomissements commençassent, pendant lesquels on lui donna l’Extrême-Onction. La violence du mal ne l’empécha point d’être uni à Dieu,

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de produire des actes de toutes les vertus , et de s’appliquer avec goût à la lecture qu’il se faisait faire de la Passion de Notre-Seigneur, du sermon d’après la Cène et des prières pour les agonisants. La veille de sa mort il témoigna à son confesseur , qu'ayant tâché d’imiter saint Joseph durant sa vie, il voudrait lui ressembler à la mort, y étant assisté de Jésus et de Marie. Nous avons sujet de croire qu'il a été exaucé, puisque, quelques heures avant qu'il expirât , il prit tout à coup un visage riant'et plus serein qu’à l’ordinaire , et, tirant ses bras de dessous sa couverture, il s’éleva et s’assit sur son lit, faisant comme s’il eût embrassé quelques personnes bien chères, et arrétant la vue vers les pieds du lit, ils’écria : Jésus, Marie Joseph; ensuite il continua avec plus de ferveur que jamais à faire des actes d'amour de Dieu. Vers une heure après midi, il se confessa encore avec de grands signes de contrition , et reçut l’absolution sacramentale. Une demi heure après , pendant qu’on faisait la recommandation de l’âme , il expira dans l'exercice actuel du saint amour, ayant gagné l’indulgence plénière de la Compagnie , et celle du Jubilé qu’on gagnait alors ici.

Comme le P. Chaumonot était dans une très-haute réputation de sainteté, on lui a rendu la plupart des honneurs qu’on rend aux Bienheureux après leur mort, On le visitait en foule ; on lui baisait les mains,

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