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rir en vagabond par le monde, plutôt que de m’exposer à la confusion que méritoit mafriponnerie. Je sors de Beaune dans la pensée d’aller à Rome, quoique je n’eusse ni sol ni maille. Je marche seul pendant un demi jour : ensuite deux jeunes Lorains me joignent, me saluent et me demandent où je vas. € A Rome », leur dis-je, « pour gagner les pardons ». Ils louent mon dessein, et ils m’entretiennent de ce qui les fait aller à Lyon.
Cependant je pense à ce que je deviendrai et de quoi je pourrai vivre, si je continue mon voyage. De demander l’aumone c’étoit m’abaisser à mon avis ; Je ne pouvois m'y resoudre ; de travailler pour gagner ma vie , il y avoit encore moins d’apparence, je n’étois pas accoutumé au travail et je ne savois aucun mestier. Par bonheur pour moi, mes deux Lorains qui n’étoient guëére mieux fournis d'argent, se mirent à demander l’aumone de porte en porte, au premier bourg où nous arrivames. Qui fut bien etonné de leur voir exercer ce metier ? Ce fut moi qui après avoir delibéré quelque temps, me résolus de les imiter plutot que de me laisser mourir de faim, ‘tant leur example eut de force à me faciliter ce qui m’avoit paru impossible jusqu'alors. Voilà mon apprentissage de gueux : mais comme je
ne faisois que de commencer à en faire le metier, je
n y gagnois que fort maigrement ma petite vie. Je M. 3
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me flattois cependant de l’espérance qu’arrivant dans dans une aussi grande ville que Lyon, jy aurois quelque bonne fortune. Mais hélas ! je fus bien surpris de me voir arrester à la porte par des gardes qui en admettant mes compagnons à la faveur de leurs passeports , me rebutterent parceque je n’en avois point. Je ne savois que devenir, ni meme qu prendre le couvert. Je voyois bien de grands batimens dans le faubourg, mais je n’osé jamais y demander un petit coin pour y passer la nuit. Enfin ayant aperçu vis-à-vis d’un fourneau de verriers un méchant appenti, je m'y retirai. Plut à Dieu qu’alors j’eusse eu lesprit de prendre ma peine pour lexpiation de mes péchés et d’unir ma pauvreté à celle du Sauveur couché dans une masure ! Le lendemain matin ayant vu sur le bord du Rhône un bateau où l’on embarquoit pour passer cette rivière je priai le batelier de me recevoir dans son bacq par charité. Il le fit étant gagé de la ville pour transporter au delà du Rhone tous les gueux auxquels on auroit refusé l’entrée de Lyon. Lorsque je fus à l’autre bord, je trouvai un jeune homme qui me promit de faire avec moi le voyage d'Italie. Comme nous commencions à marcher de compagnie, nous rencontrames un prêtre, qui revenoit de Rome et qui fit ce qu’il put pour nous faire retourner sur nos pas, en quittant le dessein de notre