Le Père Simon A. Cunha S. J. (Ou Li Yu-Chan)
Ou Li ^ ^, soit Ou Yu-chnii -^ '^^ [Jj, ou de son nom poétique Mé-tsinf] tao-jen ^ ^ M. A "sage au puits d"encre» naquit à Tch'ang-chou '^ ^ (au Kiang-snu) l"an 1631, i^ année de Tch'ong-tcheng (dynastie des Ming). Il perdit son père de bonne heure, mais sa mère, femme droite et entendue, sut cultiver les dispositions naturelles de son enfant, en l'entourant de maîtres distingués dans les lettres et les arts. ^ ' ;"
Tch'-en K'io-yen f^^^, homme intègre et licencié renommé, sut faire partager à son élève, en même temps que son amour pour Tétude, un mépris profond pour les relations mondaines. Ts'ien Mou-tsai ^ ^ ^^ (c.-à-d. Ts'ieu /v'ten-i ^' '^ ^) eut le département de la poésie. Le jeune Ou Li devait plus tard lui faire honneur et mériter de son maître l'éloge le plus ilatteur : «Partout, disait celui-ci, la pensée de Ou est claire, et la forme de sa composition est expressive et vigoureuse». A la poésie s'ajoutait un penchant inné pour la musique. Tciveu Ming-ijuen ^ ^^ PtC lui enseigna la cithare chinoise (dont les cordes d'airain sont disposées en forme de violon européen). Et là encore comme ailleurs se révéla le tempérament d'artiste de notre Ou Li. Mais ce fut surtout son pinceau qui le rendit célèbre ; il est encore de nos jours un des peintres, les plus goûtés de là Chine.
Wang Yen-k^o ï j^ ^ lui donna les premiers principes de l'art. Il 3^ fit de si rapides progrès que de l'aveu d'un de ses contemporains il laissa loin derrière lui tous ceux qui lui avaient servi de modèles. Il s'appliqua d'autant plus à ses compositions qu'il trouvait là, grâce à son talent, des subsides suffisants pour entretenir sa famille, qui était pauvre. Mais son désintéressement était si grand, qu'une fois les siens à l'aise, il cessa de rien produire.
Il avait épousé une personne respectable qui lui donna deux tilles. Sa mère étant venue à mourir, le chagrin qu'il en ressentit, se manifesta chez lui par une tristesse profonde dont il ne se départira g-uère, et qui le détachera plus que jamais des vains honneurs du monde. Ce fut probablement sur ces dispositions salutaires que vint germer dans son cœur, la pensée d"un Dieu créateur, et celle d"une vie future.
Tch'uttii-chmi ■^ ^ possédait déjà alors un missionnaire autour duquel se groupait un petit noyau de chrétiens, On Li voukit connaître la doctrine du Dieu du Ciel, et bientôt des relations assidues s'établirent entre lui et le P. Couplet (Belge', de son nom chinois Pé Yvrj-li j^ ^ ^, missionnaire de Tendroit.
La vérité ne larda pas à se faire jour dans son âme; il demanda à se faire chrétien et fut baptisé sous le nom de Simon Xavier (l). Quelque temps après il perdit sa femme. Ses deux filles étaient déjà mariées : Auctin lien désormais ne le retenait plus. 11 se sentit alors poussé de Dieu à se faire religieux. 11 était âgé de 51 ans. Il sotivrit de son dessein au Père Couplet, curé de Tcli'ang-chou '^^, qui l'encouragea et lui proposa de l'accompagner dans un voyage qu'il devait faire à llonie cette année-là (1681), comme procureur de la vice-province de Chine.
Oii-li y consentit volontiers et nos deux voyageurs s'embarquèrent à Chang-hai pour faire voile vers l'Europe en passant par Macao. Arrivés en cette ville, ils logèrent tous deux à la résidence des Pères Portugais (l). Le supérieur averti, ne se montra pas favorable au voyage: il n'eut pas de peine à représenter au fervent néophyte la longueur et les difficultés d'une pénible navigation, et il lui offrit de commencer ses études à Macao. Ou Li se rangea à cet avis et le P. Couplet partit seul pour l'Europe.
(1) Cl'. I,. l'Iistoi-, .Notices lîioiiraphiqucs et Riblioitraphiquos p. 506 (Chanithai 1868-1875;. On n'a pas la date cxacie de son baptême. 11 eut lieu vraisemblablement après la mort de sa mère \( rs 1079 ou 1680.
(2) Ce fut à l'occasion de ce \ o\aL;-e qu'il composa le petit i-ecueil de poésie intitulé Scm-pa-fsi H E ft. (HE c.-à-d. écrit à San Paulo, éiilise S' Faul de Macao).
Ou Li commença do suite ses études de latin, et rannéo suivante (1682) entrait au noviciat. Après avoir prononcé ses vœux il fit sa théologie, et fut ordonné prêtre avec deux autres séminaristes par Tévêque chinois du Fou-kien M^^' Lopez (1688) (1). Il avait alors 58 ans. Afin de bénéficier de la protection dont jouissaient dans l'empire les sujets Portug^ais il changea alors son nom contre celui de A Cunha. : :
Envoyé comme missionnaire à Chang-hai il fixa sa résidence à Kia-ling hien ^ ^ J|^, oii pendant les 30 années que devait durer son fructueux ministère, il fut lapùtre des siens. Malgré son âge avancé il faisait tous ses voyages à pied, et s'occupait avec une grande ferveur de la conversion des païens. 11 ne parlait que des choses de Dieu. 11 mourut à Chang-hai avec la réputation d'un saint le 24 février 1718, âgé de 87 ans. Ses restes reposent actuellement dans la cimetière des Pères Jésuites de Chang-hai, en dehors de la porte du Sud.
La réputation des peintures du P. A Cunha est très grande auprès des chinois connaisseurs. Tous ses manuscrits ou peintures authentiques se paient aujourd'hui des centaines de piastres. On rapporte qu'une fois religieux, poussé, je pense, par quelque scrupule de conscience, il racheta pour les brûler plusieurs de ses peintures oii devait lui avoir échappé quelque indice superstitieux. Afin de réparer le mal qu'il croyait avoir fait ainsi, il composa sur Dieu, la S*^*^ Vierge, les Anges, la S" Eucharistie, et d'autres sujets pieux, des chants sacrés qui sont encore goûtés de nos jours (2).
(1) Son nom chinois Louo IV'eîi-fsoo ^ ^ ^i n^' 'lu Fou-kien vers 1610, baptisé à l'âge de 10 ans par le i'. Antoine de S'^ Marie O.S.K. Kntré au noviciat chez les TF. Dominicains de Manille il l'ut ordonné prêtre à 37 ans. .Apre- le décret d'e.xil des prêtres européens il exerça seul le ministère au Fou-kien, au Tchély. au Tché-kiang et au Kiung-nun (1065-i t)71 ). Il avait 70 ans quand il tut sacré évèque de Basilée à Canton (1685) par M^^' |-5ei-nardin délia Chiesa. Il mourut en 1692. (Cf. Colombel, mission du Kiang-nan, 2^ partie p. 390).
(2) 55 ^ JE '^ ft T'ien-io-tcheng-in-i. W ^ M T San- long -p'ien.
^ P ^ H ^ Sut k'eou-to-je-tch\to, et l'ouvraji-e Mé-tsing tsi ^ ^ tk publié par le F. Laurent Li S.J.
Il nous reste le journal de sa vie écrit pendant un an par l'un de ses chrétiens lettrés, nommé Tcliao I.oeu ^ -f^. Ce journal ne fait que confirmer l'immense réputation dont jouissait Ou Li parmi ses contemporains. ^Lui et Wang Che-koii 3E ^ ^7 ditil, éclipsaient tous les autres: mais tandis que ce dernier se laissait volontiers assiéger de solliciteurs, qui, le morceau de soie, ou le papier à la main, réclamaient un autofçraphe. Ou Yu-chan ^ y^ iJj enfouissait son talent dans la solitude d'une petite ville où nul ne savait le rejoindre.»
Les chefs-d'oeuvres de peinture et de calligi'aphie du «Sage au puits d'encre») sont aujourd'hui pour la plupart conservés précieusement chez différentes familles de lettrés à Tcli'ang-chou, Chaiig-liai^ ou aux environs. Six seulement sont en possession des PP. Jésuites de Zi-ha-\Kei.
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