‹ Le père TrinquefortChapitre 7 sur 28 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

FRANÇOISE , PIMPARÉ.

PIMPARÉ, retenant Françoise.

Ne partez donc pas si vite , ravissante Françoise... (A part.) Le quart d'heure est propice; soyons infâme...

FRANÇOISE

Qu'est-ce que vous me voulez , musard ? Et vot' orchesse ?

PIMPARÉ.

Je ne racle pas aujourd'hui , je danse pour mon compte.

FRANÇOISE

Désolée , mais j' suis r'teinte.

PIMPARÉ , avec un regard amoureux.

Ah!..

FRANÇOISE

Allons, ne vous faites pas de chagrin , Je vous accorde la seconde.

PIMPARÉ , souriant.

Infortunée Ariane !

FRANÇOISE, regardant autour d'elle.

De qui donc que vous parlez ?

PIMPARÉ.

De vous, 6 épouse du père Trinquefort !

FRANÇOISE

Tout ce que vous mé dites là, c'est de l'aagliche... comprends pas...

PIMPARÉ.

Eh bien! tant mieux, j'aime mieux ça... j'aime mieux vous parler tout bonnement de iiion amour...

FRANÇOISE

Comment ! toujours là même chanson ?

Pourquoi, ô Françoise, avez-vous des yeux comme des briquets phosphoriques... qui me dévorent, qui m'incendient...

FRANÇOISE

Garçon, une carafe,' Monsieur s'enflamme...

PIMPARÉ.

Vous me gouaillez... c'est mal... Eh bicnt moi, je serai grand, très grand... Je ne dira rien... je ne troublerai pas la paix de votre nié mage.

FRANÇOISE, sérieusement.

Hein ?

PIMPARÉ, feignant de sortir.

Adieu, farouche.

FRANÇ0IS1-: , le retenant.

Qu'est-ce qu'on en dit, de mon ménage?

PIMPARÉ.

Vaut mieux que vous ne sachiez rien.

FRANÇOISE

Et, moi, je veux tout savoir. Soyez gentil, hein? contez- moi tout.

PIMPARÉ.

Impossible en ce moment... On pourrait nous entendre... mais si vous voulez, ô Françoise, m'accorder une entrevue, ce soir, quand il fera noir.

FRANÇOISE

j Oh ! que c'est malin... Connu , connu... on

VOUS accorde la chatte, mon chéri; un rendez-

e^ vous dans les bosquets, sans gaz hydrogène!..

Excusez du peu... Gardez vot' secret pour une «^

autre : j' "uis pas curieuse.

PIMPARÉ.

Au fait, vous avez peut-être raison... Le monde est si mauvaise langue... Qui est-ce qui me dit que c'est vrai que Tiinqncfort boit eu cachette et se fait dos i)osses pliéiioménales?..

FRANÇOISE

Comment! vous incriminez mon homme siule fait de la boisson?..

PIMPARÉ.

Des can :anniers. . . bien sûr. . . Ne disent- ils pas que , quand il est dans tous ses états , il voltige e la brune à la blonde ?

FRANÇOISE

Il me ferait des traits !.. Oh ! le gueux !

PIMPARÉ.

Dame ! il le faut bien... puisque tout le monde VOUS appelle la veuve Trinquefort !

FRANÇOISE , en colère.

La veuve Trinquefort?.. En v'ià un d'affront!.. Pimparé, écoutez-moi... Vous êtes taid...

Mais non, mais non.

FRANÇOISE

Vous êtes bête...

FRANÇOISE

..a m'est égal... et si c'est vrai que mon nomme soit un voltigeur... Je ne vous dis que ça...

PIMPARÉ.

Oh! c'en est assez... c'en est trop, ô Françoise.

(Il veut lui prendre la taille.) FRANÇOISE, lui donnant une tape sur les doigts. Touchez pas!., je suis chatouilleuse...

PIMPARÉ, jetant un petit cri.

Oh!

FRANÇOISE, toujours très animée.

Je l'en ai prévenu... Je ne le prendrai pas en traître...

PIMPARÉ.

Certainement. Vous êtes dans votre droit.

FRANÇOISE

Mais, songez-y... il faut que vous me prouviez clair comme le jour...

PIMPARÉ, embarrassé.

Diable , diable ! mais ceci est d'une délicatesse... Je ne sais vraiment pas comment...

Est-ce que tu m'aurais menti, par hasard?

PIMPARÉ.

Oh ! j'en suis incapable...

FRANÇOISE

Et, moi, je te crois capable de tout.

PIMPARÉ.

Françoise, vous injuriez le corps des musiciens.

FRANÇOISE

Eh ben! nous verrons! (a part.) Oh! oui, ben sûr... il veut m'en faire accroire... Trinquefort m'aime trop... (Haut.) Écoute, mon bonhomme.

PIMPARÉ.

Jeane homme, s'il vous plaît.

FRANÇOISE

On m'attend à la danse : je ne veux pas qu'on se doute de quelque chose... Je te donne une heure...

PIMPARÉ.

Pourquoi faire?

FRANÇOISE

Pour me prouver que tu n'es pas un faux , OU, alors, gare à toi!..

AiB <Ie Marianne.

Tes p'tit's manœuv's ne sont pas neuves ; Mais, mon fiston, reliens bien ça :

Avant une heure, il m' faut des preuves De c' que lu viens de m' conter là.

Si tu balances ,

Tes médisances

Te coût'ront cher.

Tu m'entends...

PIMPARÉ.

C'est fort clair.

FRANÇOISE

J' saurai l'apprendre , Crincrin trop tendre, Un' contredans' dont tu n' connais pas l'air. J' te montrerai chaque figure, Et , pour compléter 1' tralala , C'est mon homm' qui se chargera De battre la mesure.

(Elle sort vivement par la droite et le laisse tout ahuri.)

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