‹ Le père TrinquefortChapitre 8 sur 28 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

PIMPARÉ, d'abord seul; puis TRINQUEFORT, BOILEAU, Ouvriers; puis MAGLOIRE.

(Trinquefort rentre avec sa redingote sous son bras; il la dépose sur le banc qui est sous la treille.)

PIMPARE.

Des preuves ou une allreuse roulée!.. J'avoue que je suis très inquiet... Si je changeais de département?., si je m'exilais dans la Seineet-Marne ? Oui ; mais vous n'y seriez pas , ô Françoise, dans ce département... (Bruit au dehors.) J'entends du tapage... la voix de Trinquefort... il rit... 11 ne se doute de rien. Jobard , va !

BOILEAV, entrant avec les autres.

C'est bon, c'est bon... On la paiera, c'te bouteille, puisqu'on l'a perdue... mais je n'en liens pas moins jiour ce que j'ai dit.

TRINQUEFORT.

Laisse donc tranquille , inlirmc.

PIMPARÉ.

Qu'est-ce qu'il y a donc?

BOILEAU. bas, à Pimparé.

Mollis! J'ai une idée pour nous deux.

PIMPARÉ, à part.

11 a un idée. Ça me botte.

ROII.EAU.

Oui , je prends à témoins tous les camarades e^ ci-inclus, comme quoi je suis l'écho des bruits

SCÈ.NE VI.

publics et des cancans générales. T'as été un «^arrange... et pas de bouteilles... fldonc

un

solide , un fameux , un buveur première classe , c'est vrai, avant la révolution qui s'est opérée, dans tes mœurs, au jour de ton liyménée. Depuis ce temps fatal , ta gloire a dégringolé , de dimanche en dimanche , des trois litres d'habitude à la bouteille honteuse... Tranchons le mot... T'as vieilli... t'es perruque !..

TRINOrEFORT.

Cristi !

PIMPARÉ, à part.

Je ne saisis pas.

BOILEAU

La génération anci. nne t'avait décerné des honneurs qui font marronner la nouvelle !.. Tu retrouveras la valeur de tes beaux jours en ce jour, ô Trinquefort, où, en présence de l'honorable assemblée, je te débaptise !..

PIMPARÉ , à part.

Je suis toujours dans les ténèbres.

TRINQUEFORT.

Tu me débaptises?.. Toi!.. (Avec mépris.) mazette que tu es !

EOILEAV.

Et je te rebaptise : Trinquefort mal nommé !

LES OUVRIERS, riant.

Ah ! ah ! mal nommé !.. 11 est bon celui-là !..

PIMPARÉ.

II est très bon ! très bon !

TRINQUEFORT, passant entre eux.

C'est donc un complot universel... Mais on a fait ses preuves, entendez-vous... Cette treille d'honneur, ce portrait en mégnature , on les a gagnés au feu!., et si à c't'heure on se contente de la petite bossue que v'ià... c'est qu'on le veut bien, clampins!..

BOILEAU

Et puis, c'est qu'on craint son épouse...

Qui? Françoise?

PIMPARÉ.

Elle ferait de beaux cris, la légitime, si on se

permettait de l'extra (A part.) Je saisis son

idée...

LES OUVRIERS

C'est vrai, c'est vrai !.. Il n'a pas la permission...

nOILEAU.

Voilà comme un homme se rouille.

PIMPARÉ.

Comme il devient bonnet de coton.

LES OUVRIERS, riant et se moquant.

Ah! ah! ah!

TRINQUEFORT, se montant.

Assez, assez... ou je confirme quéqu'un...

noiLEAU.

T'es plus solide des bras que de la tète.

TRINQUEFORT.

Boileau !

PIMPARÉ.

T'aurais peur de te mesurer un verre à la main...

Peur!... Je vous défie ions les deux... v'ià comme j'ai peur!.. (A r.oilean.) Toi le premier, { toi qui fais de l'csbronllc... en tiois minutes t'es ' mort!.. Allons , allons. .. venez ici ((uc je vouso»

broc à chacun !..

PIMPARÉ , effrayé , à Boileau.

Fichtre !.. un broc... c'est que...

BOILEAU , bas, Chut !.. N'y a pas de danger! (Haut.) Oh ! hé ! Magloire !

TRINQUEFORT.

Magloire !

MAGLOIRE

Voilà... voilà!..

TRINQUEFORT.

Trois brocs , moutard , et vivement.

BOILEAU

Trois brocs du meilleur... du chenu... (Lui poussant le coude.) Entends-tu...

MAGLOIRE

C'est connu! (il sort.)

BOILEAU, à Pimparé.

Il a le mot ! chut !

TRINQUEFORT.

Allons donc, allons donc, je vas vous montrer comment que ça se joue !

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