XVI PRÉFACE
de ne laisser en dehors de mon étude aucune des parties du sujet; de distinguer, scruter, mettre à jour tous les cas particuliers et formuler pour chacun une solution positive, surtout une solution applicable. — Mais il y a plus, et, sans pour cela le moins du monde prétendre au titre de réformateur, c'est cependant d'une modeste mais réelle réforme qu'il me reste à parler, réforme dont le but inspiré, justifié et soutenu par la clinique, est de rendre moins rigoureuses, sans les rendre moins sûres, les conditions auxquelles . les vénériens sont admis au mariage. Deux exemples à ce propos :
Le premier des éminents syphiligamographes que je viens de nommer, cet auteur accepté et digne de l'être pour un classique, ajourne à six mois le mariage de tout individu « venant d'avoir un ulcère primitif qu'on suppose être une. chancrelle ! »
Le second, le plus récent, jouissant de la même autorité gagnée non moins légitimement, le second, pour peu qu'un individu ait été touché par la syphilis, lui interdit de se marier avant qu'il n'ait suivi pendant ye/a^re ans un traitement mercuriell
Certes, quand il théorise en toute liberté, les pieds sur les chenets, il paraît juste à celui qui tient la plume didactique — et un certain public le trouve fort louable — de tout subordonner
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ainsi à la sauvegarde absolue des intérêts sanitaires desquels il a assumé charge. Aux yeux de» moralistes comme aux yeux des hygiénistes, on se donne le beau rôle en ne tolérant, pour ainsi dire, en fait de mariage, que ce que Ton ne peut pas empêcher. Tant qu'il ne s'agit que de légiférer, rien ne gêne. Allez de l'avant, mes bons amis; quand on prend du mercure, c'est comme quand on prend du galon ! En fait d'adhérents, oh ! vous pouvez tabler sur tous les pères de famille. Mais, pour les malades, comptez ce qu'il vous en restera de fidèles, de fidèles jusqu'au bout. Et, croyez-moi, veillez bien aux issues : le moindre praticien, le premier médicastre deplanton à votre porte, va se faire, avec vos transfuges, une honnête clientèle !
Le progrès a marché cependant. En analysant, en médecin, le processus de ces maladies cycliques que si longtemps on se contenta de traiter en empirique, on a déterminé les lois de leur évolution. On sait combien, sous ses déviations apparentes, celte évolution, au fond, affecté de régularité ; on sait à quel faible degré certains agents thérapeutiques, jadis réputés souverains, l'influencent en réalité ; et l'on est enfin sur la voie — conquête qui résume toutes les autres — de pouvoir, aux premières atteintes de ce mal, re-^ connaître, par conséquent mesurer et prévoir la force ainsi que la durée de ses coups ultérieurs.
XVJII PRÉFACE.
Rompre avec les méticuleux errements des vieilles doctrines ; avec cette extrême prudence qui n'est que le masque d'une extrême impuissance ; avec une incertitude d'autant plus nuisible que, volontaire et systématique, elle se donne comme le dernier mot de la science, comme l'unique garantie des intérêts de la famille ; — traduire en conseils clairs et précis les acquisitions d'une science nouvelle qui a osé porter la main sur le Protée vérole, sur le fétiche mercure ; — au nom des solides distinctions qu'elle a fondées, pouvoir dire aux vénériens : tel péril vous menace à telle date ; mais cette date passée sans encombre, vous en voilà délivrés pour toujours ; — tel accident est contagieux, contagieux quelque remède qu'on y applique ; — tel autre peut, sous ce rapport, être rendu momentanément inoffensif ; — celui-ci est dangereux par contact, celui-là ne l'est que par génération ; — ce médicament guérira chaque récidive du mal ; oui, mais n'y comptez pas pour en prévenir le retour; — brûlez cette lésion, sans prodiguer contre elle une médication interne, garantie aussi illusoire pour l'avenir que remède impuissant pour le présent ; — dans telle situation, vous pouvez impunément être époux, mais pour devenir père sans danger, sans remords, il vous faut tel supplément de temps d'observation, d'épreuves physiques, morales, climatériques, météorologiques; - — il vous faut ce