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la fuite. Pirhua, resté seul, persuada aux femmes de ses frères que celui d’entre eux qu’il n'avait pu séduire avait été enlevé au ciel. Il construisit alors la ville de Cuzco, s’en fit proclamer roi et se fit vénérer comme fils du soleil. Montesinos ajoute que Pirhua-Manco n'était point idolâtre, mais qu'il connaissait le vrai Dieu « ainsi que son ancêtre Noë le lui avait enseigné.» Il place donc l’existence du fondateur de Cuzco longtemps après le déluge , mais plusieurs siècles avant J.-C. (1).
Après avoir fait connaître la longue suite des successeurs de Pirhua-Manco, fils du soleil, Montesinos raconte que l'empire du Cuzco tomba dans une effroyable anarchie; les hommes, redevenus barbares, s’adonnaient à l’idolâtrie et se livraient au vice contre nature; la corruption était générale; les femmes offlensées du mépris qu’on avait pour elles, révoltées de la dépravation de leurs époux et de leurs frères, se réunissaient souvent pour pleurer ensemble sur leur abandon et chercher les moyens de porter remède aux maux qui désolaient l’empire. Une princesse du sang royal, nommée Mama-Cibaco, jouissait parmi ses compagnes d’une grande autorité; ses moindres paroles étaient respectées comme des oracles. Déjà un grand nombre d'hommes, ramenés dans la bonne voie, s'étaient joints aux femmes et demandaient au ciel la fin des maux qui désolaient le pays. A leur tête, était le fils de Mama-Cibaco : c'était un jeune homme de vingt
(4) Moutcsinos, c. I, p. 1-9. Édit. Ternaux-Compans , Paris 1840.
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ans appelé Roca. Ses compagnons l'avaient surnommé Jnca, ce qui veut dire Seigneur (1), caril exerçait sur eux le même charme que sa mère sur les femines qui l’entouraient. Ilétait d’une si grande beauté que sa vue suflisait pour inspirer du respect et de lamour. Maäma-Cibaco, ayant consulté une de ses sœurs qui s’adonnait à la magie, résolui de faire part à son fils du dessein qu'elle méditait depuis longtemps. Elle l’appela auprès d'elle, et, dans un discours éloquent, elle s’appliqua d’abord à lui mettre sous les yeux la félicité passée du Guzco sous ses anciens maîtres, puis après lui avoir rappelé les causes qui avaient amené la ruine de la monarchie et la désorganisation sociale qui en avait été fa suite, elle lui fit connaître la résolution qu'elle avait prise de l’élever au rang de roi, ajoutant qu'elle comptait sur son énergie et sur son courage pour rétablir la ville et l'empire du Cuzco dans leur ancienne splendeur et restaurer la religion, la morale et les institutions. Son fils, lui ayant donné l’assurance qu'il exposerait sa vie pour réussir dans une entreprise aussi glorieuse, elle ne s’occupa plus que d'en préparer le succès. Mama-Cibaco fit faire, dans le plus grand secret,-et avec le seul secours de là magicienne, plusieurs plaques d’or très-brillantes et très-minces et une tunique couverte de pierreries. Quand tout fut disposé pour l’entreprise, elle revêtit son fils de ces ornements et le conduisit mystérieusement dans la caverne de Chingana qui
{4} Le sens vulgaire du mot est roi.
domine le Cuzco et se trouve au-dessus de l’emplacement du temple du soleil, où l’on voit aujourd'hui le couvent des Dominicains. Elle lui ordonna de demeurer trois jours et trois nuits dans cette caverne et de faire ensuite une apparition, à l'heure de midi, dans l’endroit d’où il pourrait être le mieux aperçu du plus grand nombre. Pendant ces trois jours, la mère et la tante de Roca répandirent partout le bruit que, pendant qu’il dormait devant sa maison, le soleil l'avait enveloppé de ses rayons et l'avait ravi au ciel. Elles ajoutaient qu'une voix s’élait alors fait entendre : c'était celle du Dieu luimême qui avait promis de rendre bientôt l’Inca à la terre, disant que c'était son fils à lui et qu'il voulait lui donner ses ordres. Les deux femmes firent appuyer leur récit par le témoignage de six personnes, insiruites d'avance de ce qu'elles devaient dire. Tout le monde les crut et pendant les trois jours que Roca passa dans la caverne de Chincana (1) la maison de Mama-Cibaco, chacun voulant s'infor-
, On assiégea mer de sa bouche même des circonstances de ce merveilleux enlèvement. Le quatrième jour la mère de Roca passa toute [a matinée à faire des sacrifices au soleil pour obtenir le retour du jeune Inca. Lorsque lastre eut, à peu près, atteint son apogée, une grande foule se pressa sur la place du Cuzco, de-
(1) Chingana, d’après la traduction de M. Ternaux - Compans ; voy. Montesinos, p. 130. Mais chingana signifie , en créole, cabaret, mauvais lieux situés dans les quartiers retirés des villes et où les
gens du peuple vont faire la débauche. Chincana veut dire retraite, lieu écarté, cachette. L. A.
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