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son père le soleil, Les principaux de la ville, s'étant revêtus de leurs plus beaux habits, montèrent à la caverne, sur Îles traces de Mama-Cibaco. En gravissant [a colline, celle-ci s'arrêta, fit une solennelle invocation au soleil et se prosterna en baisant la terre. 1 était midi. La foule qui se pressait sur ses pas la suivit à Chincana et trouva l’Inca couché audessous d’une pierre. Sa mère l’appela de son nom, puis le tira doucement par ses vêtements. 1] feignit de s'éveiller d’un profond sommeil, et, tournant ses regards du côté des assistants, il leur dit : « retournez au lemple ; là, je vous instruirai des volontés de mon père le soleil. » Il se leva et tous le suivirent. L’inca monta sur un trône en or qui lui avait été préparé au milieu du temple, et annonça qu'il était envoyé par le soleil pour faire revivre les anciennes lois ; qu’ils eussent donc à se soumettre à ses ordres. Ces paroles, prononcées avec toute la majesté possible, et accompagnées de menaces, produisirent un grand effet sur l'assemblée. Roca, prémier Inca, fut reconnu par les habitants du Cuzco et par les peuples voisins (1).
Telle est la poétique légende recueillie par Montesinos sur le premier Inca, auquel il attribue, comme on le voit, le rôle de régénéraleur et de civilisateur que les autres historiens donnent à Manco-
(1) Peralta , dans son poème intitulé Lima fundada (Lima, 1732, 2 vol, in-4°, chant IT, octave x1v et xy}, rapporte cette tradition: mais il l'attribue à Manco-Capac. Voy. Montesinos, trad. de M. Tersaux-Compans, note 1 de la page 152.
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Capac. Tous ces récits qui ne peuvent assurément point passer pour véritables, ne sont pourtant pas dénués d'intérêt. Les légendes que nous ont laissées les chroniqueurs espagnols pointes comparées, quant à leur valeur historique, à celles qu ‘Hérodote nous à transmises sur l’ancienne Égypte. Les unes et les autres sont dues au témoignage des prêtres, dépositaires des traditions nationales dans ces deux pays. L'étude attentive des monuments doit servir de contrôle et de complément à ces témoignages; et l'on finira peut-être, sinon par faire l'histoire du Pérou, comme on commence déjà à faire celle de b Écypte, du moins par avoir quelques notions certaines sur l’époque qui précède la conquête. Le savant M. de Rougé a lu, il y a deux ans, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, un intéressant résumé de l’histoire d’ Égypte, De d’après les monuments. Quoique ceux qu’on a trouvés au Pérou - ne nous présentent pas les mêmes ressources que les hiéroglyphes égyptiens, peut-être ne doit-on pas désespérer d’en tirer quelque lumière. Nous aurons alors les deux mêmes éléments pour arriver à la connaissance de la vérité : la tradition des prêtres et les découvertes de l'archéologie. Les fictions poétiques des légendes indigènes cachent d’ailleurs au Pérou, comme dans tous les pays, un fond historique et nous révèlent de curieux détails, tant sur les usages religieux, que sur les idées, VA mœurs €t le caractère Frs nations primitives.
Gonzalo Ximénés de Quesada, le premier qui
pénétra dans les montagnes de Cundinamarca en Colombie, trouva, parmi les Indiens Muyscas, des traditions qui présentent une curieuse conformité avec celles du Pérou. Ces peuples ont eu aussi leur Manco-Capac. Il rapporte que, dans les temps les plus reculés, avant que la lune fût créée, les habitants du plateau de Bogota vivaient dans l’état de barbarie, nus, sans lois, sans culture, lorsqu'un vieillard, sorti des plaines situées à l’est de la Cordillère, vint dans leur pays. Il paraissait appartenir à une race différente de celles des indigènes : sa barbe était longue et touflue; il s'appelait Bochica. Son premier soin fut d’enseigner aux hommes l’art de construire des maisons, de se vétir et de vivre en société, Il avait avec lui une compagne appelée Hu ytaca, dont le caractère était difficile et qui contraria son époux dans tout ce qu’il entreprit pour le bonheur de ses peuples. Elle fit enfler la rivière Funzh: dont les eaux couvrirent bientôt toute la vallée de Bogota et fit périr un grand nombre d'habitants. Bochica n’hésita pas à la chasser : elle fut condamnée à éclairer la terre pendant la nuit. Ce fut la lune. Après avoir fait retirer les eaux, il poursuivit son œuvre civilisatrice; établit le culte du soleil. institua des prêtres, divisa le pouvoir et créa un chef séculier et un chef religieux, gouvernement double qui rappelle assez fa celui du Japon.
Les peuples de Colombie reconnaissaient, comme les Égyptiens, deux principes suprêmes: celui du bien, représenté par Bochica, fils du soleil, et celui
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du mal. Après avoir achevé son ouvrage, Bochica se retira dans la vallée sainte d’Iraca, où il vécut au delà de deux mille ans dans les pratiques de la plus austère piété. On doit être frappé également du rapport qui existe entre le Bochica des Muyscas et le Tsong-Kaba du Thibet (1). Le civilisateur de la Colombie participe à la fois du réformateur du bouddhisme et du premier inca du Pérou. Il nous a paru remarquable de rencontrer ces traditions en Colombie, sur la route mêmequ'auraient düsuivreles peuples pour descendre dans le sud de l'Amérique. Ces croyances des anciennes tribus Muyscas, encore très-peu connues aujourd'hui, sont peut-être le trait d'union entre les civilisations de l’Asie et celle du Pérou.
Les Mexicains ont aussi leur Bochica : c’est Quetzalcoatl, homme blanc et barbu, qui donna des lois aux anciens peuples d’Anahuac, leur enseigna les arts utiles, les obligea à vivre en société et dont le règne fut l’âge d’or de cette contrée.
Ainsi tous les peuples nous laissent voir, à l’origine de leur histoire, à travers les fictions dont ils se plaisent à entourer leurs berceaux, des croyances, des idées et des légendes qui présentent entre elles une remarquable conformité.
(1) Voy. l’intéressant et curieux ouvrage de M. Huc : J’oyage au T'ibet, qu’il ne faut lire toutefois qu’avec réserve en attendant que son témoignage soit confirmé par d’autres.
Notre intention n’est pas de faire une histoire détaillée de tous les rois du Pérou. Nous renvérrons, pour l'étude des traditions recueillies sur les règnes des incas, aux écrivains espagnols dont nous avons déjà cité les ouvrages. Garcilaso nous à paru le plus complet, et, nous le répétons, le plus digne de confiance. Peut-être Balboa doit-il être préféré à tous les autres pour lui servir de contrôle. Tout ce qui concerne les expéditions militaires des rois de Cuzco cst rapporté avec beaucoup de détail par Garcilaso. L'exactitude géographique de son récit semble même en garantir l'authenticité.
Les historiens s'accordent assez sur les noms des successeurs de Manco-Capac. La liste que chacun en a faite est, à peu près, la même. Nous mettons ici, sous les yeux de nos lecteurs, le tableau comparatif des incas, seulement d’après les trois écrivains Garcilaso, Balboa et Montesinos. Balboa est le seul qui ait fixé les dates des événements ; maïs ce renseignement est évidemment fort inexact , puisqu'on n’est même pas d'accord sur le nom et l’existence de quelques-uns de ces rois.