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SELON GARCILASO. SELON BALEOA, SELON MONTESINOS, 1 Manco Capac. Manco-Capac, morten 1006.|Roca.
2 Sinchi-Roca. Sinchi-Roca, — 1082.|Halloque-Yupanqui, 3 Lloqué-Yupanqui. Lloqui-Yupanqui, — 1161.[May-Tacapaca.
4 Mayta-Capac. Mayta-Capac, — 1226.|Capac-Yupanqui.
5 Capac-Yupanqui. Tapac-Yupanqui, — 1306. |Sinchi-Roca.
6 Roca. Inca-Ruca, — 1356.|Guarguacac.
7 Yahuar-Huacac. Yagar-Huacac, — 1386.| Huiracocha.
8 Viracocha. Viracocha , — 1438. |Topa-Yupanqui.
9 Pachacutec. Inca-Yupanqui, — 1471.|Huayna-Capac.
10 Yupanqui. Topa-inca-Pachacuti — 1493.|Huascar.
11 Tupac-inca-Yupanqui|Guayna-Capac, — 1525.|Atahualpa.
12 Huayna-Capac. Huasear.
13 Huascar. Atahualpa.
14 Atahualpa.
On peut remarquer dans cette liste les noms Sinchi-Roca et Viracocha, qui ont une physionomie étrangère à l'Amérique. Celui de Viracocha nous paraît surtout rappeler une origine sanskrite. On verra dans la suite que c’est à la fois le nom d’un dieu , du dieu suprême, et le nom d’un inca. Mais Viracocha ne serait pas, comme il arrive souvent, un homme divinisé plus tard. Ge serait plutôt un homme ayant reçu le nom du dieu; quoi qu'il en soit, ce mot est assurément d’une origine étrangère, aussi bien que Îles traditions religieuses qu'il représente. |
Montesinos attribue à Roca, qu’il considère comme le premier inca, une partie des exploits qui figurent sous le règne du Sinchi-Roca de Garcilaso ; mais il mêle aux événements de ce règne des expéditions qui n'eurent lieu, d’après le témoignage des autres historiens, que sous les successeurs du second inca,
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il le considère, en outre, comme le fondateur d’un erand nombre d'institutions religieuses et sociales
qui doivent daier en effet des premiers rois du Cuzco, mais dont Garcilaso ne fait pas connaître l'origine.
I. Sinchi-Roca, 2° inca. Le fils aîné de Manco- Capac lui succéda : il fut le premier, dit Balboa, qui adopta, pour insigne de sa dignité, l’aigrette (1), que les Indiens appellent masca-paycha (2), et le
(4) Balboa, trad. de M. Ternaux-Compans, Paris 1840. — Le mot bandeau traduirait mieux le substantif espagnol borla, qui veut dire yland (ouvrage de passementerie). Par extension borla signifie aigrette, mais seulement pour désigner l’aigrette des docteurs de Facultés. Dans l’origine, cette aigrette était une simple houppe ou gland en soie placé au sommet de la coiffure du docteur et dont la couleur distinguait les différentes facultés. Ces glands acquirent successivement plus d’élévation à mesure que la mode s’évertuait à en faire un ornement, et prirent enfin ur volume et des formes qui en firent une véritable aigrette. Mais, d’après les descriptions données par les auteurs du signe distinctif de la royauté chez les Péruviens, il résulie que la borla était une espèce de galon en laine, garni d’une frange tombante, le tout ayant quatre doigts de large environ et une dixaine de pouces de long. La borla s’appliquait sur le front, s’étendant d’une tempe à l’autre, représentant par conséquent bien plutôt un bandeau qu'une aigretle. Outre la borla , l’inca seul portait bien une espèce d’aigrette composée de deux plumes qui se placaient droites sur le front et étaient maintenues par la borla. L'ensemble de la coiffure se composait donc de deux parties : la borla, écarlate oujaune, que portait le roi ou son héritier et qui est toujours désignée à part en spécifiant sa couleur ; et les plumes qui étaient blanches et noires et que l’inca régnant portait seul : on les désignait toujours à part de la borla ; d’où je conclus que la véritable traduction de borla colorada est bandeau écarlate.
(2) Mazcca-Paycha où Mazcca-Ppachha : de Mazcca, signe, devise, et Ppachha, vêtement, ornement. L.'A.
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manteau royal ou capac-ongo (1). Après avoir rendu les derniers devoirs à son père, en célébrant de splendides cérémonies, il épousa sa sœur, Mama- Caura. Si l’on en croit Garcilaso et Balboa, il s’en faut bien que Sinchi-Roca ait fait toutes les expéditions que lui attribue Montesinos. Il paraît, au contraire, avoir gouverné paisiblement le petit État que son père lui avait laissé et ne s'être guère occupé que d'établissements religieux. C'est à lui, sans doute, qu'il faut attribuer la division du pays en quatre parties qui répondent aux quatre points cardinaux : l’orient, Anti-Suyu, l'occident, Cunti-Suyu, le sud, Colla-Suyu,le nord, Chincha-Suyu. Ces quatre divisions comprennent les pays déja soumis et ceux qui ne l’étaient pas encore : c'était la terre entière; ainsi, le Chili était dans le Colla-Suyu, et Quito, dans le Chincha-Suyu. Montesinos semble avoir confondu les temps en plaçant sous son règne des événements qui ont dû être postérieurs. Il est peu conforme à la vraiïsemblance que les fondateurs des États et les premiers chefs des peuples cherchent à accroître leur empire par des conquêtes au lieu d'affermir leur autorité par des institutions. D'ordinaire, ils nese servent des armes que pour se faire obéir ; ils mettent leurs soins à s'assurer des sujets, non à dompter des ennemis. Les Romains ont placé à l’origine de leur histoire ce double symbole : Ia Force et la Loi ; Pauto-
(1) Æapac, roi, royal, et Uncu, chemise courte en usage chez les indiens. En sanskrit, Æapdla, chef. Ce mot se retrouve avec le même sens dans les principales langues océaniennes, L. À,
rité, établie d'abord par les armes sur un territoire restreint, affermie ensuite par les établissements religieux. Le premier des rois de Rome se fait craindre et adorer ; le second , respecter et bénir. Tout fondateur d’empire doit chercher à imposer à la foule par quelque action extraordinaire, mais jamais par des exploits lointains qui peuvent mettre en péril son pouvoir naissant. Créer un vaste empire n’est pas ce qui importe : c’est le respect et la confiance qu'il faut obtenir; c’est par le respect que les gouvernements s’établissent; c’est par le défaut de respect qu’ils périssent. Manco-Capac, ou le premier inca , de quelque nom qu'on veuille l'appeler, avait sans doute un royaume très-limité, mais il dut chercher à y asseoir son autorité d’une manière durable en frappant le peuple par des prodiges. I'eut l’art de se faire passer pour le fils du soleil : c'était une œuvre assez difficile et qu’il était de la prudence la plus vulgaire de ne pas compromettre par les chances d’une guerre lointaine. Son successeur dut absorber l’attention de ses sujets par la création d'institutions religieuses. Le premier a dù étonner les esprits; le second, les occuper.
C'est sans doute un des premiérs incas qui a établi les marques distinctives de l'autorité; aussi n'est-ce peut-être pas sans raison que Montesinos attribue à Roca l'invention de la coutume bizarre qui consistait à se fendre les oreilles pour y suspendre de lourds anneaux d’or et d'argent, ce qui fit donner aux incas, et par extension à tous les Péruviens, le nom
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d'Orejones, par lequel les désignèrent d’abord les £spagnols. On voit quelques-uns de ces anneaux énormes au Musée des antiquités américaines du Louvre, fondé par le savant M. de Longpérier, qui a eu le rare mérite de réunir dans un très-petit espace un nombre de monuments curieux assez grand pour donner une idée des deux civilisations, mexicaine et péruvienne.
IT. Llogqué-Yupanqui, 3° inca. Llogquë signifie gaucher, et Yupanqui est la seconde personne du futur du verbe raconter ; proprement : {uw raconteras (les exploits). Ce surnom lui fut donné pour perpétuer le souvenir de ses hauts faits,
Après les fondateurs d’empire et les instituteurs des peuples ; viennent les conquérants. Telle est la suite naturelle des événements qui préparent la grandeur des États. Le troisième inca, comme le Tullus Hostilius de Rome, dut être un prince guerrier; c’est ce que confirme la tradition. Il commença par visiter son royaume, puis il réunit une armée de 6 à 7,000 hommes, et fit trois grandes expéditions dont on peut lire le détail dans Garcilaso. Les conquêtes entreprises par les incas ont un caractère à la fois miliaire et religieux. C’est une guerre de propagande, assez semblable à celles que firent les Arabes après la mort de Mahomet. Les peuples, vaincus par l’inca, ne se soumettaient pas seulement à ses lois, ils devaient encore le reconnaître comme fils du soleil. Quant à l’histoire intérieure de ce règne, elle se trouve racontée avec de curieuses circonstances dans
Herrera et Gomara. Le prince s'aflligeait de n'avoir pas d’héritier. Les Amautas (1), dépositaires des lésendes nationales, racontent que le soleil Lui apparut sous la forme humaine et lui promit de lui accorder un fils. Son frère s'étant occupé de lui chercher une épouse, lui amena la fille d’un Curaca : élle s'appelait Mama-Cava. Les noces furent célébrées avec pompe au Guzco et les nouveaux époux s’établirent à Curicancha (maison d’or du palais des Incas , au Guzco) (2). Ils eurent un fils qu’ils nommèrent Mayta-Capac. Dans ses premières années, le jeune inca montra un caractère difficile, des instincts cruels et sanguinaires. Les fils des seigneurs de Cuzco, qui étaient admis à ses jeux, avaient beaucoup à souffrir de ses brutalités. Souvent même ils se retiraient estropiés. En se divertissant avec les fils des Curacas d’Allcay-Villcas, le jeune prince les blessa si grièvement que leurs pères en conçurent une haine mortelle contre l’inca. Résolus de se venser et de faire périr Mayta-Capac, ils chargèrent de l’entreprise dix Indiens qui se rendirent secrètement au Cuzco avec des armes cachées sous leurs habits. Quand ils arrivèrent à Guricancha, le jeune inca jouait à la boule {cuchu ) (3) avec ses cousins. Mayta-
(4) Æmauta, sage, prudent, réservé. En sanskrit, matimat a le même sens. L. À.
(2) Ccori , or, et Cancha, cour, place. Ccoricancha ne peut faire palais d’or que par extension : le palais de la cour d’or. L. À.
(3) Je crains que ce mot, cuchu, ne soit pas le véritable nom de ce jeu, en qquichua, et je serais tenté de le considérer comme ue corruption du mot espagnol bocha qui veut dire boule, quand il s’a-