‹ Le Pérou avant la conquête espagnoleChapitre 17 sur 38 · SARA AT · texte numérisé non relu

SARA AT

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Quelques historiens prétendent que ce ne fut que longtemps après la victoire de Viracocha sur les Chancas rebelles que mourut Yahuar-Huacac dans la vallée de Muyna. Mais il aurait cessé de régner sur le Cuzco. Quelques-uns ajoutent qu’une autre maison royale se serait établie à Muyna. On voit dans cette étroite vallée de magnifiques ruines. Balboa attribue l'espèce d’usurpation que nous avons rapportée, non à Viracocha, mais à son successeur. Ainsi Viracocha en aurait été la victime et non l’auteur (2):

L’inca, voulant honorer son père le Soleil et rendre impérissable le souvenir de l'apparition qu'il avait eue à Chita, fit élever, en ce lieu même, un temple dont la forme rappelait celle du rocher sous lequel il était couché lorsque le fantôme lui était apparu. Ce temple avait 120 pieds de long. Viracocha fit ensuite de grandes expéditions. Balboa , sans mentionner les événements que nous avons rapportés plus haut d’après Garcilaso, parle de grandes invasions qui auraient eu lieu sous le règne de cet inca. Son fils Yupanqui avait pris à son service un ouvrier de la grande nation des Ghancas. C’étaient les Curacas de ce pays'qui lui avaient procuré cet artisan, réputé fort habile dans la fabrication des geurs européens auront fait faire aux créoles qui se repentiront un jour d’avoir ainsi renoncé à ce dernier reste de puissance morale, qu’ils exerçaient à si peu de frais sur les naturels ; mais il faut marcher avec son siècie et respecter partout les droits de l’homme, dût-on être

écrasé par eux sans profit pour personne. L, A. (1) Balboa, p. 45-47.

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vases dont les incas se servaient pour renfermer la llipta. Un jour, cet ouvrier s'étant enivré, s’oublia au point de frapper le jeune prince à la tête avec un de ces vases; pris aussitôt, mis à la torture, le potier accusa faussement les Curacas de complicité : et confessa qu'il était Pinstrument de leurs perfides complots contre la vie du jeune inca. Celui-ci, transporté de colère, fi£ invasion dans le pays des Chancas, et ne procéda que par d’horribles massacres. Le même historien ajoute qu'après la victoire, Yupaner, dans un sacrifice solennel, un grand

nombre d'enfants. Ce n’est pas le seul exemple qu'on

qui fit égor

trouve dans les historiens de sacrifices humains faits par les incas. Il est vrai que Garcilaso nie formellement que ce culte barbare ait jamais existé sous leur domination; mais, sur ce point, peutêtre ne faudrait-il pas ajouter beaucoup de foi au témoignage de l'écrivain péruvien que l’on accuse avec raison de partialité en faveur de sa royale famille. Il est certain, toutefois, que les Espagnols ne trouvèrent dans ce pays aucune trace récente de cet usage, si répandu au Mexique sous la dynastie aztèque dont Montezuma fut le dernier roi (1). N'ayant été témoins d'aucun fait de cette nature,

(1) Il faut ajouter que ces pratiques sanguinaires commencaient À s’affaiblir, même au Mexique, lors de l’arrivée des Espagnols. Les petites statues en terre trouvéés en si grand nombre au pied des téocallis, ou temples pyranfidaux, et dont on peut voir de nombreux échantillons au Musée des antiquités américaines du Louvre, prouvent qu'à l’époque de la conquête , on commençait à substituer les sacrifices en effigie aux immolations humaines des anciens temps. 10n DZ

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ils n'ont pu consigner, à cel égard, que de vagues traditions. Nous ne doutons pas toutefois que ces sortes de sacrifices n’aient été longtemps usités dans cette contrée comme l’attestent les monuments dont nous venons de parler; mais nous croyons, avec M. Angrand, que ces monuments sont antérieurs à l’époque des incas.

Montesinos place sous le règne de Sinchi-Roca des événements qui présentent quelque conformité avec ceux que Garcilaso comprend sous le règne de Viracocha etil attribue à ce dernier roi des conquêtes qui n'auraient été accomplies que sous ses deux successeurs, Pachacuti et Yupanqui (d'après Garcilaso). Il n’est pas facile de dire de quel côté est lPerreur. Elle procède peut-être de ce que Viracochainca est aussi nommé Yupanqui, ce qui fait que Montesinos aura, sans doute, réuni les événements de deux règnes en un seul. Il ne place en effet rien d’important sous le règne de Yupanqui et il fait de Viracocha un véritable Alexandre : c'est lui qui auraitconquis Quito, serait revenu par Guayaquil (1), aurait passé dans Pile Punah, et, le premier, aurait soumis les Chimos, les Canaris et les Chonos; Montesinos parle enfin d’un certain voyage que Viraco-

(1) Il paraît à peu près prouvé, en effet, que la partie de la République actuelle de l’Équateur, où se trouve Guayaquil, n'aurait été soumise par les Péruviens qu'après la prise de Quito, qui se trouve cependant à 60 lieues au nord de Guayaquil. Mais l’armée des incas avait pénétré dans l’intérieur en quittant la province des Chachapuyas, afin d'éviter le passage des rivières, Ils laissaient ainsi Guayaquil fort loin sur leur gauche, L. A,

cha aurait fait au Chili où régnaient ses neveux (1).

Balboa nous donne en détail le récit de ces mêmes expéditions; mais il les place sous le règne de Yupanqui dont il fait le successeur immédiat de Viracocha. Il ne se trouve pas d'accord, en cela, avec Garcilaso qui intercale Pachacuti entre ces deux Incas. Il est vrai que le règne de Pachacuti fut presque’entièrement rempli par les exploits de son frère Capac-Yupanqui : c’est ce qui explique sans doute l’omission, faite par les autres historiens, du règne de Pachacuti. D’après le P. Acosta, Viracocha se serait appelé aussi Pachacuti ; mais ce ne serait pas une raison pour taxer Garcilaso d'erreur et pour supposer qu'il a partagé en deux règnes les événements qui auraient dû s’accomplir en un seul; car il connaissait le surnom de Pachacuti donné à Viracocha et il cite même le passage du P. Acosta. De plus, il raconte quelui-même, avantson départ pour l'Espagne, étant allé visiter, au Cuzco, le licencié Paulo Ondegardo, il avait vu, réunis dans une salle, les corps des cinq derniers incas, embaurnés, revétus de leur costume, le front ceint du bandeau royal et les mains croisées sur la poitrine. Parmi eux, se trouvait Pachacuti. C’est donc encore au récit de Garcilaso que nous donnerons la préférence et nous croyons que ce sont plutôt les autres historiens qui ont commis l'erreur. Elle s’expliquerait d’ailleurs tout naturellement ; le règne de Pachacuti étant rem-

pli par les exploits de son frère qui s'ap pelait Vu pan-

(4) Montesinos, p. 177-210,

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qui comme Île fils et successeur du roi, ils auront fait un seul règne des deux et un seul homme de loncle et du neveu.

Viracocha, avant de mourir, annonça qu'il arriverait au Pérou une race d'hommes barbus et tels qu’on n’en aurait jamais vu; qu'ils tireraient les Indiens de leur ignorance et renouvelleraient la face du pays. Cette tradition, qui peut avoir un fond de vérité, se retrouve dans presque tous les auteurs espagnols ; mais on croit qu'elle aura été inventée par les Indiens après la conquête. Montesinos place aussi cette prédiction sous le règne de Viracocha ; seulement illa met dans la bouche des prètres. Ceuxci annoncent aux Péruviens que « deshommesblanes, barbus et très-cruels viendront d’un pays très-éloisné et s'empareront de tous leurs États (1). »

Viracocha avait épousé Mama-Rundu-Coya (2) et en avait eu plusieurs enfants dont l'aîné est Titu- Manco-Capac qu’il surnomma Pachacutec, c’est-àdire, qui change le monde (Garcilaso)}. Le même historien ajoute que Viracocha eut sa statue placéedans le temple du Cuzco au-dessus de celles du Soleil, du tonnerre et desautres idoles. Il fut éonsidéré comme seigneur universel et créateur du monde. L’historien confond évidemment ici l'inca Viracocha avec la divinité dont il avait pris le nom.

VIIT. Pachacutec. 9° inca. — Nous n'avons à men-

tionner sous Île règne de cet inca que les exploits

{4) Montesinos, p. 210.

(2} Balboa, p. 41, Montesinos , p, 212.

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de son frère Yupanqui. Ce dernier s'empara de la province de Sausa (aujourd’hui Xauja ou Jauja) qui est à 30 lieues à l’est de Lima. Elle était habitée par les Huancas. Après avoir fait d’autres conquêtes, il revint au Cuzco. Ayant entrepris une seconde campagne dans le même payset soumis, entre autres provinces, celle de Piscopampa (voisine de Lima) et de Cunchucu (aujourd’hui pays des Conchucos), il se dirigea vers les contrées équatoriales et rangea sous les lois de l’inca Casamarca (aujourd’hui Caxamarca) et Chincha (au sud de Truxillo). Il attaqua la forte peuplade des Fungas ou mieux Yuncas (1) qui adoraient le grand Pachacamac longtemps avant la conquête des incas. Garcilaso, trompé, peut-être, ici par le récit de ses oncles, dit que, primitivement, le culte de cette divinité avait été introduit chez les habitants de cette contrée par les premiers rois conquérants du Guzco : il n’y à nulle apparence; tout porte à croire, au contraire, que c'était alors le seul

(1) Les peuples qui habitaient la vallée de Lurin ou de Pachacamac étaient les Funcas, ou plutôt une nation d’Funcas. Funca, en qquichua , veut dire vallée ou plaine: par extension, les côtes maritimes, qui sont des terres basses pour les habitants de Cuzto. Funca voulait dire aussi, par extension, terres chaudes, car, pour les habitants de la Cordillère, où la température est généralement froide , les plaines, les vallées et les côtes étaient des {erres chaudes. D’après cela, tous les habitants de la côte étaient des Funcas ou habitants des terres chaudes; ceux de Lurin comme ceux de Zambayequé; ceux de Huanchaco , où résidait le grand Chimu, comme ceux de Piura, et toutes les autres peuplades de la côte étaient indistinctement désignées par le nom générique de Funcas, auquel on ajoutait le nom de la localité habitée par chaque peuplade, L, A,

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temple consacré à Pachacamac. On y trouva des figures représentant des renards et des poissons, qui paraissaient avoir été des idoles, mais qui symbolisaient sans doute, des divinités d’un ordre inférieur. Les sacrifices humains étaient encore en usage chez ce peuple lors de la conquête péruvienne. Comme ce temple était en terre et en bois ainsi que tous les monuments de la vallée de Lima, il en restait fort peu de choseau temps de Garcilaso, et, aujourd’hui, l’on n’en voit plus que les fondations (1). Les incas, ou plutôt les Espagnols, ont détruit tous les monuments religieux pour leur en substituer denouveaux. Ilexistait, dans ce temple, une idole appelée Rimac (qui parle) parce qu’elle rendait des oracles. Les incas conservèrent une partie de ce culte etles Yuncas, de leur côté, renoncèrent à l’adoration du renard et des poissons. Ils acceptèrent la religion du Soleil, et, dans le nouveau temple, les deux divinités se trouvèrent confondues. Mais le grand Pachacamac,

(1) Il existe encore les fondations et la partie inférieure des murailles dont lé haut, en s’écroulant, a enterré les parties basses de l'édifice. Je crois qu’en déblayant ces ruines, on pourrait retrouver le plan du temple et des édifices qui en dépendaient. Je ne pense pas que ce soient les incas qui aient détruit ce temple, car cela eût été en oppositiou avec la vénération qu’ils professaient pour Pachacamar, dont ils avaient confondu le culte avec celui, plus ancien chez eux, de 71racocha. Sans rien affirmer, je crois que ce dernier était l'être suprême pour la race royale plus particulièrement, tandis que Pachacamac était celui qu’adorait le peuple. Ce sont, à mon avis, les Espagnols qui ont détruit le temple de Pachacamac avant de pénétrer dans l’intérieur du Pérou : c’est ce qui fait que Gareilaso ne Pa vu que ruiné, sans

que pour cela la destruction de ce monument dût remonter à une épo=

que antérieure à la conquête espagnole, L, A

étant un pur esprit, ne pouvait être représenté par aucune figure. On bâtit aussi en ce lieu un couvent de vierges comme au Cuzco.

Le fils de linca, qui s'appelait Yupanqui, comme son oncle, soumit tout le pays dans lequel fut plus tard fondée Truxillo.

On remarque une grande conformité entre les événements du règne de Pachacutec, suivant Garcilaso, et ceux de la première partie du règne de Yupanqui d’après Balboa. Ces deux écrivains ne différent donc, quant aux faits généraux, que sur le nom de l’inca régnant, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Balboa nousreprésente Yupanqui revenu vainqueur de trois expéditions et faisant son entrée triomphale au Cuzco avec une pompe extraordinaire : on croirait lire la description du triomphe d’un César dans Rome. Rien n’y manque, pas même les chansons du cortége. C'est à cet inca que le même historien attribue la fondation du temple du Soleil à Ccoricancha. Il rassembla ensuite au Cuzco tous les prêtres du pays et, dans cette espèce de concile national, on aurait discuté des questions de dogme et de discipline. Le but de cette réunion était d'établir dans tout empire des Incas une croyance et unculte uniformes. Il y fut décidé d’abord que le Soleil (/nti) aurait droit aux premiers hommages des Péruviens el demeurerait la grande divinité protectrice de la race royale et des peuples soumis à ses lois. Venaient ensuite : 1° la lune, Quilla ou Mama-Quilla, épouse et sœur du Soleil; 2° les étoiles, Coillur ou

soi TOR Coyllur, et en particulier Vénus, Chasca ; 3° le tonnerre, Yüllapa (1) (foudre) ; 4 l’arc-en-ciel appelé Chuychu ou Kuychi; 5°la terre, Hinantin-Ppaccha(2). L’inca fit alors aux prêtres assemblés un fort long discours dans lequel il leur reprocha leur ignorance et leur révéla l'existence d’un Dieu suprême, immatériel, créateur du monde, et régulateur du Soleil lui-même. Les assistants reconnurent et arrêtèrent alors qu'il existait un Dieu unique, suprême et infini. On lui donna le nom de Ticci-Viracocha-Pachacamac (3), « c’est-à-dire principe de tout ce qui est bon et créateur du monde (4). » La pratique de toute autre religion, non reconnue par l’assemblée du Cuzco, fut sévèrement proscrite. Il est remarquable que Balboa ne fasse remonter le culte de Pachacamac qu'a l’époque où la nation qui adorait cette di-

(1) AIntillapa, selon Balboa : Znti veut dire le soleil. Je doute que le nom Intillapa soit de formation ancienne. Je le crois bien postérieur à la conquête pour exprimer l'éclair, qui se disait, en qquichua, Uliuk, Uiuknig. L. À.

(2) De hinantin, tout, et ppaccha, lieux : tous les lieux sans exception ; et en effet, Æinantin-pacha, ou ppaccha, est le vrai nom de la terre, Mama pacha, nom donné par Balboa, me semble moins authentique : il pourrait bien être de formation postérieure à la conquête, et, dans tous les cas, voudrait dire liex nourricier, c’est-àdire la terre produisant des fruits, la terre labourable ; et ce ne serait pas sous ce nom que les Indiens l’auraient révérée ; mais bien sous celui de Ainantin-ppaccha. Garcilaso ne dit pas que la terre eût sa place dans les temples du soleil, tandis que la lune, les étoiles, la foudre et l’arc-en ciel en avaient une séparée ( Commentarios reales,

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(3) T'icci, fondement, origine. L. A.

(1) Balboa, p. 58-61. — I] me paraît avoir accepté ces explications et ces tdiéfinitions bien à la légère, L, À.

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vinité fut (selon Garcilaso) soumise par les incas. Nous en devons conclure que ce culte était inconnu du prédécesseur de Pachacutec et que c'est de son règne que date l'établissement d’une religion supérieure à celle du Soleil et empruntée à des notions morales et philosophiques d’un ordre plus élevé.

L'expédition dans les provinces du nord est racontée, à peu près de la même manière, dans les deux historiens. Balboa a vu, dans un lieu appelé Chanchan, à une demi-lieue de Truxillo, les ruines du palais des anciens rois de ce pays. Il ajoute que leur postérité subsistait encore de son temps et que le cacique Mancique, baptiséen 1550, descendait de cette famille royale (1).

IX. Yupanqui, 10° inca. Pachacutec étant mort, son fils, déjà célèbre par les dernières guerres, lui succéda. Il prépara une grande expédition vers l'Orient et entreprit une campagne contre les Chunchu (aujourd’hui Chunchos) qui habitent sur les confins dela plaine du Saint-Sacrement, c’est-à-dire, sur le revers oriental de la chaîne des Andes. Ils se peignent le visage.et portent sur la tête des plumes de perroquet. Ils acceptèrent le joug de l’inca et lui envoyèrent des présents. Les vainqueurs pénétrèrent ensuite dans le pays du Mussu (aujourd’hui Mojos). Une grande partie de l’armée s'établit dans cette contrée, contracta des mariages avec les indigènes et ne revint jamais au Cuzco. Les peuples de Chirihuana

(1) Voyez, pour toute cette conquête, Feijod. Relacion de la ciudad de Truxillo. Madrid, 1763, p. 25 et 85.

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qui habitent à l'est du lac Fiticaca se défendirentavec tant d'énergie qu'il fut impossible de les soumettre. Ils étaient anthropophages. À l'époque de læ conquêle espagnole, ils paraissent avoir été plus civilisés. On peut les assimiler aux Bohémiens de l'ancien continent. Ils ne séjournent jamais dans leur pays, mäis parcourent l'Amérique, trafiquant de toutes choses ; ils exercent la médecine, vendent des drogues, des simples, des philtres et disent la bonne aventure ; ils pratiquent même l’avortement.

L'inca Yupanqui fit faire ensuite une expédition au Chili. Après avoir traversé le désert Patacama ou Tacama, qui a 80 lieues, l’arméearriva à Copiapu (aujourd’hui Copiapo) où se trouvent des mines d’arsent. Ayant ensuite franchi un nouvél espace de 80 lieues, elle soumit fa vallée de Cuquimpu (Coquimbo), et, 50 lieues plus au sud encore, la vallée où se trouve aujourd'hui Santiago; enfin, à 50 heues de là, toujours en se dirigeant vers le midi, elle parvint jusqu’à la rivière Maulli (aujourd'hui Maulé) au-delà de laquelle commençait le pays des terribles Araucaniens (1) qui défendirent si vaillamment leur

(4) Aujourd’hui, le territoire des Æraucaniens ne commence qu'à ja hauteur de San-Carlos de Chiloë , ét l’on a prétendu que jamais ils n'étaient rencontrés plus haut que Valdivia. FN se pourrait qu'ils eussent été refoulés dans le sud lors de la conquête espagnole et qu’ils s’étendissent jusqu’au Mauilli à l’époque où les incas soumirent le Chili. Ti pourrait se faire aussi, et cela est plus probable, que le nom d’Æraucaniens fût donné collectivement aux tribus qui occupaient tout le pays depuis {e Maulli jusque dans le sud, au delà de Chiloë, etque, dans la suite, cette appellation eût été conservée seulement à la tribu restée insoumise qui avait donné son nom à toutes les autres, L. A.

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indépendance contre la nation espagnole. C'est par Ja rivière Maulli que fut bornée à tout jamais la domination des incas au sud.

X. Tupac-Yupanqui, 11° inca. Une partie des exploits que Garcilaso attribue à cet inca sont racontés par Balboa sous le règne de son père, notammentses campagnes dans le Chincha-Suyu et la conquête du royaume de Quito. Get historien place aussi sous le règne de Tupac-Yupanqui l'expédition au Chili que nous venons de rapporter et l'édification du temple de Pachacamac (1).

L’inca Yupanqui surnommé Tupac(ce quine veut pas dire brillant, mais bien royal, fils de roi), fit d’abord une expédition dans le nord vers Casamarea (Caxamarca) ; 1 soumitensuite différentes peuplades de l’est et,entre autres, celle du Huacrachucu(2), qui portaient sur la tête un bandeau de laine noire mouchetée de blanc et une corne de cerf en guise d’ai-

grette. Ils adoraient les couleuvres : un grand nombre

de ces animaux étaient même représentés dans leurs maisons. Aprèsde nombreuses conquêtes, les armées du Cuzco se dirigèrent vers Quito dont elles s’emparèrent à la suite de longs efforts. Elles poussèrent jusqu'à la province des Quillacencas (dont le nom si-

gnifie nez de métal, ou, plutôt, nez percé) (3); c'est,

(1) Balboa, p. 141.

(2) Auaccra, forme, et chuce, bonnet, tout ce qui se met sur ia tête. L, À.

(3) Qquilla, lune, — cicatrice, toute sorte de blessure, et cencca, nez, En qquichua, chaque métal a un nom distinct, mais aucun ne

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du moins, le nom que les Indiens donnaient à ces peuples parce qu'ils étaient dans l’usage de se percer la cloison du nez pour y introduire un anneau d'or, d'argentou de cuivre, comme les bayadères de l'Inde. La province de Caranqui fut la dernière conquête des Péruviens dans le Chincha-Suyu. Les habitants deLambayequé racontaientencore, au temps de Dal. bon, l’arrivée des incas dans leur pays. La lângue qu'ils parlaient à cette époque différait essentiellement du Qquichuaet de PAymara, parlées au Pérou. C'est la langue des Yuncas (1) qui s’est consacrée jusqu’à nos jours dans les Corrégimientos de Piura, de Truxillo, de Zaña et de Caxamarca. M.Ternaux- Compans en donne un spécimen dans son édition de Balboa; elle présente quelques rapports avec le chinois, quant aux terminaisons. Lambayequé avait

s'appelle gquilla. Le seul mot générique employé pour désigner Îles métaux bruts est mama et encore y joint-on le nom du métal que contient le minerai , exprimantainsi le fait de l’enfantement à venir : ccor? mama , minerai d’or, mère de l’or, collque mama, minerai d’argent, mère de l’argent. Je pense donc qu’il y a erreur dans la signification donnée par l’auteur espagnol au nom des Quillacencas. Garcilaso (1. VIII, c. vnr) dit que le nom de quillacenca veut dire nez de fer, parce que ces peuples mettaient à leur nez des anneaux d’or, d’argent ou de cuivre. On devrait plutôt supposer qu’ils s’appelaient nezpercés, nez-cicatrisés, parce qu’ils se perçaient en effet le nez pour y passer ces anneaux. Toujours est-il que le fer était inconnu aux Indiens avant la conquête, que quilla ne veut pas dire métal et ne désigne aucun métal en particulier, et que l’on ne peut s’appeler nezde-fer, sous le prétexte qu'on a un morceau d’or, d'argent ou de cuivre passé dans le nez. L. À.

(1) Je pense que cette langue était une de celles des Funcäs, mais

non la langue yunca ; reste à savoir quel nom elle portait en particulier, L, À

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eu d’abord ses rois particuliers, puis ce pays avait été soumis par les Yuncas dont le chef suprême, Chimo-Capac (1), fut vaincu par l’inca. Mais les Curacas de cette province ne cessèrent d’être choisis dans la familleroyale de Lambayequé et conservèrent une certaine indépendance sous la domination péruvienne, comme, plus tard, sous celle des Espagnols. Foute cette expédition est placée par Balboa sous le règne de Yupanqui, mais il lui donne pour chef Tupac-inca. Cette similitude de nom entre le chef etle roi explique peut-être la différence d'époque des deux récits.

Tupac-Yupanqui acheva la construction de la forteresse du Cuzco commencée par son père. Nous en donnerons plus loin la description. Balboa assure que Tupac-inca avaitété surnommé Pachacuti et il dit à ce sujet : « Plusieurs auteurs qui ont écrit tranquillement dans leur cabinet, en Espagne, ont ajouté à la liste des incas un prince auquel ils donnent ce nom (Pachacuti); mais la vérité est que Pachacuti est un surnom donné à Tupac-inca, qui fut si aimé de ses sujets quequand, par la suite, ils se trouvaient heureux, ils disaient que le temps de Tupac-inca était revenu. » Entre ce témoignage et celui de Garcilaso nous n’hésitons pas à préférer le dernier, qui devait être au moins bien renseigné sur ses propres

(4) Je doute qu'avant la conquête espagnole, on ait jamais donné le titre de capac (titre royal dans la langue qquichua) à Chimu qui pouvait bien prendre celui de roi dans sa propre langue, mais qui n’a ja-

mais dû le prendre dans la langue de ses vainqueurs, sous la domination desquels il n’était qu’un simple curaca, L. À.

ancêtres quand si peu de générations les séparatent de lui: Pachacutec-inca , dont Balboa contesté l’existence, aurait été le trisaïeul de Garcilaso,

C'est à Tupac-inca que Balboa attribuel’établissement des foires ou marchés et la division de l'année en 12 mois d’après la marche du Soleil, Cet inca aurait, de plus, fixé la liturgie des fêtes établies dans chaque mois (1). Il eut de sa femme, Mama-Oello, Huayna-Capac qui lui succéda.

XI. Huayna-Capac, 12° inca. Le premier som de cet inca fut de régler les cérémonies qui devaient avoir lieu à l’occasion du sevrage. Peu de temps après son avénement, Huayna-Capac laissa au Cuzco Huascar qu'ilavait eu desa seconde femme, Rava-Oello, et se rendit à Quito où il épousa la fille de l’ancien roi de ce pays, qui fut mère d’Atahualpa. Il fit ensuite la conquête de toute la côte qui est au sud de Tumpiz (aujourd’hui Tumbes) Cette expédition fut longue et difficile. Balboa la raconte en détail et nous fait connaître les fatigues excessives et les maux sans nombre qu’éprouvèrent le roi etson armée dans ces contrées inhospitalières. En effet, la côte qui, dans la Colombie, est couverte de forêts et de fertiles vallées, ne présente plus, au sud de Tumbes, qu’une suite de déserts, qu'une longue plaine aride dans laquelle il ne pleut jamais et qui n’est interrompue que par des vallons étroits arrosés par les petits fleuves qui se rendent dans l'Océan

(4) Balboa, P: 123-1 28.

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