‹ Le Pérou avant la conquête espagnoleChapitre 31 sur 38 · DT D NE SES · texte numérisé non relu

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qu'il a faits sur les lieux, sont entiérement nouveaux: ils Pétaient, du moins, lorsqu'il a bien voulu nous les communiquer. Ces dessins nous ont révélé l'existence de monuments, dont nous n'avions trouvé la trace nulle part ailleurs. M. Texada, riche propriétaire, à qui appartiennent les immenses terrains sur lesquels se trouvent ces ruines, paraît y avoir pénétré le premier, quelques années avant M. de Sartiges, qu'il prétend aussi avoir accompagné dans son voyage, en 1834. Les Indiens ont servi de guides aux deux explorateurs français. On peut soupconner même que les indigènes y peuvent parvenir par un autre chemin plus sûr et plus commode, dont ils se gardent bien de révéler l'existence aux blancs ; car la tradition rapporte que des trésors immenses ont été enfouis parmi ces ruines, à l’arrivée des Espagnols, lorsque les derniers rejetons de la race du soleil se retirèrent dans cet asile sauvage. Gette opinion, qui ne manque pas de vraisemblance, est confirmée par lé nom même de Choccequirao, qui signifie berceau précieux (1). Les Indiens sont trèsjaloux de ces prétendus trésors, et voient d’un mauvais œil tous ceux qui cherchent à pénétrer dans ce lieu, ne soupconnant pas qu’on y puisse aller dans un autre dessein que celui de s'enrichir. Ainsi lon n'a pas seulement à lutter contre des obstacles naturels, mais encore contre le mauvais vouloir et

(1) Chhoqque, précieux, beau, choisi, et qquirau, berceau. C’est probablement chhogque qauirau, berceau précieux ou berceau d’élection, L, À.

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ip = la perfidie des indigènes. On n'arrive à franchir qu'un espace de deux ou trois lieues par jour, à travers les broussailles qu'il faut abattre où brûler, pour se frayer un passage.

C’est sur la crête et sur le versant d’une des arêtes qui descendent du glacier et se terminent par un précipice de 400 mètres, au fond duquel coule l'Apurimac , que se trouvent ces ruines. Rien ne saurait égaler la grandeur sauvage de ces lieux solitaires ; la vallée comprise entre le glacier et les précipices, est d’une admirable fertilité et couverte «aujourd’hui de forêts. On est confondu de voir que l'industrie de l’homme a pris pied sur ces rochers, où le condor seul semblait pouvoir construire son are. Rien de plus imposant que le refuge suprême des fils du soleil, dernier asile de la liberté américaine, C’est là que s’est conservé le nom de la patrie, le culte des ancêtres et le saint amour de l’indépendance, que les incas n’ont pas eru devoir payer trop cher au prix de la plus cruelle misère!

Lorsqu’à force de fatigues on est parvenu jusqu’à cés ruines, 1l faut encore les découvrir sous l’'épaisse végétation qui les cache. Le palais et les fortifications soat plus apparents, parce qu’ils ont été construits sur la crête, dont le sol est aride et rocheux. Les premières constructions que l’on rencontre en arrivant sur cette crête, sont des circonvallations de défense, précédées d’un petit monument qui pouvait être une porte militaire ou un corps de garde. L'on

voit ensuite des bâtiments qui devaient servir de

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casernes ou plutôt de prison. M. Angrand le conjecture, du moins, parce qu'il a Etre que les portes avaient dû être fermées par des pierres énormes, que les efforts d’un seul homme n'auraient pu soulever. Il est donc probable que ceux qui occupaient ces chambres y étaient enfermés contre leur volonté. N’est-on pas tenté de se demander à quoi servait la prison dans ces lieux impénétrables, où le maître et l’esclave, le juge et le condamné sont tous deux prisonniers de l’abime et des glaciers ?

À 150 mètres plus bas, en suivant l’inclinaison de la crête, on arrive aux édifices principaux : Île palais; la salle des bains et deux bâtiments qui paraissent, à M. Angrand, avoir été l’un une ménagerie, et l’autre une salle couverte pour la célébration des fêtes. Un peu plus loin, la crête, aplanie de main d'hommes, forme une place d'armes bordée de deux côtés par le précipice. En continuant à suivre l’arête escarpée de la montagne, au delà de la place, on gravit une espèce d’aiguille, au sommet de laqueli e estun corps de garde. On redescend ensuite dans un creux où se trouve le petit palais. Puis enfin on suit une inclinaison sensible, 4 1,600 pas environ, terminée par le précipice au fond duquel coule l’Apurimac.

Revenons sur nos pas et commençons par le palais principal adossé à la partie rocheuse de la crête. Il se RAR de trois corps de bâtiments rectangulaires, dont deux ont 10" de large sur 15 de long,

et le troisième 8% sur 15. Chacun dé S se eux premiers

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bâtimehts est composé d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage, Ils sont partagés, dans le sens de la longueur, par un mur intérieur qui donne naissance à deux pièces allongées à chaque étage. Il m'y à point d'escalier. La terrasse du troisième bâtiment, qui n’a qu’un rez-de-chaussée, est de plein pied avec l'étage des deux autres, et devait lui servir d'accès. On arrive sur cette terrasse par le sol en pente de la crête, sur laquelle elle est adossée d’un côté. On remarque dans les pièces de ces bâtiments, aux deux étages, des niches entre chacune desquelles sont des pierres saillantes, arrondies en forme de cylindres, de la grosseur du bras, et qui semblent avoir été des porte-manteaux. Des pierres saillantes, servant à cet usage, se trouvent aujourd'hui dans toutes les constructions modernes des indigènes.

Le plancher des salles devait être formé ou plutôt recouvert d'une espèce d’ardoises ; car on à retrouvé des plaques de schiste, qui figuraient sans doute une sorte de carrelage. On reconnaît que des fouilles considérables ont été pratiquées parmi les ruines ; or, elles n’ont pu l'être que par les Indiens qui se rendent en secret dans ces lieux sauvages poussés par le désir de trouver de Por. Il est vrai que M.'Texada prétend y avoir fait faire des fouilles avant: son voyage avec M. de Sartiges ; mais il ne semble pas qu'elles aient été fort importantes ni qu’elles aient rien produit,

Les constructions modernes des Indiens nous

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presque tous les anciens monuments péruviens. Les unes étaient des siéges et les autres des armoires. Les cylindres saillants en pierre, que lon remarque au sommet des pignons, devaient servir d'appui à l’appareil de la toiture.

À côté du palais se trouve une grande salle de 42° de long sur 12" de large, avec des fenêtres de iorme égyptienne, comme celles dont nous avons parlé plus haut. Cette salle peut bien avoir été consacrée aux fêtes qui se célébraient à couvert. Garcilaso parle de ces sortes de pièces et de leur usage (L. VI, c. 4).

ÂAttenante au palais, est une grande salle, au rezde-chaussée, dans le fond de laquelle sont pratiquées treize niches, et qui est percée de quatre portes et de trois fenêtres au côté opposé. Au fond de chacune des niches, à 1* du sol. est une petite niche. Outre les porte-manteaux, on remarque, entre chaque niche, des anneaux fixes en pierre, et faisant saillie sur le mur. Ces anneaux sont formés de pierres percées en forme de boucles, et les cylindres de pierre sont peut-être des perchoirs. Si cela était, cette particularité nous apprendrait que l’édifice dont il s’agit serait l’unique modèle, bien conservé, des ménageries des incas. On lit en effet, dans Garcilaso, que l’on voyait au Cuzco, dans le palais des rois, des puma-curcu (poutres des lions), auxquels on attachait , les lions (pumas) ou autres animaux féroces offerts à l’inca. Il existait, dans la ville du Cuzco, un quartier dont.le nom rappelait, encore après la conquête, cet ancien usage. Les Curacas,

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dans les provinces, nourrissatent aussi des animaux

féroces dans des espèces de ménageries, On n’y gardait pas seulement des lions, mais aussi des reptiles et des oiseaux de proie. Au Cuzco, l'établissement réservé aux couleuvres s'appelait Amaru Cancha (maison des serpents) (1}, et celui des oiseaux, Suri Huaylla (champ des autruches) (2). C'était ordinairement à l’entrée de la demeure des Curacas que se trouvait la salle des lions (3). Les gardiens se tenaient du côté opposé aux anneaux et aux perchoirs. Ce qui fait conjecturer à M. Angrand que ce monument est une ménagerie, c’est qu'il est parfaitement disposé pour cet usage et qu’il est à peu près impossible de lui supposer une autre destination. On sait que les Péruviens n'avaient ni chevaux, ni vaches, ni brebis. Le seul quadrupède qu'ils eussent, le lama, vit dans des parcs, à découvert, et n'est jamais attaché.

Un bâtiment composé de quatre pièces fait suite à la ménagerie. Dans la première était, sans aucun doute, un lit; dans la troisième, un fourneau propre à chaufter l'eau, et, dans la quatrième, une baignoire qui devait être en or ou en argent, comme tous les vaisseaux et ustensiles qui servaientauxincas. L’emplacement de cette baignoire estencore parfaitement visible. La disposition de ces salles et les traces des appareils ne permettent pas de douter que ce ne fût

(1) Au Cuzco, le nom s'était étendu au quartier où se trouvait cette maison. 5, À,

(2) Suri, autruche, huaylla, pré, herbage, prairie.

(3) Foy. Garcilaso, L VIE, c. 8.

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